15 août 2007

Charles Simic, le nouveau poète lauréat des États-Unis

Originaire de l'ancienne Yougoslavie, il a émigré aux É.-U. à l'adolescence.

 
Charles Simic
Charles Simic, le nouveau poète lauréat des États-Unis, à l'université de New York en mai 2003. (Photo Archives © AP Images)

Washington - Charles Simic, le nouveau poète lauréat des États-Unis, n'a commencé à apprendre l'anglais qu'à 15 ans, l'âge qu'il avait lorsqu'il a débarqué à New York après une enfance traumatisante dans l'ancienne Yougoslavie.

« Ce qui a le plus influencé ma vie, c'est le fait d'être né en Yougoslavie en 1938. Ensuite, en 1941, la guerre a commencé, et je l'ai vécue, ainsi que les années de communisme qui l'ont suivie. Les années de guerre en Yougoslavie étaient un véritable enfer », a-t-il dit lors d'un entretien accordé à l'USINFO le 9 août.

En 1953, Charles, sa mère et son frère ont réussi à se rendre à Paris, où ils sont restés pendant un an. Ils sont ensuite allés aux États-Unis rejoindre le chef de la famille. « New York en 1954 était incroyable. L'Europe était encore plongée dans la grisaille et les ruines. New York était simplement éblouissante. Lorsque j'étais enfant, en Yougoslavie, j'aimais le jazz et le cinéma. Cette ville était donc pour moi le paradis. »

Plus tard, à Chicago, lorsqu'il était au lycée, il a commencé à écrire. « Ensuite j'ai rencontré des gens qui étaient des écrivains et des poètes. Nous parlions de poésie et lisions des poèmes. J'ai commencé à publier mes premières créations en 1959, dans le « Chicago Review », un magazine de qualité. Donc, cinq ans après mon arrivée aux États-Unis, je publiais mon premier poème. »

Un immigrant qui apprend l'anglais à l'adolescence ne considère pas la chose comme allant de soi. « On remarque des détails sur la langue et sur la culture américaine dont les gens qui sont nés aux États-Unis ne sont pas conscients, j'imagine. »

S'il a publié son premier recueil de poèmes en 1967, M. Simic n'a commencé à se prendre au sérieux en tant qu'écrivain que quelques années plus tard. « C'est en 1970 que j'ai réalisé pour la première fois que mes poèmes signifiaient quelque chose. J'habitais à New York et je travaillais pour un magazine de photographie. J'ai commencé à recevoir des lettres, tout à fait inattendues, de collèges et d'universités qui me demandaient si j'accepterais de donner des cours de création littéraire et de littérature. J'avais l'intention de passer le reste de ma vie à New York mais, à ma grande surprise, ces offres continuèrent d'arriver. »

En 1971, il a accepté un poste au collège universitaire California State à Hayward. En 1973, il est passé à l'université du New Hampshire, où il a enseigné jusqu'à sa récente retraite.

Sa nomination en tant que 15e poète lauréat des États-Unis a été annoncée par la Bibliothèque du Congrès le 2 août. Le même jour, l'Académie des poètes américains lui a décerné le prix Wallace Stevens, d'une valeur de 100.000 dollars, pour « excellence et maîtrise avérée de l'art de la poésie ».

« La richesse de l'imagination de Charles Simic se révèle dans la façon étonnante et inhabituelle dont il utilise le langage imagé. Il manie le vocabulaire avec l'art d'un maître artisan, mais ses poèmes demeurent accessibles, souvent méditatifs et surprenants. Il a créé un large éventail de poèmes hautement organisés et empreints de nuances sombres et de touches d'humour sarcastique », a déclaré le bibliothécaire James Billington lors de l'annonce de sa nomination.

Le poste de « poète lauréat consultant en poésie » de la bibliothèque du Congrès a été crée en 1937 (avec le titre de « consultant en poésie » jusqu'en 1986) sur un modèle britannique équivalent. Il a été occupé par plusieurs poètes de renom, dont Robert Penn Warren, Richard Wilbur, W.S. Merwin, Mark Strand, Rita Dove et le lauréat du prix Nobel Joseph Brodsky, d'origine russe.

Selon les responsables de la bibliothèque du Congrès, le poète lauréat cherche à « élever la sensibilisation du public à l'importance de la lecture et de l'écriture de la poésie » aux États-Unis. Mais selon M. Simic, on fait de ce poste ce que l'on veut. Il prononcera un discours le 29 septembre à l'occasion du Festival national du livre organisé à la bibliothèque, et il y lira des poèmes le 17 octobre.

M. Simic rejette l'idée selon laquelle le rôle du poète ne consiste pas strictement à composer des poèmes. Chaque fois qu'on lui pose une question à ce sujet, il pense aux communistes et à leur « politique culturelle ».

« Ils avaient toujours des devoirs à accomplir et des rôles à tenir pour les écrivains et les poètes. Chaque poète est une voix individuelle. Et s'il est bon, tout ce qui l'intéresse c'est l'écriture, avec toute l'intégrité que cela implique. »

M. Simic se considère comme appartenant à la tradition des écrivains de la Nouvelle Angleterre tels qu'Emily Dickinson, Robert Frost et Wallace Stevens, et ressent un lien philosophique avec Nathaniel Hawthorne, Ralph Waldo Emerson et Thoreau, bref « tous les grincheux ».

Charles Simic a remporté de nombreux prix, notamment le Pulitzer, et le « prix du génie » décerné par la fondation MacArthur.

Il a également été récompensé pour ses traductions de poèmes français, serbes, croates, macédoniens et slovènes, et il est à l'heure actuelle en train de réviser et de compléter une anthologie de la poésie serbe pour laquelle il avait remporté un prix de l'Académie des poètes américains en 1993.

À ceux qui ne connaissent pas son œuvre, il suggère de commencer par un recueil de ses derniers poèmes intitulé « The Voice at 3 AM » (2003).

Il recommande également « Prodigy », dont la toile de fond est Belgrade (Serbie) durant la Deuxième Guerre mondiale. Il aime particulièrement ce poème, a-t-il dit à l'USINFO.

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

Créer un signet avec :    Qu'est-ce que c'est ?