31 août 2007
Ce site Internet offre un nouveau forum à la campagne électorale des candidats.
Washington - Grâce à l'Internet, les jeunes électeurs américains vont peut-être jouer un rôle plus important dans la vie politique. Le site YouTube, qui permet à toute personne possédant une caméra numérique de diffuser sur l'Internet des vidéo sans rien avoir à payer, a offert une tribune politique sans précédent en juillet : des Américains de tout bord ont posé des questions aux candidats démocrates à l'élection présidentielle de novembre 2008 à l'aide de vidéoclips.
Des politiciens habitués à diriger les discussions se sont vu poser des questions impertinentes et incisives par des personnes revêtues de T-shirt situées aux quatre coins des États-Unis et même dans divers autres pays. Entre autres, un agent humanitaire entouré d'enfants dans un camp de réfugiés du Darfour (Soudan) leur a posé une question.
Les huit candidats à l'investiture du parti démocrate pour l'élection présidentielle, M. Joe Biden, Mme Hillary Clinton, MM. Christopher Dood, John Edwards, Mike Gravel, Dennis Kucinich, Barack Obama et Bill Richardson, qui se trouvaient à la tribune ont dû répondre à des questions portant sur divers sujets. Plusieurs des trente-neuf questions avaient trait à la guerre en Irak et près d'un tiers étaient relatives à la politique étrangère. À titre d'exemple, on peut citer les questions suivantes : « Que comptez-vous faire en dehors des promesses en l'air au Darfour ? » et « Comment la politique que vous proposez réduira-t-elle la consommation d'énergie ? »
La chaîne de télévision CNN, qui a diffusé à la télévision ce débat le 23 juillet, avait choisi les questions parmi les quinze cents qu'elle avait reçues.
Selon un spécialiste des élections de l'université de l'Iowa, M. Bruce Gronbeck, il s'agit là d'un nouveau phénomène « fascinant ». CNN, a-t-il dit à l'USINFO, a projeté les questions de YouTube sur un écran et les a filmées au lieu de les diffuser directement dans l'émission. Cette chaîne de télévision a ainsi cherché à maintenir sa position dominante et à continuer d'exercer son contrôle en sélectionnant les questions.
On peut cependant se demander si la télévision et la presse vont continuer d'être les médias dominants du XXIe siècle, alors que toutes les deux s'efforcent de trouver une place sur l'Internet et que la publicité se tourne de plus en plus vers ce réseau mondial. L'Internet, a dit M. Gronbeck, a de grands effets sur la presse écrite et sur les médias électroniques. C'est maintenant « une source d'articles, politiques ou autres » et il fournit « une quantité étonnante de documents qui sont ensuite rediffusés à la radio, à la télévision et dans la presse ». Le débat de YouTube en est une illustration.
YouTube a contribué pour la première fois à influencer les électeurs en 2006, lorsque le candidat républicain à l'un des deux sièges de sénateur de la Virginie, M. George Allen, a traité de macaque un jeune Américain d'origine sud-asiatique qui faisait une vidéo de son discours pour le candidat démocrate à ce siège, M. Jim Webb. YouTube a diffusé une vidéo montrant M. Allen en train de prononcer ce terme offensant. Malgré ses excuses, M. Allen, qui était auparavant en tête, a été battu par son adversaire. Des politologues estiment que la grande diffusion de cette vidéo par les médias, y compris YouTube, a été en partie la cause de sa défaite.
Les politiciens n'ont pas oublié cette leçon. Des candidats à l'élection présidentielle, aussi bien des démocrates que des républicains, se sont inscrits à YouTube au cours de l'année écoulée pour y établir une présence et pour y diffuser des vidéo de leur campagne électorale. C'est ainsi que M. Barack Obama a annoncé sur YouTube son intention d'envisager d'être candidat à l'élection présidentielle un mois avant son annonce officielle.
Certains candidats auxquels la presse écrite et la télévision accordent peu d'attention ont beaucoup recours à l'Internet. Selon TechPresident, un organisme qui suit les candidats sur les médias en ligne, les opinions d'un candidat républicain, M. Ron Paul, y sont très répandues. Les partisans et les adversaires des candidats y diffusent aussi des vidéos politiques sans autorisation.
C'est en 2005 que trois jeunes informaticiens désireux de faciliter le transfert de dossiers vidéo ont créé YouTube dans le garage de l'un d'eux en Californie. Ce site a obtenu immédiatement du succès et suscité la croissance d'une communauté en ligne de créateurs de vidéos. On peut voir sur YouTube tous les sujets, aussi bien sublimes que ridicules. À la fin de 2006, la société Google a acquis YouTube, qui a cependant conservé son indépendance en tant que filiale.
Lors de cette acquisition, le président-directeur général de Google, M. Eric Schmidt, a déclaré : « L'équipe de YouTube a créé un nouvel outil de communication passionnant et puissant et l'a rendu accessible et utile au monde entier. »
Pour sa part, un membre du New Politics Institute de San Francisco, M. Peter Leyden, a qualifié le débat des candidats démocrates sur CNN et YouTube de « mouvement remarquable où les nouveaux médias ont finalement la place qui leur revient aux côtés des médias classiques ».
Quant à M. Gronbeck, il a fait remarquer qu'on observait des signes indiquant une prise de conscience politique chez les jeunes internautes et que le nombre des électeurs âgés de dix-huit à vingt-quatre ans avait augmenté lors des récentes élections.
YouTube joue-t-il un rôle à cet égard ? « Il y a probablement des gens qui ont regardé le débat alors qu'ils n'en avaient jamais suivi un auparavant, et nous savons que la proportion du groupe des dix-huit à vingt ans a été la plus forte de toutes celles jamais enregistrées lors d'un débat portant sur l'élection présidentielle », a-t-il dit.
Les questions n'étaient pas posées par des journalistes mais par des particuliers dont la diversité représentait certains grands thèmes de la campagne électorale des candidats. Il y avait des Noirs, des Blancs, des invalides, des cancéreux, etc., dont on pouvait voir le visage.
C'est une forme de campagne électorale telle qu'elle devrait être, où « les dirigeants s'adressent aux dirigés et entrent en dialogue d'une manière sérieuse », a indiqué M. Gronbeck. Cette rencontre personnalisée a garanti la poursuite du débat au sein de la communauté des internautes longtemps après sa tenue.
En novembre, ce sera au tour des candidats républicains à l'élection présidentielle de participer à un débat sur YouTube.
Il est possible de voir en anglais le débat des candidats démocrates sur YouTube à l'adresse suivante : www.youtube.com/democraticdebate.
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)