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27 juin 2006

Tableau contrasté des intérêts économiques chinois croissants avec l'Afrique

Conférence de M. David Shinn à l'université nationale de la défense

 

Washington - Selon M. David Shinn, un ancien diplomate aujourd'hui attaché à l'université George Washington, l'expansion économique de la Chine en Afrique ne constitue pas une menace directe aux intérêts des États-Unis, mais elle a conduit cette puissance économique à commercer avec certains partenaires peu recommandables dont l'Occident se tient à l'écart.

M. Shinn, qui a été ambassadeur des États-Unis en Éthiopie au milieu des années 1990, a expliqué à l'occasion d'une conférence intitulée « L'activisme mondial de la Chine », organisée le 20 juin par l'université nationale de la défense à Fort Lesley McNair, à Washington, que « la stratégie de la Chine à l'égard de l'Afrique avait beaucoup changé depuis la fin de la guerre froide », période durant laquelle l'une de ses principales préoccupations était de contrer l'influence de Taïwan sur le continent. À l'heure actuelle, seulement six pays africains ont des relations diplomatiques avec Taïwan, à savoir le Burkina Faso, le Tchad, la Gambie, le Malawi, Sao Tomé-et-Principe et le Swaziland.

Le principal objectif de la Chine, a expliqué M. Shinn, « est de garantir que l'Afrique reste une source sûre de pétrole et de matériaux bruts, un marché croissant pour les exportations chinoises et une base appuyant ses intérêts internationaux toujours plus vastes ».

Il ne s'agit pas là d'un objectif déplorable, a-t-il dit, ou qui aille nécessairement à l'encontre des intérêts des États-Unis en Afrique. Mais, il s'ensuit qu'aujourd'hui certains pays africains ayant mauvaise cote en Occident, tels le Soudan et le Zimbabwe, qui ont un dossier insatisfaisant des droits de l'homme, où la démocratisation est lente et qui ont une propension à la corruption, collaborent avec la Chine.

« Et, lorsqu'ils coopèrent avec la Chine, beaucoup d'entre eux n'ont pas à s'inquiéter de la possibilité de sanctions ou de critiques déplaisantes », a-t-il souligné, précisant que le président chinois avait récemment mis l'accent sur ce point lorsqu'il avait fait valoir que, pour son pays, « la conduite des affaires ne reposerait pas sur l'espoir que les gouvernements (africains) amélioreront la démocratie, respecteront les droits de l'homme ou lutteront contre la corruption ».

Selon M. Shinn, c'est le pétrole africain qui intéresse vivement la Chine. En 2004, la Chine a pris la place du Japon en tant que deuxième importateur mondial de pétrole après les États-Unis. Plus de 25 % des importations de pétrole chinoises proviennent d'Afrique, et « le pourcentage augmente considérablement chaque année ».

- Les importations de minerais de partenaires douteux

La Chine importe en outre des minerais d'Afrique afin de soutenir sa rapide expansion industrielle. La Chine est le plus gros consommateur de cuivre du monde et importe de grandes quantités de ce minerai d'Afrique pour répondre à ses besoins. Elle compte de plus en plus sur l'Afrique pour ses besoins en chrome, en platine, en cobalt, en fer, en or, en argent et en bois d'œuvre.

Elle s'est donc rapprochée de pays comme le Soudan et le Zimbabwe qui vendent ces produits mais qui ont de mauvaises relations avec l'Occident. Les États-Unis, l'Union européenne et les Nations unies ont imposé des sanctions à l'encontre de ces deux pays africains en raison des atteintes continues qu'ils portent à la démocratie et aux droits de l'homme.

La Chine aide le Soudan à gérer son industrie pétrolière et 7 % de ses importations de pétrole proviennent à l'heure actuelle du Soudan.

À propos du Zimbabwe, M. Shinn a rappelé qu'en 2005, Pékin avait chaleureusement accueilli le président Robert Mugabe, une personnalité elle aussi mise à l'écart par l'Occident. La Chine importe par ailleurs de grandes quantités de minerais du Zimbabwe et est devenue son deuxième partenaire commercial après l'Afrique du Sud.

Le recours à une diplomatie agressive est une autre tactique employée par la Chine à l'égard des pays africains. « Tous les gouvernements africains aiment que les hauts fonctionnaires des pays les plus importants du monde s'intéressent à eux », a fait remarquer M. Shinn.

Il a indiqué que, traditionnellement, c'est en Afrique que le ministre des affaires étrangères chinois se rend en premier chaque année. En janvier 2006, par exemple, il s'est rendu au Cap-Vert, au Sénégal, au Mali, au Liberia, en Libye, et au Nigeria. Le président Hu Jintao, pour sa part, s'est rendu en avril au Maroc, au Nigeria, et au Kenya, une vaste tournée que les médias ont largement couverte.

Il existe cependant d'éventuels points de friction entre les Africains et les Chinois, a indiqué M. Shinn, en particulier parmi les défenseurs africains de l'environnement qui critiquent l'approche généralement dédaigneuse de la Chine pour ce qui est des pratiques visant à protéger l'environnement.

La Chine est le plus gros importateur de produits forestiers du monde. Une grande partie de ses achats en provenance d'Afrique ont été faits auprès de fournisseurs non homologués ou de sociétés qui font fi des pratiques visant à protéger l'environnement.

En Afrique, divers groupes d'intérêts ont aussi tendance à se méfier de la Chine, a fait remarquer M. Shinn. Il s'agit notamment des militants en faveur des droits de l'homme, des défenseurs de la démocratie et de ceux que les exportations d'armes au continent préoccupent. Certains gouvernements, notamment l'Afrique du Sud, ont également exprimé leurs préoccupations au sujet de la politique de la Chine en matière de ventes d'armes à l'Afrique.

En conclusion, M. Shinn a fait valoir que c'est surtout l'accès aux ressources africaines qui intéresse la Chine et que, si ce pays n'y a pas encore l'influence qu'exercent les États-Unis ou l'Union européenne, il s'en rapproche de plus en plus rapidement.

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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