02 février 2007
L'ascension de Tony Dungy et de Lovie Smith transcende le football américain.

Washington - Quel que soit le vainqueur, l'un des résultats du Super Bowl 41 qui se joue le 4 février est déjà affiché pour la postérité : l'équipe gagnante de cette finale du football américain aura un entraîneur afro-américain.
Cette rencontre décisive du championnat professionnel de football américain met en effet en lice, pour la première fois, non seulement une, mais deux équipes dirigées par un Afro-Américain. Le fait qu'une seule le soit eût déjà été une première. En l'occurrence, il s'agit de l'équipe de Chicago, les « Bears », menée par Lovie Smith, contre celle d'Indianapolis, les « Colts », conduite par Tony Dungy.
Meilleurs amis hors du terrain de jeu, les deux Afro-Américains se retrouveront adversaires acharnés dans ce match que les observateurs considèrent comme l'événement sportif de l'année aux États-Unis. La secrétaire d'État américaine, Mme Condoleezza Rice, a décrit ce sport comme « une activité qui réunit les gens de milieux sociaux et raciaux différents. C'est une institution américaine importante. »
Cyrus Mehri, un avocat de Washington qui a beaucoup fait pour promouvoir la diversité raciale dans les pratiques d'embauche de la National Football League (NFL), va jusqu'à affirmer que la présence de deux entraîneurs noirs dans le Super Bowl transcende le sport : « Il ne fait pas de doute que cette première aura un impact énorme » sur toute la société américaine, a-t-il déclaré à l'USINFO le 29 janvier.
Une nouvelle page d'histoire
M. Mehri est coauteur, avec l'avocat noir récemment décédé Johnnie Cochran, d'un rapport paru en 2002 sur les entraîneurs noirs de la NFL. Ce livre a entraîné l'adoption d'une nouvelle règle obligeant les équipes de la NFL à considérer au moins un candidat afro-américain lors de leur sélection d'un entraîneur. Cette règle a abouti à l'embauche de 7 entraîneurs afro-américains entre 2002 et 2006, sur 32 équipes au total. La NFL moderne, qui compte actuellement une franche majorité de joueurs noirs, n'a admis son premier entraîneur noir qu'en 1989, lorsque Art Shell a dirigé l'équipe d'Oakland.
Transformer les mentalités
Selon M. Mehri, la double première du Super Bowl 2007 va modifier l'opinion de certains sur l'aptitude d'un Afro-Américain à « conduire une organisation sportive très complexe dans le match le plus grand de la culture américaine ». Au nombre de ses multiples tâches, un entraîneur dirige une équipe composée de 53 hommes et de nombreux assistants, il organise les entraînements et il a le dernier mot dans la stratégie et la performance de son équipe au long d'une saison qui dure 16 semaines, sans compter l'éventuelle phase finale.
M. Mehri considère que la présence de deux entraîneurs noirs aura un « effet multiplicateur » qui s'étendra bien au-delà des milieux sportifs. Il fait observer que sa propre expérience au sein de son cabinet d'avocats, Mehri & Skalet, qui défend des employés de sexe féminin ou appartenant à une minorité dans des procès pour discrimination, se reflète dans le monde des affaires, où certaines entreprises « font preuve de préjugés lorsqu'il s'agit de nommer des minorités à de vrais postes de direction ».
« Or, ces entraîneurs ne sont pas des joueurs : ils sont aux commandes, et je pense que cela ouvrira la voie à la promotion d'autres candidats noirs dans la NFL, ainsi qu'en dehors des milieux sportifs. »
C'est peut-être l'entraîneur de Chicago, Lovie Smith, qui a le mieux exprimé la signification profonde du Mois de l'histoire afro-américaine, qui a lieu tous les ans au mois de février aux États-Unis, lorsqu'il a déclaré espérer voir arriver le jour où le fait qu'une équipe du Super Bowl soit dirigée par un Afro-Américain ne constituerait plus une nouvelle fracassante.
Un des joueurs d'Indianapolis, Dwight Freeney, lui aussi afro-américain, a fait écho à la déclaration de Lovie Smith, disant que, bien que ravi du succès des entraîneurs noirs arrivant jusqu'au Super Bowl, il espérait « qu'un jour on n'en parlerait même plus ».
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)