13 décembre 2007
Un organisme de microcrédit à but non lucratif a recours à l'Internet pour recueillir des fonds.

Washington - Jaime Acosta, un étudiant de Houston, a prêté l'an dernier un peu d'argent à Eleuterio Salazar Segura, un commerçant du Mexique qui voulait acheter des marchandises pour son magasin. Lorsque ce dernier a remboursé son prêt, Jaime Acosta a ensuite prêté de l'argent à Penina Mataoa, une couturière des îles Samoa. « Je me soucie du bien-être des autres dans le reste du monde. L'extrême pauvreté ne devrait pas exister vu l'ampleur des ressources dont nous disposons », a-t-il dit.
Jaime Acosta a prêté de l'argent par l'intermédiaire d'un organisme de microcrédit à but non lucratif, Kiva.org, qui dispose d'un site sur l'Internet. Jessica Flannery a eu l'idée de créer, avec son mari Matt, Kiva (mot swahili qui veut dire unité ou accord), après avoir été conseillère en microcrédit en Afrique de l'Est il y a quelques années. Il s'agit, explique Matt Flannery dans son blogue, de mettre en rapport au moyen de l'Internet les prêteurs avec des établissements de microcrédit.
Grâce à Kiva, Chiyenure Uwobodo, une coiffeuse nigériane mère de quatre enfants, a pu emprunter 250 dollars pour agrandir son commerce. De même, Grace Ayaa, une Ougandaise également mère de quatre enfants, a emprunté 475 dollars pour acheter un réfrigérateur afin de pouvoir conserver le beurre de cacahouète qu'elle fabrique, ainsi que des emballages pour le vendre. Elle a réussi à faire suffisamment d'économies grâce à l'augmentation de son chiffre d'affaires pour acheter un lopin de terre et pour commencer à y construire une maison pour sa famille.
L'objectif de Kiva est de donner à des personnes démunies des moyens d'action en leur accordant des petits prêts, a indiqué lors d'une interview Fiona Ramsey, qui travaille à titre bénévole pour cet organisme.
Kiva n'a pas inventé le microcrédit, mais il a innové en créant un site Internet qui met en rapport les prêteurs et les emprunteurs. Depuis la création de ce site, il a enregistré une croissance phénoménale de 30 % par mois. Sur les recommandations d'un groupe de spécialistes de divers pays, le Musée de l'innovation technique lui a remis un prix de développement économique le 7 novembre, à San José (Californie).
« La mission de Kiva, a dit Mme Ramsey, est de mettre en rapport des personnes afin de réduire la pauvreté grâce à des prêts, mais un élément important est la mise en rapport. Nous voulons créer des moyens permettant à des habitants des pays en développement et des habitants des pays industriels d'entrer en relation (…) d'une manière qui soit différente, d'avoir des relations de partenaires et non pas de bénéficiaire-bienfaiteur. »
« Nos prêteurs disent qu'ils aiment avoir le sentiment d'entretenir des relations d'affaires avec des créateurs d'entreprise dans diverses parties du monde », a-t-elle dit.
Kiva obtient des fonds de prêteurs de quelque 70 pays au moyen de l'Internet et les remet à 69 établissements de microcrédit situés dans 37 pays. Grâce à son site Internet, les personnes désireuses de prêter de l'argent choisissent parmi les personnes désireuses d'emprunter de l'argent celle qui leur convient, mais l'argent va directement à un établissement de microcrédit. Cet organisme doit être connu pour consentir des prêts à des personnes pauvres ou en situation vulnérable afin de les aider à se sortir de la pauvreté ; en outre il doit être inscrit en tant que personne morale dans son pays d'origine et avoir subi une vérification de ses comptes au moins pour l'année antérieure.
Les prêteurs ne reçoivent aucun intérêt pour leur argent. En revanche, les établissements de microcrédit prêtent cet argent au taux d'intérêt du marché et gardent le montant des intérêts. Si un emprunteur ne rembourse pas son emprunt, c'est le prêteur qui en subit les conséquences et non pas l'établissement de microcrédit.
Kiva classe, en décernant des étoiles, les établissements de microcrédit en fonction des risques encourus. Ceux qui n'ont qu'une étoile sont en général moins susceptibles de répartir avec efficacité des sommes importantes sans risque, alors qu'il est très probable que ceux qui ont cinq étoiles sont en mesure de s'occuper de sommes importantes et qu'ils rembourseront les prêteurs de Kiva dans les délais prévus
Le site Kiva.org indique pour chaque établissement de microcrédit le pourcentage de prêts non remboursés. À l'heure actuelle, 99,78 % des prêts sont remboursés par l'ensemble de ces établissements.
Les prêteurs sont plus disposés à apporter leur aide lorsqu'ils constatent la transparence et la fiabilité des transactions, a fait remarquer Mme Ramsey.
Depuis la création de Kiva il y a deux ans, plus de 168.000 personnes ont prêté quelque 16 millions de dollars. Le montant moyen des sommes prêtées est un peu de moins de 100 dollars, et celui des sommes empruntées atteint environ 620 dollars.
Kiva est en mesure de remettre 100 % des sommes qu'il reçoit aux établissements de microcrédit à cause de la faiblesse de ses frais administratifs, de l'absence de frais publicitaires et de son recours à de nombreux bénévoles et à des partenariats. Il a établi notamment un partenariat avec le grand établissement de virements électroniques par Internet Paypal, qui lui offre ses services à titre gratuit.
Selon Mme Ramsey, la croissance phénoménale de Kiva est principalement due au fait que la somme minimum fixée pour ceux qui désirent prêter de l'argent n'est que de 25 dollars. C'est ainsi que des écoliers font divers travaux pour collecter de l'argent et pour l'envoyer à Kiva. En outre, de nombreuses personnes écrivent à Kiva pour indiquer qu'elles n'avaient jamais pensé jusqu'ici que leur contribution pouvait être utile vu la faiblesse de son montant.
Une petite somme peut être utile, a-t-elle dit en ajoutant : « Tous ensemble, nous pouvons constituer un grand groupe de personnes à travers le monde qui contribuent petit à petit et dont l'influence est immense. »
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)