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13 novembre 2006

Les Iraniennes en exil s'expriment par la littérature

L'absence de censure ouvre la voie à la créativité des femmes qui veulent raconter leur propre histoire.

 

Washington - Nombre de femmes d'origine perse vivant aux États-Unis et ailleurs saisissent l'occasion qui leur est donnée de raconter leur vécu, grâce à des libertés plus larges et à un sentiment croissant de sécurité dans leur nouveau pays d'adoption, et le monde littéraire commence à manifester à leur égard un intérêt croissant.

Mme Persis Karim, professeur associée d'anglais et de littérature comparée à l'université d'État de San Diego en Californie, a déclaré qu'au cours des cinq à six dernières années, il y a eu une « explosion » de mémoires écrits par des femmes d'origine iranienne qui abordent le sentiment de perte et de nostalgie lié au départ de leur pays ainsi que des sujets tabous comme la sexualité et l'amour.

S'exprimant à l'université du Maryland le 2 novembre, Mme Karim a attribué ce foisonnement littéraire aux États-Unis à « un réel désir de relater sa propre histoire et à une curiosité de la part des lecteurs américains et des maisons d'édition d'en savoir davantage sur les femmes iraniennes ».

Les femmes de la diaspora iranienne sont en train de se « redécouvrir », a affirmé Mme Karim car elles ressentent, plus que les hommes, le besoin d'être mieux représentées aux yeux du monde. Elle a expliqué que ce besoin provient en partie de leur réaction face au portrait que font les médias des femmes iraniennes dissimulées derrière un voile et apparemment empêchées de s'exprimer. Mais elles veulent aussi se décrire elles-mêmes « car d'une certaine façon, elles n'en n'ont jamais eu l'occasion ».

Persis Karim a ajouté que la liberté d'écrire sans censure pour ces femmes de la diaspora est « un élément vraiment crucial » dans cette nouvelle vague littéraire et dans son recueil intitulé « Let Me Tell You Where I Have Been » (laissez-moi vous dire d'où je viens), elle inclut des nouvelles et des poèmes écrits par des femmes à l'insu de leur famille ou sans leur consentement qui abordent une large gamme de thèmes liés à la sexualité, thèmes généralement réprimés dans la culture traditionnelle conservatrice de l'Iran.

« Ce qui est particulièrement passionnant et intéressant est le fait que ces femmes parlent de sexualité, de mariage et d'amour qui sont des sujets particulièrement délicats à traiter en Iran surtout à l'heure actuelle », a-t-elle indiqué. « D'un point de vue littéraire, cette tendance est très intéressante. »

Ces femmes posent « des questions difficiles sur la culture américaine et iranienne » et Mme Karim a confié qu'« elles sont prêtes à les poser par écrit car je pense que l'absence de censure leur ouvre de nouveaux horizons ».

La culture patriarcale considérée comme un frein à la démocratie

Marjane Satrapi, auteur de bandes dessinées installée en France, a connu une reconnaissance internationale spectaculaire, notamment pour son album « Persépolis », où elle raconte sa vie à l'époque de la révolution et de la guerre en Iran.

Son album « Broderies » aborde la situation des femmes et la sexualité en Iran, qu'elle décrit comme « un tabou énorme dans les pays où la démocratie est absente ». Marjane Satrapi se trouvait dans une librairie de Washington le 31 octobre dernier.

Parmi les sujets traités dans « Broderies », elle discute de la virginité et de son importance en Iran ainsi que la pression culturelle exercée sur les femmes.

« Cette question est la première clé qui ouvrira la porte à la liberté et à la démocratie car tant que le problème ne sera pas réglé, nous ne pourrons pas évidemment parler de démocratie », a-t-elle dit, ajoutant qu'elle cherchait à « discuter de manière non agressive du droit des femmes à s'épanouir sexuellement ».

« Je suis convaincue que le plus grand ennemi de la démocratie est la culture patriarcale », a affirmé Marjane Satrapi. Elle a également ajouté qu'un président autoritaire et oppressif ne peut pas s'opposer à la démocratie mais que la culture d'un pays peut le faire. Dans de nombreux pays, « la moitié de la société est réprimée par l'autre moitié en raison d'idées largement répandues selon lesquelles les femmes sont moins intelligentes que les hommes ou qu'elles sont trop sensibles de nature pour accomplir la même chose que les hommes ».

La démocratie est une « évolution », a-t-elle dit. En Iran, même si les femmes « disposent de la moitié des droits des hommes », 70 % des étudiants iraniens sont des femmes. Marjane Satrapi pense que le changement aura lieu lorsque les femmes seront financièrement indépendantes, mais en attendant, « notre gouvernement n'est pas vraiment représentatif des femmes ».

L'exil entraîne la nostalgie et des occasions de créer

Persis Karim explique que les Américaines d'origine iranienne commencent à « écrire elles-mêmes pour faire le récit de la situation récente en Iran et leurs œuvres sont caractérisées par une maîtrise assurée de la langue anglaise ».

« Ce que j'ai observé dans leur écriture est une quête véritable pour définir leur place entre la culture de l'Iran et celle des États-Unis ou d'un autre pays » a-t-elle ajouté. « De nombreuses jeunes Américaines d'origine iranienne veulent se réapproprier leur patrimoine culturel même si elles sont conscientes d'en être éloignées à un certain degré. »

Parallèlement, déclare-t-elle, il existe une « génération entière de jeunes qui grandissent aux États-Unis et sont influencés et intéressés par la culture iranienne. Ils cherchent à trouver un moyen de satisfaire cet intérêt. »

Persis Karim a expliqué que la vie aux États-Unis, un pays d'immigrés, a créé ce qu'elle nomme « une littérature hybride ». Vivre dans un autre pays permet aux gens de « se réinventer et peut-être de redécouvrir leurs traditions et de s'approprier un nouveau savoir influencé par leur expérience d'immigrés ».

Cela permet également de se libérer du fardeau de la tradition, en offrant la possibilité aux écrivains de « créer quelque chose de nouveau, dans une nouvelle langue et avec une nouvelle expérience ».

Les œuvres rédigées par les Américaines d'origine iranienne sont présentes « dans toutes les conversations et même au-delà des États-Unis », a-t-elle ajouté car les Iraniens habitent dans le monde entier.

« Je crois que l'impossibilité de pouvoir rentrer en Iran sans problèmes ou inquiétude ou l'incapacité à entretenir un lien régulier avec leur culture poussent ces femmes à parler de leur pays pour créer une relation avec lui », a-t-elle conclu.

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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