05 janvier 2007

Les ours polaires sont gravement menacés

Selon les scientifiques, il est encore possible de les sauver.

 
Un ours polaire
Un ours polaire dans une pose tranquille. (© AP Images)

Washington - « Les ours polaires figurent parmi les être les plus aguerris de la nature, capables de vivre et de s'épanouir dans l'un des environnements les plus rigoureux de la planète, mais nous craignons que leur habitat ne soit littéralement en train de fondre », a déclaré M. Dirk Kempthorne, ministre de l'intérieur, lorsqu'il a proposé, en décembre 2006, de placer les ours polaires sur la liste des espèces en voie de disparition.

Avant de prendre une décision définitive à propos du placement des ours polaires sur cette liste, il a donné un an au Service fédéral chargé de la protection des poissons et des animaux sauvages pour mieux comprendre la situation dans laquelle se trouve l'espèce.

Les informations faisant état d'une fonte accélérée de la glace polaire depuis plusieurs années inquiètent fortement les scientifiques. Selon une récente étude du Centre national de recherche atmosphérique (NCAR), qui a son siège dans le Colorado, l'Arctique pourrait voir toute la glace qu'il conserve en principe pendant l'été disparaître d'ici à 2040, une situation catastrophique pour les ours polaires.

« Nous avons déjà observé d'importantes pertes de la glace de mer, mais nos études semblent indiquer qu'au cours des prochaines décennies, ce phénomène pourrait être plus spectaculaire que ce que l'on a observé jusqu'ici », a expliqué Marika Holland, une scientifique du NCAR.

Une association spécialisée dans la protection des ours polaires, le Polar Bear Specialist Group, a indiqué en 2005 que le nombre de ces animaux, qui avait augmenté après l'imposition de restrictions concernant leur chasse dans les régions concernées, a de nouveau diminué. À l'heure actuelle, ce nombre est estimé à entre 20.000 et 25.000.

Rappelant que le réchauffement affecte les ours polaires plus que les autres espèces car la glace constitue leur habitat et qu'elle est en train de disparaître, Steven Amstrup, responsable du projet sur les ours polaires au centre de la U.S. Geological Survey (USGS) à Anchorage (Alaska), qui étudie ces animaux depuis près de trente ans, est d'avis qu'il est impossible de procéder au sauvetage des ours polaires avant que ne disparaisse leur habitat. En effet, a-t-il expliqué lors d'une interview accordée à l'USINFO, au fur et à mesure que la glace de mer diminue, la capacité des ours à chasser pour obtenir leur principale source de nourriture - la viande de phoques - diminue aussi. « Les ours polaires dépendent entièrement de la glace de mer car ce n'est qu'à partir de cette plate-forme qu'ils sont en mesure d'obtenir la nourriture que leur offre la mer », a-t-il précisé.

La qualité de cette glace compte également. « Aux yeux des ours polaires, toutes les glaces ne se ressemblent pas », déclare George Durner, chercheur de l'USGS qui se spécialise dans l'adaptation des ours polaires à leur habitat.

S'ils s'adaptent rapidement aux difficultés que présentent les surfaces gelées, les ours polaires ne sont pas à l'aise sur des sols ordinaires. Parmi les ours polaires qui vivent dans l'Arctique, ceux qui vivent dans la région de la Baie d'Hudson sont obligés de vivre une partie de l'année sur terre, mais ils n'en tirent pas une grande partie de leur nourriture. Pour survivre les étés sur terre, ils consomment de grandes quantités de viande de phoque et de
morses pendant l'hiver pour se constituer des réserves. Malheureusement, du fait du raccourcissement des hivers, ils ne peuvent se nourrir suffisamment et la nourriture qu'ils peuvent trouver sur terre n'est pas suffisamment riche pour assurer la nutrition de ces ours géants.

Disposant de moins de glace et de moins de temps pour accumuler des réserves, les ours sont mal nourris et vulnérables. Le faible taux de reproduction de ces animaux et le fort taux de mortalité de leurs petits contribuent aussi à la réduction de leur population.

Depuis 2004, plusieurs cas de cannibalisme ont été documentés chez les ours polaires, une situation qui ne s'était jamais présentée auparavant, souligne Steven Amstrup.

Par ailleurs, tendance tout aussi troublante, des ours polaires se sont noyés en essayant de nager sur les distances de plus en plus longues qui séparent une plate-forme de glace d'une autre. En effet, fait valoir Steven Amstrup, s'ils sont d'excellents nageurs, les ours polaires ne sont pas des animaux aquatiques.

Les ours polaires et les changements climatiques

Peu de scientifiques doutent de la réalité des changements climatiques, même s'ils continuent à en étudier les causes et à en débattre.

Les facteurs qui y contribuent sont nombreux, a expliqué George Durner à l'USINFO. « Il n'y a pas que les émissions de gaz carbonique. D'autres processus atmosphériques entrent en jeu. Des tremblements se produisant sur l'orbite terrestre, par exemple, pourraient être responsables de certains des changements », a-t-il fait observer. Il n'en demeure pas moins que le réchauffement de la terre enregistré depuis la révolution industrielle indique que les activités humaines en sont l'une des causes principales.

Soulignant la nécessité de poursuivre les travaux de recherche, Steven Amstrup a déclaré : « Une recherche appropriée nous aidera à fournir les informations qui permettront aux gestionnaires d'adapter leurs actions aux besoins futur des ours polaires, quels qu'ils soient. » Si la recherche sur le terrain et le financement font partie d'une stratégie permettant d'aider les ours qui restent, ils ne permettront cependant pas de sauver leur habitat.

Les scientifiques s'accordent à penser que le réchauffement climatique est imputable en majeure partie à l'homme. « Si cet important corps de scientifiques a raison, la façon d'inverser la tendance est de réduire les émissions de gaz à effet de serre », fait remarquer Steven Amstrup.

Il n'est pas trop tard pour que les choses s'améliorent, affirme-t-il. Et Marika Holland est du même avis. « Nos recherches montrent que les hommes peuvent encore minimiser les conséquences de leurs actions sur la glace de l'Arctique », précise-t-elle.

En février 2002, le président Bush s'est engagé à ce que les États-Unis adoptent une stratégie permettant de réduire de 18 % d'ici à 2012 le niveau de gaz à effet de serre produit par l'économie américaine et, depuis, ce pays a consacré des milliards de dollars à la mise sur pied de projets relatifs aux changements climatiques, à l'incitation à la réduction de la consommation d'énergie, et à la mise en œuvre de programmes d'aide à l'étranger liés aux changements climatiques.

Il est essentiel de prendre rapidement des mesures, et pas seulement pour sauver les ours. Si les conclusions de l'étude du NCAR sont exactes, a fait remarquer Steven Amstrup, « les conséquences pour les ours polaires et pour nos écosystèmes, si les prévisions devaient se réaliser, seraient extrêmement graves ».

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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