21 août 2007

Le « spanglish » : un point de départ vers l'apprentissage de l'anglais

Ce dialecte hybride représente « une clef qui ouvre la porte aux États-Unis »

 
Bianca Alvarez et Esmeralda Vargas
Bianca Alvarez et son élève Esmeralda Vargas. Cette classe bilingue de CP est à Dodge City au Kansas. (© AP Images)

Washington - Le « spanglish », un hybride de l'anglais et de l'espagnol qui se répand particulièrement vite chez les jeunes, est un des produits les plus intéressants de l'évolution de ces deux langues majeures face aux phénomènes de l'immigration et la mondialisation.

Le « spanglish » représente également « une façon très créative pour les Hispaniques de marquer leur identité aux États-Unis aujourd'hui », a expliqué M. Ilan Stavans, professeur de culture « Latino » et latino-américaine à l'université Amherst, dans la ville d'Amherst au Massachussetts. Sa vocation comprend aussi bien l'étude que la défense de l'utilisation de cette langue hybride.

Selon le Sondage national des Latinos, (une des études les plus approfondies des 43 millions personnes d'origine hispanique aux États-Unis), presque 92 % des Latinos disent que l'apprentissage de l'anglais est essentiel, et 7 % estiment qu'il est moyennement important. Or, la maîtrise de l'anglais ne se fait pas du jour au lendemain. Dans son livre « Le Spanglish : la création d'une nouvelle langue américaine », (paru en 2003), M. Stavans se réfère à des milliers de mots américains dont les racines étymologiques naissent aussi bien de l'anglais que de l'espagnol. De plus, ces termes sont utilisés par tout un éventail de gens ; des jeunes aux personnes âgées, les immigrants, les Latinos de souche américaine, et les Américains sans aucune origine hispanique.

« C'est également une forme de communication généralement utilisée à Porto-Rico, tout au long de la frontière mexicaine et dans d'autres régions mixtes. Autrement dit, c'est une langue qui franchit les frontières », a ajouté M. Stavans.

Si le « spanglish » est très répandu chez les Latinos, il existe cependant des différences d'usage qui varient selon la région et selon la génération de ses locuteurs. M. Stavans voit cela comme une bonne chose, et a récemment entrepris la traduction de Don Quichotte, le chef-d'œuvre de Cervantes, en « spanglish » au cas où l'on aurait des doutes concernant le potentiel de ce dialecte.

Un de ses mots favoris du « spanglish » est « estressar », un terme qui se réfère à un type d'anxiété spécifiquement contemporain et qui signifie ainsi « être stressé ». Certains mots sont tout simplement des mots anglais devenus plus faciles à prononcer en espagnol. Par exemple, le mot anglais « average » (ou « moyen ») donne « averaje », (prononcé a-vé-RA-hé) en « spanglish ». D'autres termes reflètent l'imagination et l'esprit qui sont caractéristiques de tous les argots ; ainsi, on appelle une personne qui essaye de s'assimiler un « avocado » (ou « avocat »), ou une femme dynamique une « aeróbica » .

Né au Mexique au sein d'une famille aux origines juives et est-européennes, M. Stavans grandit dans un entourage multilingue. Il est l'auteur de plusieurs livres, notamment « The Hispanic Condition : The Power of a People » (ou La Condition hispanique : le pouvoir d'un peuple, publié en 1995), « On Borrowed Words : A Memoir of Language », (ou Les Mots empruntés : le mémoire d'une langue, publié en 2001), et « Dictionary Days », (ou Les Journées du dictionnaire, publié en 2005).

Il voit le « spanglish » non pas comme une manifestation de l'aliénation des Latinos à la culture américaine, mais plutôt comme « une tentative de rompre cette aliénation, de trouver les moyens par lesquels nous pouvons nous assimiler, mais à notre façon ». Les « spanglishophones » se construisent ainsi une identité positive tandis que l'emploi de cette langue semble accélérer et faciliter leur américanisation.

Quant à ceux qui se soucient de la dégénérescence que pourrait souffrir l'anglais ou l'espagnol à cause de l'influence du « spanglish », M. Stavans a déclaré que « toute langue existe dans un état de corruption en perpétuité. Le « spanglish » ne pollue ni l'anglais ni l'espagnol ; du moins, pas plus que ne le font le jargon des adolescents, l'argot sportif, le langage publicitaire, ou encore n'importe quelle autre langue étrangère. Une langue vivante trouvera toujours les moyens de négocier avec les autres langages, intérieurement et extérieurement, peu importe le stade d'évolution des langues voisines. »

D'ailleurs, le « spanglish » est lui-même en évolution constante. M. Stavans a enseigné plusieurs cours de « spanglish » à l'université d'Amherst et dans d'autres établissements d'éducation. Il a affirmé que plusieurs de ses anciens élèves poursuivent aujourd'hui des carrières dans ce nouveau domaine et ont rejoint son réseau de chercheurs et d'informateurs. « Je rajoute régulièrement de nouveaux termes à ma base de données. J'espère pouvoir publier une nouvelle édition (du dictionnaire) dans les années à suivre », a-t-il dit.

« Le « spanglish » doit être utilisé comme un point de départ dans le processus de l'apprentissage de l'anglais, a-t-il précisé, et je dois répéter que malgré l'attrait ou le chic du « spanglish », l'anglais reste la seule et unique voie pour les Latinos qui désirent devenir américains à cent pour cent. Ceci ne veut pas dire, bien sûr, qu'ils sont obligés d'abandonner le « spanglish », mais de s'en servir comme une clef qui permet d'ouvrir la porte de l'Amérique. »

Par ailleurs, M. Stavans a déclaré lors d'une interview avec la National Public Radio que « les Latinos sont en train d'apprendre l'anglais, mais ceci n'implique pas le sacrifice de leurs langues natale et transitoire. Le « spanglish » représente aussi un moyen inventif de dire : « je suis un Américain, mais j'ai mon propre style, mon propre goût, ma propre langue. » »

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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