22 août 2007
Article de fond du politologue John Aldrich
John Aldrich est un politologue de renom, titulaire de la chaire Pfizer-Pratt du département de sciences politiques de l'université Duke à Durham, en Caroline du Nord. Il est l'auteur de plusieurs livres, dont « Before the Convention » et « Why Parties ?», ainsi que de nombreux articles. Il a été le président de la Southern Political Science Association.
(Début de l'article)
Alors que les médias consacreront presque toute leur attention à l'élection présidentielle de 2008, les Américains iront aux urnes pour choisir en même temps des milliers d'autres élus. Les élections législatives fédérales, en particulier, peuvent être aussi disputées et presque aussi importantes que la campagne présidentielle. En effet, l'équilibre des forces au Congrès, entre les deux grands partis, est tout à fait précaire.
L'importance des élections législatives tient aussi au rôle central du Congrès dans l'élaboration de la politique. À la différence d'un régime parlementaire traditionnel, le système américain est caractérisé par des pouvoirs distincts répartis entre le Congrès et le président. C'est le Congrès qui rédige et doit voter toutes les lois avant que le président les signe (où y oppose son veto). De plus, le fait qu'il y ait des élections séparées pour chaque fonction politique signifie qu'un parti peut détenir la majorité au Congrès tandis qu'un membre de l'autre parti est président. Cette situation est devenue très fréquente. La Chambre et la présidence ont appartenu à des partis différents pendant seize des vingt-quatre dernières années. Le point de savoir si le Congrès et la Maison-Blanche seront sous le contrôle d'un même parti est donc aussi l'un des enjeux de l'an 2008.
Comment est choisi le Congrès
La Chambre des représentants et le Sénat ont des pouvoirs presque égaux, mais leurs modes d'élection sont tout à fait différents. Les pères fondateurs de la république américaine souhaitaient que les membres de la Chambre soient proches du public. Aussi conçurent-ils la Chambre comme un organe représentatif relativement vaste et renouvelé par des élections fréquentes (tous les deux ans). À l'origine, un mandat de deux années était considéré trop long par certains. Aujourd'hui, on s'inquiéterait plutôt de constater que la fréquence des élections pousse les sortants à briguer en permanence leur réélection.
Chaque siège de la Chambre représente une circonscription géographique, et chaque membre est élu par une seule circonscription au scrutin uninominal à un tour. Chacun des 50 États est assuré d'obtenir au moins un siège à la Chambre, les autres sièges étant attribués aux États en fonction de leur population. L'Alaska, par exemple, qui a une population très réduite, détient un seul siège à la Chambre. La Californie, qui est l'État le plus peuplé de l'Union, occupe actuellement 54 sièges.
À l'origine, le Sénat a été conçu pour représenter les États et, en fait, les sénateurs étaient initialement choisis par les assemblées législatives des États. C'est seulement depuis l'adoption du Dix-septième Amendement à la Constitution, en 1913, que les sénateurs sont directement choisis par les électeurs de leur État. Chaque État a deux sénateurs élus pour un mandat de six ans, et le Sénat est renouvelable par tiers tous les deux ans. Par conséquent, les sénateurs sont élus à la majorité relative, chaque État représentant une circonscription. Le scrutin uninominal à un tour a tendance à favoriser l'existence d'un système bipartite. En effet, les électeurs croient généralement que les candidats d'un tiers parti ont très peu de chances de l'emporter et préfèrent ne pas « gaspiller » leurs voix. C'est pourquoi les candidats désireux de gagner des élections, évitent en général de s'affilier à un tiers parti. En fait, tout au long de leur histoire, les États-Unis n'ont jamais eu plus de deux principaux partis. Au cours des années 1900, une seule personnalité non affiliée au Parti démocrate ou républicain (qui sont les deux grands partis américains depuis 1860) a été élue à la Chambre, et aucune n'a gagné un siège au Sénat.
Qu'est-ce qui influe sur les élections législatives ?
Pendant presque tout le XXe siècle, les élections législatives ont été « axées sur les partis ». Comme la plupart des électeurs étaient liés depuis de longues années à l'un ou l'autre des partis politiques, ils avaient tendance à voter toujours en faveur du même parti. Les membres du Congrès étaient souvent réélus et conservaient parfois leur siège pendant plusieurs décennies parce qu'une majorité de leurs électeurs soutenaient leur parti. Les efforts personnels des candidats n'avaient qu'un effet marginal sur leur électorat. À partir des années 1960, la personnalité de certains candidats et la nature de certains dossiers ont commencé à jouer un rôle important. Les élections nationales sont devenues de plus en plus « axées sur les candidats ». Le talent que l'on met à faire campagne devant les caméras de télévision, à collecter d'énormes sommes d'argent, à réaliser des sondages et à satisfaire bien d'autres nécessités du battage électoral moderne a rendu l'électeur plus sensible à la personnalité du candidat. Par conséquent, les votants ont commencé à tenir compte des qualités et des faiblesses de chaque candidat en plus de leur loyauté envers un parti.
Quand le scrutin est axé sur le candidats, cela représente un avantage de poids pour les sortants dans une élection législative. Ceux-ci bénéficient en effet d'une plus grande attention de la part de la presse que leurs concurrents, en particulier pendant les années entre les élections. Grâce à ce surcroît d'attention des médias et à l'influence substantielle qu'ils exercent sur les questions d'intérêt public, les candidats sortants sont également mieux placés que leurs adversaires pour réunir des fonds destinés à leur campagne. Pour ces raisons et d'autres encore, les candidats sortants qui se représentent ont toutes les chances d'être réélus. Ainsi, en 1998, 401 membres de la Chambre ont voulu se faire réélire et sept d'entre eux seulement ont été battus ; seuls trois sénateurs sur les vingt-neuf qui sollicitaient un nouveau mandat ont perdu leur siège. Avec un taux de réélection de 90 % au moins, les élections au Congrès ne sont pas seulement axées sur les candidats mais également sur les sortants.
Avec plus de fonds, une meilleure couverture médiatique et l'avantage d'avoir déjà une certaine réputation, le candidat sortant l'emporte parce qu'il est connu de l'électorat, alors que bien souvent tel n'est pas le cas de ses concurrents. La difficulté de collecter des fonds est souvent à l'origine d'un cercle vicieux qui amène des candidats potentiellement sérieux à refuser l'affrontement avec des élus sortants bien établis. Ceux qui s'obstinent à se présenter se heurtent à bien des obstacles pour obtenir les fonds nécessaires au démarrage de leur campagne. C'est pourquoi il leur arrive de rester dans l'ombre, sans jamais réussir à percer, ce qui renforce la croyance selon laquelle les candidats sortants sont quasiment imbattables.
(Fin de l'article)
(Diffusé par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)