22 janvier 2007
Le président de la Chambre exerce des pouvoirs immenses et variés.

Washington - Lorsque le président Bush montera à la tribune de la Chambre des représentants pour prononcer son discours annuel sur l'état de l'Union, le 23 janvier, pour la première fois de l'histoire des États-Unis c'est une femme, Mme Nancy Pelosi, qui prendra place derrière lui dans le fauteuil réservé au président de la Chambre.
Le président de la Chambre est l'un des personnages les plus puissants du gouvernement des États-Unis, affirme Mme Karlyn Bowman, de l'American Enterprise Institute. En matière de succession à la présidence, en vertu de la Constitution américaine, il figure en deuxième position, derrière le vice-président. Mais surtout, comme il dirige l'ordre du jour législatif à la Chambre des représentants, où débute tout projet de loi de finance, il tient, en fait, les cordons de la bourse du gouvernement.
Députée démocrate de Californie, Mme Pelosi a assumé ses fonctions de présidente de la Chambre des représentants le 4 janvier lorsque son parti y est devenu majoritaire à l'issue des élections de mi-mandat, en novembre 2006. Pour le président Bush, l'accession de Mme Pelosi à ces fonctions représente « un moment historique dans l'histoire des États-Unis ».
Lorsque Mme Pelosi a accepté le marteau de présidente de la Chambre des représentants et a officiellement déclaré ouvert le 110e Congrès, plusieurs de ses six petits-enfants et des enfants d'autres représentants partageaient avec elle ce moment historique. « Pour nos filles et petites-filles, aujourd'hui nous avons brisé le plafond de marbre », a-t-elle déclaré, faisant allusion au fait que, traditionnellement, c'étaient des hommes qui détenaient les plus hautes fonctions parlementaires.
C'est pourtant à la tâche de mère au foyer, élevant cinq enfants, que Mme Pelosi a consacré sa première carrière, et elle n'a brigué de poste au Congrès qu'une fois commencées les études universitaires de son dernier enfant. Élue à la Chambre des représentants à 47 ans, elle a, au fur et à mesure des années, assumé des fonctions de plus en plus importantes pour devenir finalement chef de file de la minorité lors de la 108e législature (2003-2004).
On comprend parfois mal, à l'étranger, la fonction de président de la Chambre des représentants, d'autant que, dans la plupart des régimes parlementaires, le chef de l'exécutif et les chefs du législatif ne peuvent en principe appartenir à des partis opposés. (Le président des États-Unis, M. Bush, est républicain, tandis que les chefs du Congrès, Mme Pelosi pour la Chambre des représentants, et M. Harry Reid, pour le Sénat, appartiennent au parti démocrate.)
Même parmi les Américains, Mme Pelosi est une personnalité peu connue malgré les 20 années qu'elle a passées à la Chambre. Selon un sondage effectué en décembre 2006 par le Centre de recherches Pew, 54 % des personnes interrogées familières avec l'action de Mme Pelosi se sont déclarées en sa faveur, mais plus de 41 % ont indiqué qu'elles ne la connaissaient pas suffisamment pour être en mesure de juger de ses capacités.
Cette situation va certainement changer, a indiqué Mme Bowman lors d'une interview. En effet, Mme Pelosi jouit d'une excellente réputation auprès de ses collègues qui lui ont fait le grand honneur de lui accorder la position de présidente de la Chambre. « On va beaucoup la voir dans les semaines et les mois à venir et le nombre des Américains qui apprendront à la connaître et à connaître ses vues va augmenter », a fait observer Mme Bowman.
Le président de la Chambre détient des pouvoirs nombreux et variés
En sa qualité de présidente de la Chambre, Mme Pelosi a deux autres rôles en sus de celui de représentante de sa circonscription californienne auprès du Congrès. Elle est chef de son parti à la Chambre et chef de toute la Chambre des représentants.
La Constitution ne précise pas quels sont les responsabilités et pouvoirs du président de la Chambre, mais ceux-ci ont évolué au cours des ans, et la propre personnalité et l'habileté politique du titulaire les déterminent dans une certaine mesure, certains présidents de la Chambre exerçant un pouvoir bien supérieur à d'autres.
La capacité qu'a le président de la Chambre des représentants de contrôler le calendrier législatif et d'en gérer l'ordre du jour, en collaboration avec le chef de file de la majorité, est l'une des principales sources de pouvoir. Lorsqu'un projet de loi est présenté par un membre de la Chambre, quelle que soit son affiliation politique, c'est au président de la Chambre qu'il appartient de décider laquelle des 21 commissions de la Chambre l'examinera. L'issue de cet examen peut beaucoup influencer la suite qui est donnée au projet de loi, car la Chambre adopte rarement un projet de loi qui ne bénéficie pas de l'appui de la commission qui l'a examiné.
Si un projet de loi est adopté par la commission, le président de la Chambre décide alors s'il mérite d'être soumis à la Chambre plénière et fixe la date du débat. Sur les quelque 8.000 projets de lois déposés en commission au cours d'une législature, seule une poignée arrive à la Chambre.
En tant que présidente de la Chambre, Mme Pelosi peut demander à l'un ou l'autre de ses collègues de prendre la parole, ou de ne pas la prendre, et elle peut diriger les débats par le biais de ses décisions. Elle peut déléguer ses pouvoirs de présidente de la Chambre à divers représentants, qui se distinguent alors des autres.
Le président de la Chambre dirige les procédures de nomination des chefs de ses diverses commissions et sous-commissions, y compris les commissions mixtes qui se constituent lorsque les versions de la Chambre et du Sénat d'un même projet de loi diffèrent.
Il approuve aussi la composition et l'itinéraire des délégations du Congrès qui se déplacent dans le pays et à l'étranger et préside les séances conjointes du Congrès lors d'occasions particulières, notamment lorsque le président des États-Unis prononce son discours sur l'état de l'Union, lorsqu'un président est investi de ses fonctions et lorsqu'un dignitaire étranger est invité à s'adresser au Congrès.
Certains comparent les responsabilités du président de la Chambre des représentants à celles d'un président-directeur général de société. Pourtant, le Congrès n'est pas une institution hiérarchique comme le sont la plupart des sociétés, mais plutôt une organisation politique collégiale aux pouvoirs dispersés. Chacun de ses membres doit non seulement coopérer avec le président de la Chambre, mais aussi composer avec tous ses collègues, de quelque bord qu'ils soient, et au bout du compte, il doit tout au détenteur du pouvoir suprême : l'électeur américain.
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)