27 août 2007
La tradition du « vote de paille » leur sert de collecte de fonds et de sondage de popularité.
Dans l'État paisible de l'Iowa, la saison estivale qui précède une année d'élection présidentielle est toujours marquée par la première salve d'une âpre et longue campagne politique. Le spectacle démarre avec le « straw poll », littéralement « vote de paille », un test électoral préliminaire, dépourvu de toute valeur officielle et qui prend place traditionnellement à Ames, sur le campus de l'université de l'Iowa. Cet événement sert principalement de collecte de fonds pour le parti républicain mais lui permet également de mesurer les forces respectives de ses candidats en puissance.
Naturellement, un tel rassemblement de républicains incite les démocrates à des efforts du même ordre. Suite au « vote de paille » du 11 août, des représentants de ce deuxième parti ont passé la semaine à parcourir cet État clé du Midwest, visant aussi bien les petites villes que la capitale, Des Moines, où ils ont profité de la Foire de l'Iowa pour rencontrer un maximum de futurs électeurs.
Les meetings politiques tels que le « vote de paille » offrent au public la possibilité non seulement de rencontrer les candidats en personne, mais aussi, dans l'Iowa, de profiter de toutes les festivités qui accompagnent traditionnellement le lancement d'une campagne électorale : montgolfières, affiches, tee-shirts et concerts de rock. Cette année, la foule a été divertie par le candidat Mike Huckabee, ancien gouverneur de l'Arkansas et bassiste du groupe de rock appelé « Capital Offense ».
Tandis que les candidats font leurs discours, posent pour des photos et serrent la main à leurs partisans, le ciel prend des teintes bleu, blanc et rouge sous l'effet des lâchers de ballons, rubans et confettis parés de ces couleurs. Sous chaque tente, les spectateurs se régalent d'un festin de barbecue offert gratuitement.
Le « vote de paille » d'Ames ne représente ni un vote officiel ni une prévision fiable de l'investiture du parti républicain, surtout lorsqu'on sait que plusieurs candidats l'ont boudé. L'événement sert plutôt de baromètre des tendances de l'opinion des électeurs.
M. Chuck Grassley, sénateur républicain de l'Iowa, n'en a pas moins qualifié le « vote de paille » de point de départ important vers le « caucus » du parti. Ce caucus, qui aura lieu en janvier 2008, déterminera les favoris de l'État à l'investiture. « Le vote de paille mettra beaucoup plus en valeur deux ou trois des candidats », a-t-il dit. M. Grassley a ajouté que puisque chaque votant doit verser une cotisation et que cette somme est souvent payée par les candidats eux-mêmes, il ne s'agit pas d'une élection légitimement démocratique, mais simplement d'une démonstration du soutien et des fonds que les divers candidats peuvent rapporter au parti républicain.
Le « vote de paille » révèle ainsi les capacités des candidats. « La viabilité d'un candidat dépend plus ou moins de ses compétences en matière de collecte de fonds et d'organisation », a expliqué le sénateur Grassley.
Selon le Washington Post, le gagnant de cette année, l'ancien gouverneur du Massachusetts, M. Mitt Romney, aurait dépensé plus de 800 dollars par vote. Ce montant englobe le coût des publicités télévisées, du travail effectué par l'équipe de Romney dans chacun des comtés de l'État, des nombreux tickets de 35 dollars chaque distribués gratuitement aux votants (correspondant au montant de leur cotisation), de leur transport au site de l'événement, de leur restauration et de leur divertissement. De plus, l'ancien gouverneur aurait payé 25.000 dollars afin de s'assurer le meilleur emplacement possible, c'est-à-dire le square en face de l'entrée de l'hôtel « Hilton Coliseum » par laquelle tous les visiteurs sont obligés de passer. Un investisseur de capital à risque extrêmement riche, M. Romney n'a pas révélé le montant total de ses dépenses dans l'Iowa. Mais on sait qu'il a obtenu 4.516 votes, soit 31 % des « suffrages ».
M. Huckabee, arrivé en deuxième place, considère quant à lui que ses 2.587 voix représentent une victoire pour sa base populaire. Il a déclaré n'avoir consacré que 150.000 dollars à sa campagne dans l'Iowa, et ajouté qu'un tiers de ses supporters avaient payé leur ticket.
Les démocrates ont tendance à éviter les « votes de paille », étant donné que la pratique est considérée comme non scientifique. D'ailleurs, le parti démocrate national a défendu à son état-major de l'Iowa d'en organiser, selon M. Scott Brennan, le président du comité des démocrates de l'Iowa. « Je ne suis pas certain que les résultats de ces votes soient significatifs d'une façon ou d'une autre. Par contre, les « votes de paille » permettent de ramasser énormément d'argent », a-t-il précisé.
Les démocrates préfèrent se préparer aux caucus d'Iowa du mois de janvier, votes officiels où les électeurs se rassembleront en petit nombre, quartier par quartier, dans chacune des circonscriptions électorales de l'État. Ces caucus ont exactement la même fonction que les élections primaires organisées dans d'autres États, c'est-à-dire de déterminer le candidat de chaque parti à la présidence. Par contre, à la différence des élections primaires qui permettent aux individus de voter directement pour le candidat, le système des caucus implique la désignation de délégués de chaque circonscription, qui, selon la réglementation du parti, soit représenteront les candidats à la proportionnelle, soit attribueront la totalité de leurs suffrages au candidat ayant remporté le plus de voix.
La tradition du « vote de paille » d'Ames date de 1979. Depuis, cet événement est organisé lorsque le président au pouvoir n'est pas républicain ou s'il l'est mais ne peut plus se représenter à l'élection. La participation, cette année, a été bien inférieure à celle des années précédentes ; le nombre de votes en 2007 s'est élevé à 14.302 alors qu'en 1999, durant la campagne du président George Bush, on a compté 23.685 participants.
En tout, environ 30.000 personnes ont assisté au meeting d'Ames cette année.
Steve Evans, un partisan de Mitt Romney, a dit à l'USINFO : « Ca fait partie du processus des élections américaines. Il démarre ici, dans l'Iowa, et prend de plus en plus d'ampleur. Mais au départ, tout est encore très populaire, et j'aime bien faire partie de cela. »
Jacob Overman, qui préfère Ron Paul, député du Texas et républicain libertaire, a expliqué qu'il appréciait la possibilité d'entendre parler les candidats. « J'aime le fait que nous avons la liberté d'expression dans ce pays. Ici, les gens se rassemblent pour parler des questions centrales et de ce qui doit être fait. »
M. Grassley, M. Brennan, et d'autres encore sont tous de l'opinion que les plus grands thèmes de discussion seront la guerre en Irak, le secteur des soins médicaux et l'immigration. M. Brennan y a ajouté l'énergie, disant que « la question de l'éthanol a énormément d'importance dans l'Iowa, étant donné que c'est un État agricole ».
C'est peut-être pour les personnes comme Paula Burggraaf, qui est heureuse d'avoir eu la chance de voir les candidats gratuitement, que les « votes de paille » ont le plus d'intérêt. « J'étais vraiment curieuse d'entendre ce qu'ils avaient à dire et de connaître leurs convictions, parce que j'ai moi-même mes propres opinions et je voulais savoir qui les partage. »
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)