09 novembre 2006

Treize pays figurent sur la liste des « ennemis » de l'internet de RSF

La liste de l'association Reporters sans frontières (RSF) et les propos de M. David Gross, du département d'État, à la réunion de l'Union internationale des télécommunications

 
Des Cubaines naviguent sur la Toile dans un cybercafé de La Havane
Des Cubaines naviguent sur la Toile dans un cybercafé de La Havane. L'usage de l'internet est surveillé à Cuba. (© AP Images)

Washington - L'association Reporters sans frontières, dont le siège est à Paris, a diffusé, le 7 novembre, une nouvelle liste de pays qu'elle appelle les « ennemis » de l'internet parce qu'ils violent « systématiquement » la liberté d'expression sur l'internet. La Chine, Cuba, l'Iran et la Corée du Nord figurent parmi les 13 pays portés sur cette liste.

Reporters sans frontières indique que la Chine « reste sans conteste le pays le plus avancé en matière de filtrage » de l'internet. Les autorités chinoises « suivent avec attention les évolutions technologiques pour s'assurer qu'aucune n'ouvre une nouvelle fenêtre d'expression ».

Après les sites de l'internet et les forums de discussion, les autorités chinoises se concentrent sur les blogs et sur les sites permettant l'échange de vidéos. La Chine compte près de 17 millions de blogueurs, mais très peu d'entre eux osent aborder des sujets délicats et encore moins critiquer la politique du gouvernement.

À l'heure actuelle, 52 Chinois sont en prison parce qu'ils se sont exprimés trop librement sur l'internet, et « l'autocensure fonctionne à plein régime ». Alors qu'on pensait que l'internet allait révolutionner la société chinoise et son régime politique, l'opposé semble se produire, selon Reporters sans frontières : « c'est peut-être le modèle chinois de l'internet, fondé sur la censure et la surveillance, qui pourrait un jour s'imposer au reste du monde. »

Un autre organisme de défense de la liberté de la presse, le Comité de protection des journalistes, dont le siège est à New York, a aussi condamné la politique répressive de la Chine en ce qui concerne la liberté d'expression sur l'internet. L'exemple le plus récent de la violation de cette liberté est la peine de prison pour une durée de deux ans infligée au blogueur Li Jianping le 25 octobre, plus de six mois après qu'il eut été jugé pour avoir incité à la subversion de l'État.

Selon Reporters sans frontières, Cuba figure sur sa liste des ennemis de l'internet parce que le gouvernement cubain se sert de « plusieurs leviers pour s'assurer que ce média n'est pas utilisé de manière contre-révolutionnaire ». Pour consulter l'internet ou leur courrier électronique, les Cubains doivent passer par des points d'accès publics tels que les cybercafés, les universités et les clubs informatiques pour la jeunesse où l'on peut surveiller ce qu'ils font, étant donné que les branchements privés à l'internet sont plus ou moins interdits à Cuba. En outre, le gouvernement cubain empêche les opposants politiques et les journalistes indépendants d'accéder à l'internet. Pour ceux-ci, « communiquer avec l'étranger est un véritable parcours du combattant ».

En ce qui concerne l'Iran, Reporters sans frontières indique que les autorités iraniennes ont renforcé le filtrage de l'internet et qu'elles se targuent de filtrer 10 millions de sites « immoraux ». Elles ont par ailleurs décidé récemment d'interdire les connexions à haut débit.

De son côté, la Corée du Nord reste, comme en 2005, « le pire trou noir » de l'internet. Seuls quelques hauts responsables de ce pays ont accès au réseau grâce à des connexions louées à la Chine.

La veille de la parution de la liste des ennemis de l'internet, un haut responsable du département d'État, M. David Gross, a déclaré, lors de la réunion de l'Union internationale des télécommunications à Antalya (Turquie), que le gouvernement Bush avait attribué au cours des trois dernières années plus de 250 millions de dollars à des projets visant dans des pays en développement à élargir l'accès aux réseaux des technologies de l'information et de la communication et à encourager la libre circulation de l'information.

À titre d'exemple, il a cité l'Initiative en faveur de la liberté numérique qui associe le gouvernement des États-Unis, le secteur privé, des organisations non gouvernementales et des universités afin de renforcer les capacités techniques et de stimuler la croissance économique grâce à un plus grand recours aux technologies de l'information et de la communication. Pour l'année budgétaire 2007, le gouvernement s'est engagé à œuvrer en faveur de l'augmentation des connexions à haut débit, en reliant les zones rurales et les universités de manière à permettre la transmission de sons et la transmission de données.

Par ailleurs, M. Gross a souligné que toute personne avait le droit de s'informer, d'exprimer librement ses opinions et de rechercher, recevoir et transmettre des informations et des idées par tous les médias sans se soucier des frontières. « Il nous incombe, a-t-il dit, de veiller à ce que ces paroles, et cet engagement, passent dans la réalité. »

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

Créer un signet avec :    Qu'est-ce que c'est ?