06 novembre 2006
Des travailleurs volontaires, neutres ou engagés, font tourner les rouages de la démocratie.

Washington - Des ballons de couleur vive flottent au-dessus de pancartes aux couleurs de l'arc-en-ciel tandis que des hauts-parleurs débitent de la musique et des informations et que des militants reconnaissables aux slogans imprimés sur leur casquette et leur chemise distribuent prospectus, autocollants et macarons à tour de bras. Aux États-Unis, le jour du scrutin prend souvent un air de carnaval, peut-être pour attirer l'attention des électeurs ou susciter leur enthousiasme.
La journée commence tôt. Le 7 novembre, dans les villages comme dans les villes de toutes tailles, des milliers de travailleurs bénévoles se lèveront avant l'aube pour faciliter le déroulement des élections de mi-parcours. Certains se pointeront à l'état-major des candidats afin d'y retirer des prospectus, des dépliants et des affiches qu'ils iront distribuer devant les bureaux de vote dans l'espoir d'influencer les décisions des électeurs jusqu'au dernier moment.
D'autres se rendront directement dans les cafétérias, les gymnases et les centres communautaires qui servent de bureaux de vote. Là, ils aideront à vérifier que les électeurs sont effectivement inscrits sur les listes, à mettre en place les isoloirs et à veiller au déroulement du scrutin conformément aux lois et aux règlements applicables.
Pour ces volontaires engagés, le jour du scrutin est le point culminant d'un dur labeur qui aura duré des mois - un jour où des bénévoles de tout âge et des milieux les plus divers se laissent gagner par la passion, et le chaos occasionnel, de la démocratie en action.
Les bénévoles, maillon indispensable à toutes les campagnes politiques aux États-Unis
Un tel s'est emballé à la lecture d'un article de journal, un autre a répondu à l'appel d'un groupe communautaire ou d'un syndicat, tel autre encore a rencontré un candidat tout à fait par hasard et a décidé de s'engager à ses côtés. Parfois encore, c'est l'intérêt qu'elles portent à une question en particulier qui amène certaines personnes à faire plus que voter le jour du scrutin. Indépendamment de la raison qui les pousse à passer à l'action, ces personnes, dont la grande majorité ne sont pas rémunérées, font don de leur temps et de leur expertise pour informer, éduquer et encourager les autres électeurs à soutenir certains candidats, un parti politique ou des questions bien précises.
Leur participation revêt un caractère essentiel au processus électoral. Aux États-Unis, la plupart des organisations politiques comptent dans une grande mesure sur des bénévoles pour mener rondement les campagnes électorales, et les deux partis recrutent des fidèles à l'échelon national, des États et local.
Sur son site de l'internet, le comité national du parti républicain demande à ses bénévoles de se faire le relai du parti dans leur collectivité et de « diffuser le message du parti et de mobiliser la communauté non seulement autour de ses candidats, mais aussi du programme d'action du président et du parti ».
Le comité national du parti démocrate (DNC) donne des conseils précis pour la semaine qui précède le jour du scrutin : « Voyez si votre bureau local a besoin d'aide jeudi ou vendredi soir », suggère le site d'internet du DNC. « Puisque vous serez à l'état-major tout le week-end, apportez de quoi grignoter ainsi que des fruits et des bouteilles d'eau pour les employés de la campagne électorale et les bénévoles. »
Aux États-Unis, les militants accomplissent toutes sortes de tâches pour diffuser le message de leur candidat et convaincre les électeurs de voter pour lui :
- Ils placent des prospectus dans les boîtes aux lettres ou à la porte des habitants d'un quartier donné : cette activité porte le nom de « Lit drop », les prospectus étant assimilés à de la « littérature ».
- Ils font du porte-à-porte pour solliciter des suffrages : c'est ce qu'on appelle le « canvassing ».
- Ils envoient des prospectus par courrier (les « mailers »), ce qui signifie qu'ils s'occupent de les fourrer dans des enveloppes, d'inscrire l'adresse du destinataire et d'y mettre un timbre.
- Ils participent aux campagnes téléphoniques des candidats (« phone-banking »), c'est-à-dire qu'ils contactent des centaines, voire des milliers, d'électeurs potentiels auxquels ils vantent les mérites de leur candidat.
Des mois avant l'élection, les militants commencent à distribuer des pancartes ou des affichettes que les gens peuvent placer sur les vitres de leur maison ou dans leur cour ainsi qu'à distribuer des prospectus aux arrêts d'autobus et à la sortie des stations de métro. Ils participent à des rassemblements et à diverses manifestations visant à mobiliser des fonds ; ils portent des T-shirts qui font pratiquement lieu d'affiches publicitaires ; ils accrochent un drapeau sur leur voiture et collent des affichettes sur les pare-chocs. Le but visé est toujours le même : exprimer leur soutien au candidat de leur choix.
Le jour du scrutin, ce sont eux encore qui distribuent des imprimés à proximité des bureaux de vote et qui servent de témoins, pour leur parti, de la légalité des opérations. Leur longue journée de labeur (ils passent parfois plus de douze heures dans les bureaux de vote) se termine à l'état-major de leur parti, où ils attendent avec impatience l'annonce des résultats.
L'importance des travailleurs volontaires neutres
Bien d'autres bénévoles qui donnent de leur temps le jour du scrutin mettent un point d'honneur à rester neutres ; ils cherchent à éduquer les électeurs plus qu'à les informer.
Les membres de la League of Women Voters (la Ligue des électrices), association apolitique fondée en 1920, se donnent pour mission d'améliorer la conduite des affaires publiques et de rehausser la qualité du discours politique en cherchant à mieux informer les citoyens. Cette association fait valoir sa base populaire et elle œuvre à l'échelon national, des États et local dans l'ensemble des États-Unis et de leurs territoires. Résolument déterminée à s'élever au-dessus de la politique politicienne, elle ne soutient la candidature d'aucun candidat à quelque poste électif que ce soit, ni ne s'y oppose, et c'est à elle que l'on fait appel quand on a besoin d'une partie neutre, par exemple pour modérer les débats présidentiels.
Aux États-Unis, chaque bureau de vote fait appel à des surveillants électoraux qui sont chargés de garantir le déroulement du scrutin dans de bonnes conditions, de protéger les droits des électeurs et de faire appliquer la loi et les règlements. Les conditions à remplir pour accéder à un tel poste varient d'un État à l'autre, mais tous exigent que ces personnes soient inscrites sur les listes électorales. En outre, tous refusent les candidats et les membres de leur famille.
Les surveillants électoraux suivent un stage de formation avant le jour du scrutin afin de se familiariser avec la procédure et le type de machines à voter. Ils apprennent à venir en aide aux électeurs sans les influencer ni compromettre le secret des urnes. L'impartialité est en effet une condition sine qua non de leurs fonctions. Ils n'ont pas le droit de favoriser quelque candidat que ce soit et ils ne doivent pas non plus arborer le moindre signe qui révélerait leur soutien à un candidat ou à un parti politique quelconque.
Le 8 novembre, on dira au revoir aux banderoles, aux écriteaux et à tous les autres objets qui auront orné un moment le paysage de la campagne électorale de 2006 ; les militants reprendront leur train-train quotidien, et les nouveaux élus se mettront au travail. Et dans tout le pays, on verra des bureaux s'affairer en vue d'un nouveau défi : la préparation des élections de 2008.
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)