17 décembre 2007
Le prochain président pourrait être élu pour ses idées plutôt que son expérience.

Washington - Selon de récents sondages, les Américains sont divisés quant à leur choix des candidats à l'élection présidentielle de 2008. Cependant, ces mêmes sondages indiquent que l'électorat américain est unanime quant à son désir de rénover le gouvernement.
Un sondage effectué par le groupe de médias CBS News / New York Times et publié le 10 décembre affirme que 71 % des Américains sont de l'avis que leur pays s'engage actuellement sur une mauvaise voie. Les cotes de confiance relatives au président et au Congrès américains restent très basses, et selon les données relevées, une majorité croissante d'Américains ont l'impression que l'économie du pays faiblit.
Ces facteurs suggèrent que le peuple américain cherche un nouveau dirigeant, un président capable de changer la direction actuelle des États-Unis, a expliqué M. Chuck Todd, le directeur du Service des actualités politiques de la chaîne de télévision National Broadcasting System (NBC). M. Todd s'est livré à des discussions avec des journalistes le 10 décembre au Centre de la presse étrangère à Washington.
Les électeurs « souhaitent désespérément un changement », a affirmé le politologue. « Les gens sont mécontents et angoissés quant au rôle des États-Unis dans le monde. »
Selon M. Todd, lorsque les Américains se déclarent désireux d'un changement, ils se réfèrent généralement au comportement du président, à son style de gouvernance. Ils ne souhaitent pas forcément que la politique des États-Unis soit radicalement transformée.
Les Américains s'intéressent encore aux candidats dotés d'un certain parcours politique, et même les candidats qui choisissent de baser leur campagne sur leurs idées innovatrices sont tenus de prouver qu'ils ont suffisamment d'expérience, particulièrement en matière de politique étrangère, a précisé l'expert.
L'expérience d'un candidat doit permettre aux électeurs de l'imaginer commandant en chef, leader mondial et responsable du monde libre, a expliqué M. Todd.
Quoi qu'il en soit, le désir de changement explique peut-être en partie la montée récente de deux candidats pourtant peu chevronnés sur la scène politique nationale : le démocrate Barack Obama et le républicain Mike Huckabee.
Barack Obama : une voix qui prône le changement

Dès les premiers jours de sa campagne présidentielle, M. Barack Obama, le sénateur néophyte de l'État de l'Illinois, a déclaré son intention de secouer l'« establishment » washingtonien, à la différence de Mme Hillary Clinton, l'épouse de l'ancien président Bill Clinton et sénatrice actuelle de l'État de New York, qui insiste surtout sur son expérience.
L'accent que met M. Obama sur le changement s'est manifesté tout au long de sa tournée électorale. Il y a dix jours, à l'occasion un grand rassemblement politique qui attira des milliers de partisans agitant des pancartes proclamant « un changement auquel nous croyons », la vedette de télévision Oprah Winfrey réaffirma sa confiance dans le jeune candidat.
Mme Clinton, par contre, « varie ses messages fréquemment depuis trois ou quatre semaines », a remarqué le politologue. Une nouvelle publicité de campagne insiste maintenant sur le « nouveau départ » qu'apporterait l'élection de la sénatrice.
« Elle essaie désespérément de s'emparer d'une portion de cette énergie transformatrice que l'on a, jusqu'ici, associée à M. Obama de façon plus ou moins exclusive », a expliqué M. Todd.
Relativement novice sur la scène politique, M. Obama devra cependant prouver qu'il a l'expérience nécessaire pour diriger le pays. « Mais si M. Obama peut démontrer qu'il a le minimum d'expérience requise, il décrochera l'investiture du parti démocrate à l'élection présidentielle », a prédit l'expert.
A ce moment-là, si Mme Clinton perd l'investiture, « elle rejoindra le grand nombre d'anciens figurants qui ont perdu le débat qui oppose l'expérience au changement », a expliqué M. Todd. C'est d'ailleurs un dénouement assez courant dans la sélection des candidats du parti démocrate, dont tous les derniers présidents, (Bill Clinton, Jimmy Carter et John Kennedy), incarnaient la promesse d'un gouvernement transformé.
Mike Huckabee : l'approche « anti-Washington »
Les démocrates sont évidemment impatients de passer à un gouvernement différent ; mais ceci ne veut pas dire que les républicains ne souhaitent pas, eux aussi, voir certains changements, a déclaré M. Todd.
Le sondage du groupe CBS News / New York Times indique que les républicains préfèrent encore un candidat chevronné à un candidat sans idées. Cependant, un grand nombre de républicains désirent voir le pays changer de direction, a affirmé M. Todd. C'est peut-être une des raisons pour lesquelles M. Mike Huckabee, le gouverneur de l'État de l'Arkansas, relativement inconnu à l'échelle nationale et pourtant considéré comme un perdant probable il a deux mois seulement, figure aujourd'hui parmi les candidats républicains les plus favorisés.
« Aucun des autres candidats républicains n'arrive à inspirer les électeurs en ce moment », a expliqué M. Todd, « ce qui fait que Mike Huckabee devient le favori par défaut. » L'expert a ajouté que les autres candidats républicains ont longuement insisté sur les valeurs et idéologies républicaines traditionnelles qu'ils partagent avec le président Bush.
Entre-temps, M. Huckabee s'est forgé l'identité du candidat « anti-Washington », a noté le politologue. « Lorsque l'on compare les candidats du parti républicain, le seul à pouvoir même frôler cette image de novateur aux yeux des électeurs est Mike Huckabee. »
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)