26 février 2007

L'essor des musées de l'histoire et de la culture afro-américaines

Les expositions sur l'esclavage et le mouvement des droits civiques attirent les foules.

 
Exposition sur Martin Luther King au Musée de l'histoire afro-américaine de Détroit
Exposition sur Martin Luther King au Musée de l'histoire afro-américaine de Détroit. (© AP Images)

Washington - Les musées consacrés au rôle crucial joué dans l'histoire et la culture des États-Unis par les Afro-Américains jouissent actuellement d'une remarquable popularité, et plusieurs municipalités prévoient d'agrandir leurs musées existants ou d'en bâtir de nouveaux, en vue d'y attirer touristes et chercheurs.

« Il y a une nouvelle génération de musées [de la culture afro-américaine] qui sont concurrentiels par leur taille et leur budget avec la plupart des musées d'intérêt général, et c'est là un phénomène très nouveau », dit M. John Fleming, président de l'Association pour l'étude de la vie et de l'histoire afro-américaines.

« La communauté noire manifeste un grand intérêt pour la conservation de son histoire et de sa culture à l'échelle justifiée par notre patrimoine », note-t-il. Jusqu'à ces dernières décennies, l'expérience afro-américaine était restée largement ignorée ou avait été altérée, et aujourd'hui encore, la plupart des jeunes connaissent et comprennent mal les personnalités et les grands événements historiques, dit M. Fleming à l'USINFO : « Ils savent qui est Martin Luther King, mais ils ne comprennent pas vraiment son importance dans l'histoire américaine. »

Les musées afro-américains attirent des foules nombreuses, ajoute-t-il : « Les villes et les États s'intéressent au tourisme culturel. C'est ainsi qu'on a bâti le musée afro-américain de Baltimore [le Reginald F. Lewis Museum of Maryland African American History and Culture] dans le vieux port, en plein quartier touristique. Et l'Institut des droits civiques de Birmingham (Alabama) [BCRI] attire de nombreux visiteurs. »

Le directeur exécutif du BCRI, M. Lawrence Pijeaux est du même avis. « Nous sommes l'un des hauts lieux du tourisme dans l'État de l'Alabama », dit-il. Une récente étude d'impact économique a établi que, de juillet 2002 à juillet 2003, les visiteurs du BCRI avaient dépensé quelque 5,7 millions de dollars dans la région métropolitaine de Birmingham et que 4 % d'entre eux étaient des ressortissants étrangers.

Birmingham possède un « district des droits civiques », où se trouve l'église baptiste de la 16e rue, lieu en 1963 d'un attentat à la bombe dans lequel ont péri quatre fillettes. On peut voir au BCRI une maquette grandeur nature de l'autocar des « Freedom Riders » dans lequel se déplaçaient en 1961 des contestataires non violents de la ségrégation raciale. Une autre maquette reproduit la porte de la cellule où Martin Luther King Jr. fut incarcéré et d'où il écrivit sa « Lettre d'une prison de Birmingham ».

On compte aux États-Unis quelque 200 musées consacrés à l'expérience afro-américaine et « plusieurs projets sont à l'étude », dit M. Pijeaux, qui dirige aussi l'Association des musées afro-américains. À noter parmi ces derniers un futur musée à Atlanta où seront exposés les écrits de Martin Luther King, le Musée national des États-Unis sur l'esclavage de Fredericksburg (Virginie) et le Musée national de l'histoire et de la culture afro-américaines de Washington.

L'ancien bâtiment du grand magasin F.W. Woolworth de Greensboro (Caroline du Nord) est en cours de réaménagement pour en faire un musée où l'on pourra voir le comptoir de la cafétéria « réservé aux Blancs », comptoir où ont pris place en 1960 quatre étudiants noirs qui ont lancé le mouvement des « sit-ins » contre la ségrégation

L'un des musées les plus récents est celui du National Underground Railroad Freedom Center de Cincinnati (Ohio), qui a ouvert ses portes en 2004. Il relate l'histoire des 100.000 esclaves (estimation) qui ont échappé à la servitude grâce au « chemin de fer clandestin », réseau secret de routes, chemins et refuges organisé au XIXe siècle par des abolitionnistes, des esclaves affranchis et d'autres sympathisants.

On peut y voir une reproduction d'une cahute sans chauffage où les esclaves enchaînés étaient détenus avant d'être vendus aux enchères. « Si le marché [des esclaves] était lent, ils pouvaient y rester pendant des mois », explique Carl Westmoreland, conseiller principal du musée et petit-fils d'esclaves qui a raconté, dans une interview télévisée, qu'il avait pleuré la première fois qu'il avait vu l'exposition.

La visite d'un musée où l'on peut voir des chaînes, des menottes ou des fouets pour les esclaves ou des photographies de lynchage « peut être très éprouvante du point de vue émotionnel, reconnaît M. Fleming, mais cela ne signifie pas qu'il ne faut pas les conserver ». Il est en effet très important, ajoute-t-il, « de continuer à raconter l'histoire ».

Tous les musées afro-américains ne sont pas des musées de l'esclavage ou des droits civiques. Les musées de Dallas et de La Nouvelle-Orléans, entre autres, sont consacrés à l'art et à la culture afro-américaines, et Kansas City (Missouri) possède un Musée du jazz américain. M. Fleming a contribué à la conception du Musée national et centre culturel afro-américains de Wilberforce (Ohio), qui a réalisé une exposition ayant pour thème 400 ans de danse africaine. « On croit souvent que le lindy hop et le charleston sont dus à des chorégraphes blancs », dit-il, mais ces danses, comme beaucoup d'autres danses populaires, sont issues de communautés afro-américaines.

À New York, le Musée d'art africain est en cours d'expansion et sera transféré dans de nouveaux locaux où il constituera, selon le maire de New York Michael Bloomberg, un « portail culturel vers Harlem ». Le nouveau musée de Washington, dont le développement prendra plusieurs années, « couvrira toute la gamme des expériences des origines africaines à nos jour », dit M. Fleming.

Ces musées, comme le souligne M. Fleming, ne sont pas destinés au seul public afro-américain, mais à tout le monde. Ils offrent une possibilité « de comprendre réellement l'histoire des noirs de notre pays et les contributions qu'ils ont apportées au développement national ».

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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