03 novembre 2006
M. Thomas Mann, de l'Institut Brookings, répond aux questions d'internautes.

Politologue de l'Institut Brookings à Washington, M. Thomas Mann a répondu, le 1er novembre, aux questions d'internautes sur les élections législatives et sur les élections de gouverneurs qui vont avoir lieu le 7 novembre 2006 aux États-Unis.
On trouvera ci-après le texte de la transcription des réponses et des questions préparée par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'État.
(Début de la transcription)
Animateur de la discussion en ligne - Bienvenue à la discussion en ligne qui porte aujourd'hui sur les prochaines élections aux États-Unis.
Le 7 novembre, les Américains éliront leurs représentants aux niveaux local, des États fédérés et de l'État fédéral. Les élections législatives qui vont avoir lieu au milieu du mandat du président Bush sont susceptibles de changer le parti qui détient la majorité des sièges dans l'une ou l'autre des chambres du Congrès ou dans les deux à la fois. Politologue distingué, M. Thomas Mann parlera des questions qui ont une influence sur ces élections.
Question - Pensez-vous que l'avantage financier du parti républicain puisse être un facteur déterminant pour le maintien de sa majorité au Congrès ou que d'autres facteurs influenceront les résultats ?
Réponse - Non, les démocrates ont suffisamment de moyens financiers pour tirer partir de la grande vague nationale qui se forme.
Question - Je pense que la politique étrangère des États-Unis aura un effet sur les élections. Êtes-vous d'accord avec moi ? Si oui ou non, pourquoi ?
Réponse - Ces élections sont influencées en premier par la guerre en Irak qui est très impopulaire et en second par la perception par l'opinion publique de l'incompétence du gouvernement Bush et de la corruption au sein du Congrès dominé par les républicains.
Question - Existe-t-il un consensus entre les politiciens ou les membres du gouvernement pour considérer le mouvement croissant en faveur de la vérité comme une menace pesant sur le pays et justifiant l'adoption du texte de loi autoritaire du gouvernement qui vient d'être adopté par le Congrès ?
Voient-ils la nécessité d'une grande vigilance en ce qui concerne ces élections, étant donné les preuves écrasantes de « jeu déloyal » (c'est le moins qu'on puisse dire), et le besoin de consacrer une attention particulière aux méthodes de vote afin d'éviter ce que maintes personnes considèrent comme des élections frauduleuses cette fois-ci ?
En somme, y a-t-il de l'espoir pour les vestiges de la démocratie ?
Réponse - Il est clair qu'il existe des inquiétudes aux États-Unis au sujet de l'équilibre qu'il convient d'établir entre la sécurité et la liberté. Certains estiment que nous sommes allés trop loin dans la direction de la première au détriment de la seconde. Ce sentiment est exacerbé par l'affirmation sans précédent par le président Bush de son pouvoir en tant que président. J'ai le sentiment qu'un Congrès en majorité démocrate fera quelque peu marche arrière sur cette question essentielle pendant les deux dernières années du gouvernement Bush.
Les préoccupations relatives à l'administration de nos élections sont très répandues depuis novembre 2000. Notre système très décentralisé est sujet à des erreurs et à la fraude. Il est vulnérable cette année surtout à cause du nouveau matériel de vote et des nouvelles lois relatives à l'identité des électeurs. Les deux partis politiques ont une multitude de collaborateurs et de juristes qui seront chargés de surveiller les bureaux de vote et d'intenter une action en justice si cela révèle nécessaire. Prions que la marge de la victoire soit supérieure à la marge des litiges devant les tribunaux.
Question - Quels résultats attend-on ?
Réponse - Il est très probable que les démocrates emporteront la majorité des sièges à la Chambre des représentants. Ils ont besoin de 15 sièges supplémentaires, mais ils pourraient aisément en obtenir le double ou même plus. Au Sénat, les démocrates ont besoin d'obtenir 6 nouveaux sièges. Sur les 33 sièges de sénateur qui doivent être pourvus cette année, l'issue n'est en doute que pour 8 ou 9 qui sont actuellement tous détenus par des républicains à l'exception d'un. Je pense que les démocrates remporteront de 5 à 7 sièges. Contrairement à la plupart des observateurs, je donne un léger avantage aux démocrates à cause de la vague prévue.
Question - Quelles sont les chances de gagner d'Hillary Clinton lors de ces élections ?
Réponse - Hillary Clinton obtiendra une majorité écrasante lors de sa réélection à son siège de sénatrice de l'État de New York en remportant probablement 60 à 65 % des suffrages, ce qui la mettra en bonne position si elle décide, comme cela semble probable à l'heure actuelle, de briguer la présidence en 2008.
Question - Pensez-vous que le nouveau Congrès portera son attention sur les questions du Moyen-Orient ?
Réponse - L'Irak sera le principal sujet d'attention du nouveau Congrès. Je m'attends à des débats, dont on parlera beaucoup, sur les meilleurs moyens de faire des progrès. Je m'attends aussi à ce que le Congrès exerce des pressions sur le gouvernement pour qu'il joue un rôle plus actif dans les négociations de paix entre Israël et les Palestiniens.
Question - Certains politologues mettent en évidence les changements dans la dynamique politique des deux partis, en particulier des républicains. D'autres politologues parlent davantage des « avantages structurels » des candidats sortants. Lequel de ces points de vue est plus exact pour analyser les prochaines élections ?
Réponse - La plupart des candidats sortants du Congrès ne se heurtent à aucune opposition sérieuse et seront facilement réélus. Toutefois, on compte environ 75 sièges à la Chambre des représentants (qui sont actuellement tous détenus par des républicains à l'exception de 5) et 8 ou 9 sièges au Sénat (tous détenus par des républicains à l'exception d'un seul) que les candidats sortants ne sont pas certains de pouvoir conserver. Les élections législatives prennent de plus en plus la forme d'un référendum négatif au sujet du président Bush et du parti républicain. Une vague nationale qui accroîtrait de 6 ou 7 % le nombre des suffrages des démocrates au détriment des républicains serait suffisante pour créer une majorité démocrate confortable à la Chambre des représentants et peut-être la majorité démocrate la plus faible que le Sénat ait jamais connue.
Question - Si les démocrates obtiennent le contrôle d'une chambre du Congrès ou des deux, dans quelle mesure cela aura-t-il un effet sur la capacité du gouvernement Bush de gouverner ?
Réponse - Le président a eu beaucoup de difficultés avec le Congrès actuel qui est à majorité républicaine. Sa baisse de popularité et le mécontentement de la population américaine au sujet de la guerre en Irak ont suscité des fissures chez les républicains et rendu très difficile l'adoption de son programme. Un Congrès à majorité démocrate multiplierait ces difficultés. M. Bush ne pourrait obtenir un certain degré de succès que s'il est disposé à modifier sa façon de gouverner et sa position dans divers domaines. Cela paraît peu probable. L'immigration est un dossier sur lequel les parlementaires démocrates sont plus proches du président que les républicains. Toutefois, les vives critiques du président à l'encontre des démocrates ces dernières semaines de la campagne électorale ne l'aideront pas à gouverner avec eux pendant les deux prochaines années.
Question - La loi sur la promotion du commerce (qui limite les pouvoirs du Congrès en matière de ratification des accords commerciaux) arrivera à expiration en juillet 2007 à moins que le Congrès décide de la proroger. Si les démocrates détiennent la majorité dans les deux chambres (et vu qu'ils tendent à être plus protectionnistes), la probabilité de sa prorogation est-elle moindre ?
Réponse - Il était peu probable que le Congrès actuel proroge cette loi, et cette probabilité sera nulle dans le prochain Congrès. Il faudra du temps, et le président aura à faire preuve d'un leadership exceptionnel pour rétablir le soutien politique nécessaire au niveau national pour l'adoption d'un texte de loi semblable. Ce sera là un problème majeur pour le prochain président.
Question - Pensez-vous que si les démocrates obtiennent la majorité des sièges, ils seront en mesure d'empêcher la Maison-Blanche de faire adopter par le Congrès une réduction permanente des impôts ?
Réponse - Oui. Certaines réductions d'impôt (concernant les couples mariés et les crédits d'impôt pour enfants) pourraient devenir permanentes. Toutefois, on peut dire sans risquer de se tromper que les droits de succession ne seront pas supprimés et que les réductions d'impôt ne deviendront pas permanentes. La tâche la plus difficile qui incombera au Congrès en matière de fiscalité a trait à l'impôt minimum de remplacement qui commence à se traduire par une forte augmentation des impôts des ménages des classes moyennes. La réalité est que nous avons besoin de plus de recettes fiscales pour faire face aux nouvelles dépenses (militaires et sécuritaires) et à la prochaine retraite des enfants du baby-boom (les personnes nées dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale). Il faudrait faire cela dans le cadre d'une réforme générale de la fiscalité, mais la situation politique le rendra très difficile au cours des prochaines années.
Question - Étant donné que la plupart des gens s'attendent à ce que les démocrates obtiennent de bons résultats mardi prochain, quelles seront les implications pour le parti démocrate en ce qui concerne l'élection présidentielle de 2008 si les résultats ne sont pas aussi bons qu'escomptés ?
Réponse - Vu le mécontentement des électeurs et les faibles majorités au Congrès, si les démocrates ne réussissaient pas à obtenir la majorité au moins à la Chambre des représentants, cela soulèverait des questions inquiétantes au sujet de la capacité du système électoral américain à respecter le principe de la responsabilité démocratique. Cet échec serait aussi très décourageant pour les parlementaires démocrates et entraînerait probablement une multitude de départs, mais il n'aurait pas nécessairement une grande influence sur l'élection présidentielle de 2008. Il n'y a pas de relation entre les résultats, qu'ils soient bons ou mauvais, des élections qui ont lieu au milieu du mandat présidentiel et l'élection présidentielle consécutive. Tout dépendra de la situation politique générale influencée par l'Irak et par l'économie ainsi que des candidats choisis par chaque parti.
Question - Que pensez-vous de la crise créée par le cyclone Katrina et que devrait-on faire ?
Réponse - La réaction initiale du gouvernement face au cyclone Katrina a eu un effet durable sur la perception de sa compétence par l'opinion publique. La Nouvelle-Orléans et ses environs continuent d'avoir des difficultés à se remettre. Les problèmes que Katrina a créés sont immenses.
Question - Que prévoyez-vous en ce qui concerne l'élection des gouverneurs (des 50 États fédérés) ?
Réponse - Les tendances électorales au niveau national ont en général une influence sur les élections au niveau des États fédérés et des collectivités locales en plus des élections législatives. À l'heure actuelle, 22 gouverneurs sont démocrates et 28 républicains. Il est probable que les démocrates remporteront 4 à 8 postes de gouverneur supplémentaires ainsi que 200 à 400 sièges supplémentaires dans les corps législatifs des États et qu'ils seront majoritaires dans une dizaine de corps législatifs de plus. Ce sera là presque un renversement des résultats des élections de 1994, qui les mettra en bonne position pour la prochaine série de redécoupages électoraux.
Animateur de la discussion en ligne - Nous tenons à remercier M. Mann pour le temps qu'il a consacré à cette discussion en ligne, qui est maintenant terminée.
(Les invités des discussions en ligne sont choisis en raison de leur compétence, et leurs opinions ne reflètent pas nécessairement celles du département d'État des États-Unis.)
(Fin de la transcription)
(Diffusé par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)