27 décembre 2007

Le nouveau calendrier des élections primaires implique de nouveaux défis

L'avantage suscité par une victoire dans l'Iowa et dans le New Hampshire sera amplifié.

 
Mitt Romney et Mike Huckabee
Les candidats républicains Mitt Romney et Mike Huckabee lors d'un débat dans l'Iowa le 12 décembre. (© AP Images)

Washington - À la veille de la saison des élections primaires la plus précoce - et peut-être la plus courte, à toutes fins utiles - de l'histoire des États-Unis, les candidats se heurtent à un nombre de défis jamais vu, affirment des spécialistes en matière de politique.

Les lois des États de l'Iowa et du New Hampshire obligent ces États à être les premiers à tenir leurs consultations en vue de l'investiture. Celles-ci prenaient place, auparavant, vers la fin du mois de janvier ou en début de février, mais l'Iowa a organisé ses « caucus » pour le 3 janvier, et l'élection primaire du New Hampshire aura lieu le 8. Les autorités de ces deux États ont, depuis plusieurs cycles électoraux, jonglé avec les dates afin de protéger leur statut de « premier État à voter ».

Étant donné que la première de ces élections se tiendra deux jours seulement après le Jour de l'an, les dernières journées de campagne, cruciales pour les candidats, s'écouleront en pleine saison des fêtes. Pour ceux qui sont restés dans l'Iowa pour tenter de redoubler leurs efforts à la onzième heure, « ils n'auraient pas pu choisir un pire moment », a déclaré M. Norman Ornstein, un politologue auprès de l'American Enterprise Institute (AEI), le 13 décembre 2007 à l'occasion d'un débat entre spécialistes.

Durant les derniers jours de la campagne, les candidats à la traîne se livrent souvent à une stratégie d'attaque publicitaire contre leurs rivaux. « Mais, personnellement, je ne voudrais pas être le candidat qui choisit de diffuser ce genre de message négatif à une période de l'année où les gens ne désirent qu'une chose : de passer quelques bons moments de joie et de paix, » a noté M. Ornstein.

C'est une des raisons pour lesquelles les candidats dans l'Iowa « se comportent comme s'ils avaient déjà atteint la semaine finale de la campagne », a affirmé M. Chuck Todd, le directeur du Service des actualités politiques de la chaîne de télévision National Broadcasting Company (NBC), lors d'une conférence au Centre de la presse étrangère à Washington le 10 décembre 2007.

« Il n'y en a aucun qui prendra le risque de se dire qu'il lui reste encore longtemps avant de prononcer son discours de conclusion », a-t-il ajouté.

Une victoire dans l'Iowa apporte toujours un certain avantage au vainqueur, car cela lui permet de conquérir de nouveaux suffrages dans d'autres États. Lors de l'élection de 2004, par exemple, presque tous les sondages politiques classaient le candidat démocrate John Kerry dans les derniers rangs. Cependant, a remarqué M. Todd, sa victoire dans l'Iowa lui a permis de rebondir et de multiplier ses gains dans presque tous les autres États. « L'élan peut donc tout représenter », a-t-il ajouté.

Les scrutins de l'Iowa et du New Hampshire n'étant séparés que par cinq jours, un tel avantage pourrait devenir, cette année, plus important que jamais, du fait que le rebondissement en question a tendance à atteindre son apogée environ quatre ou cinq jours après les caucus de l'Iowa.

Ce phénomène sera probablement particulièrement prononcé chez les démocrates, étant donné que les candidats Barack Obama et Hillary Clinton se retrouvent quasiment à égalité dans l'État du New Hampshire. « Je pense que les résultats du scrutin de l'Iowa auront une influence démesurée sur l'élection primaire du New Hampshire » a déclaré M. Todd. « Si Mme Clinton remporte les caucus, elle gagnera les primaires du New Hampshire. Si c'est M. Obama qui décroche l'Iowa, c'est lui qui sera vainqueur dans le New Hampshire. La course est excessivement serrée. »

John Kerry
John Kerry, lors de sa victoire en Iowa en janvier 2004. (© AP Images)

Auparavant, puisqu'il existait plus de temps entre les élections de l'Iowa et du New Hampshire, « les candidats avaient la possibilité de se rétablir après une chute sérieuse » a expliqué M. Ornstein. « Aujourd'hui, ils n'ont plus cette chance. »

« L'essor fait toute la différence dans ce cas-ci », a-t-il ajouté.

Même si nombre d'États ont avancé les dates de leurs élections primaires et de caucus afin de limiter l'impact des résultats de l'Iowa et du New Hampshire sur la course électorale, il est fort possible que ce soit l'inverse qui se produise, a déclaré M. Ornstein. Les candidats qui ont du succès dans ces États pourraient rapidement décrocher des victoires dans les autres États ayant organisé des élections pour l'investiture au mois de janvier.

Lors des dernières élections, de nombreux États ont choisi de tenir leurs élections primaires un même mardi du mois de mars, appelé aux États-Unis le « super-mardi ». Le nombre élevé d'élections prenant place en un seul jour implique que la journée du « super-mardi » peut rapporter - ou coûter - à un candidat l'investiture de son parti.

Mais cette année, tandis que les États ont avancé les dates de leurs élections primaires et leurs caucus, le « super-mardi » a été remplacé par ce que certains ont baptisé l'« hyper-mardi », ou encore le « mardi-tsunami ». En ce jour, c'est-à-dire le 5 février 2008, pas moins de 22 États organiseront leurs élections primaires. Il s'agit d'États répartis à travers le pays et d'une diversité culturelle énorme.

Les candidats devront donc « diriger leurs tournées électorales simultanément dans 22 États différents », a expliqué M. Ornstein. Il leur faudra aussi former très rapidement dans chacun de ces États, (notamment la Californie, le Mississippi, le Dakota du Sud et le New York, entre autres), des équipes de campagne qui puissent atteindre le maximum d'électeurs possible.

Enfin, les candidats devront évaluer leurs ressources publicitaires et les répartir entre les États en question. Il est intéressant de noter, cependant, que « la publicité gratuite que suscite une victoire précoce réussira probablement à noyer les publicités payantes », a précisé M. Ornstein.

Même si de nombreux États tiendront leurs élections primaires le 5 février, il n'y a aucune garantie que les vainqueurs seront annoncés le soir même. Les politologues suggèrent une course électorale beaucoup plus longue du côté des républicains, où l'électorat est divisé entre plusieurs candidats qui risquent tous de décrocher une poignée d'États en février.

Si c'est le cas, les candidats devront concentrer leurs efforts dans les États toujours « ouverts », dont la plupart ont organisé leurs primaires en fin février ou en mars, mais certains en juin. Il est possible que si aucun des candidats ne parvient pas, à lui seul, à remporter une majorité des délégués des élections primaires, l'investiture pourrait être accordée lors de la Convention du parti républicain en septembre 2008, (même si la plupart des experts sont de l'avis que ce phénomène ne se produira probablement pas.)

« Les républicains sont pressés d'avoir un candidat officiel », a expliqué M. Todd. « Ils sont de l'avis que plus les candidats révèlent au public les discordes qui existent à l'intérieur de leur parti, plus ils en souffriront à la longue. »

M. Ornstein a ajouté que la campagne électorale d'un parti influe forcément sur celle de l'autre : « Si une course à l'investiture se conclut très tôt, toute l'attention du pays se tournera vers la course de l'autre parti ». Certains États permettent aux électeurs indépendants de choisir, le jour de l'élection, le parti auquel ils adhéreront pour voter lors de l'élection primaire uniquement. Cela veut dire que si la course électorale des démocrates se termine avec de l'avance, les électeurs indépendants choisiront souvent de voter dans l'élection primaire du parti républicain et vice-versa. 

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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