05 décembre 2007

Les élections primaires approchent, les candidats haussent le ton

Les attaques s'intensifient entre les concurrents pour l'investiture des partis démocrate et républicain.

 
Hillary Clinton et Barack Obama
Les sénateurs Hillary Clinton et Barack Obama le 15 novembre à Las Vegas (Nevada). (© AP Images)

Washington - À l'approche des premières élections primaires en vue de la nomination des candidats à l'élection présidentielle de 2008, les concurrents des deux partis intensifient leurs attaques contre leurs adversaires.

La structure du système d'élections primaires incite en effet les candidats à courtiser les électeurs les plus militants, a déclaré Pietro Nivola, directeur des programmes d'études d'administration publique à la Brookings Institution de Washington, lors d'un forum organisé le 28 novembre par la Ligue des électrices.

La chose est évidente dans la course à l'investiture du parti démocrate qui oppose la sénatrice du New York Hillary Clinton au sénateur de l'Illinois Barack Obama. Les sondages donnent toujours Mme Clinton en tête au niveau national, mais l'écart s'est réduit par rapport aux mois précédents.

Si les candidats ont promis, au début, de mener des campagnes positives, les récents débats ont plutôt été marqués par des attaques personnelles que par la discussion de dossiers importants. La bataille se poursuit sur Internet, où le site Web de Mme Clinton comprend un « Fact Hub » donnant une liste des mensonges proférés par M. Obama sur la question de l'assurance médicale. Quant à M. Obama, son équipe a créé une page intitulée « Hillary Attacks » énumérant les attaques qu'elle a lancées contre lui.

« Ce qui se passe, dans les deux partis, c'est qu'au fur et à mesure qu'approchent les caucus de l'Iowa et autres événements, les candidats qui sont en deuxième et en troisième position deviennent désespérés et se mettent à attaquer le candidat en tête », a déclaré Howard Reiter, professeur de science politique à l'université du Connecticut, lors d'un entretien accordé à l'USINFO. « Il existe en politique un vieil axiome qui dit que si vous n'attaquez pas le candidat en tête de liste, il risque de rester à cette position. C'est une pratique qui est ancienne. »

Pour les républicains, cet ancien axiome commence à se vérifier dans l'Iowa, où l'ancien gouverneur de l'Arkansas Mike Huckabee, pendant longtemps considéré comme un candidat négligeable, est aujourd'hui presque en tête de liste dans certains sondages. Cela fait de lui une nouvelle cible pour ses rivaux qui se mettent à critiquer les décisions qu'il a prises lorsqu'il était gouverneur.

Au niveau national, les choses sont plus compliquées. Au début de la course à l'investiture du parti républicain, l'ancien maire de New York, Rudy Giuliani, et l'ancien gouverneur du Massachusetts, Mitt Romney, étaient considérés comme les candidats les plus susceptibles de l'emporter. Ils étaient donc la principale cible des attaques. Mais aujourd'hui, il n'y a aucun candidat clairement en tête, ce qui fait que les attaques fusent de tous les côtés.

Mitt Romney et Rudolph Giulianni
Les candidats républicains Mitt Romney et Rudolph Giulianni le 18 novembre à St. Petersburg (Floride). (© AP Images)

Les campagnes négatives et les attaques personnelles contre les adversaires politiques sont monnaie courante lors des élections primaires et nationales. Lorsque, dans les sondages, on demande aux Américains ce qu'ils pensent de ce phénomène, ils affirment ne pas aimer voir les candidats s'attaquer les uns les autres. Pourtant, de nombreux spécialistes des sciences politiques montrent que les campagnes négatives marchent, et c'est pourquoi elles sont utilisées régulièrement.

« Nous n'aimons pas voir des gens attaquer d'autres gens », a déclaré Sandy Maisel, professeur d'administration publique au collège universitaire Colby, dans le Maine. « Mais ça marche. »

L'une des raisons qui expliquent ce succès, a expliqué Drew Westen, professeur de psychologie à l'université Emory d'Atlanta, est que les Américains aiment se sentir rassurés, et que les candidats qui peuvent montrer leur force en étant agressifs, surtout lorsqu'ils réagissent aux attaques de leurs adversaires, plaisent.

Durant les élections primaires, les candidats doivent néanmoins songer aux effets de leurs attaques au cas où ils obtiendraient l'investiture de leur parti, car alors ils auraient sans doute besoin de l'appui de leurs anciens adversaires pour remporter l'élection nationale.

Les campagnes négatives remontent aux premières élections du pays

« Durant les premières décennies d'existence de ce pays, il y a eu des joutes plutôt amères entre les candidats à l'élection présidentielle », a dit M. Nivola.

En fait, certaines des premières campagnes politiques ont été les plus agressives. Ainsi, les partisans de John Adams, candidat à la présidence en 1796, accusèrent-ils son adversaire, Thomas Jefferson, d'être lâche et faible, et de ne pas embrasser les valeurs américaines.

L'élection de 1828, qui a opposé John Quincy Adams à Andrew Jackson, a été l'une des plus amères. Les partisans d'Andrew Jackson sont allés jusqu'à qualifier John Adams de « maquereau », affirmant qu'il avait poussé une femme à avoir une liaison avec un dignitaire russe. La réplique ne s'est pas fait attendre. L'équipe de John Adams a accusé l'épouse de Jackson d'être une prostituée, et le candidat lui-même d'être un âne, utilisant le dessin de l'animal pour illustrer leurs propos.

Mais cela s'est retourné contre Adams, parce qu'Andrew Jackson a tellement aimé l'image de l'âne qu'il l'a utilisée comme symbole de sa campagne. Aujourd'hui, ce symbole représente souvent le parti démocrate.

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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