20 janvier 2006

La Journée de la liberté religieuse témoigne d'une tradition américaine séculaire

L'œcuménisme est une pratique solidement ancrée dans la société.

 

Washington - En 2002, William Bratton a accédé au poste de chef de la police de Los Angeles dans le cadre d'une cérémonie qui, outre la prestation de serment habituelle, comportait une bénédiction œcuménique donnée par un groupe fort divers d'autorités religieuses. Des moines bouddhistes ont psalmodié, une chorale presbytérienne a chanté et un rabbin a lu un passage des Écritures. « Soyez juste et ayez la conscience de Dieu », lui a recommandé l'imam Ashraf Carrim. Cette diversité, tout à fait courante au sein de la société américaine, reflète les premières paroles de la Déclaration des droits qui fait partie de la Constitution des États-Unis : « Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l'établissement ou interdise le libre exercice d'une religion... »

Les Américains sont un peuple religieux. Une solide majorité d'entre eux prient quotidiennement et près de la moitié assistent à un service religieux au moins une fois par semaine. Pourtant, suivant des principes établis avant même l'accession des États-Unis à l'indépendance, ils conçoivent le plus souvent l'exercice d'une religion comme une liberté individuelle tout à fait indépendante du type de foi que l'on professe et qu'il faut préserver de toute ingérence de la part du gouvernement.

La liberté religieuse dans l'histoire des États-Unis

La plupart des premiers pionniers qui s'installèrent dans les colonies britanniques d'Amérique du Nord étaient en dissidence d'avec la religion officielle d'État de leur mère patrie. Aussi plusieurs colonies adoptèrent-elles la liberté religieuse comme l'un de leurs principes fondateurs, tandis que celles qui tentèrent d'établir une religion officielle se virent simplement débordées par la diversité des nouveaux arrivants. Dès les premiers temps de la colonisation, les Américains citaient la liberté religieuse parmi leurs libertés individuelles les plus prisées, au même titre que le droit à l'autogouvernement et à la recherche du progrès économique.

À l'époque de la guerre d'Indépendance, les treize États adoptèrent des constitutions qui précisaient les limites des pouvoirs de l'État. Celle de la Virginie, dont s'inspirèrent plusieurs autres, postulait que « tous les hommes jouissent également du libre exercice de leur religion, selon ce que leur ordonne leur conscience ». Trois ans plus tard, la Virginie renforça cette protection en établissant la séparation de l'Église et de l'État. Non seulement les Virginiens étaient-ils libres d'exercer le culte de leur choix, mais leur libre choix ne pouvait en aucune façon être utilisé pour limiter leurs droits civils. Le Statut de 1779 de la Virginie sur la liberté religieuse, rédigé par Thomas Jefferson, garantissait à tous les hommes « la liberté de professer et, par argumentation, maintenir leurs opinions en matière de religion, sans que ces dernières puissent en aucune manière diminuer, élargir ou affecter leurs capacités civiles ».

Lorsque, en 1791, la Constitution des États-Unis fut modifiée dans le sens d'une limitation plus explicite des pouvoirs fédéraux, le tout premier amendement interdit au gouvernement fédéral d'établir une religion ou d'adopter une loi quelconque qui limitât la liberté de religion : « Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l'établissement ou interdise le libre exercice d'une religion... »

Il arrive, à l'occasion, que surviennent des litiges exigeant des tribunaux une interprétation de cette garantie. Parfois il s'agit de déterminer si telle activité fédérale « établit », même indirectement, une foi ou une religion particulière. Ainsi, la Cour suprême des États-Unis a dû trancher la question de savoir si l'école publique avait le droit, au regard du premier amendement, d'autoriser des élèves à préparer et à réciter une prière avant un match de football (la Cour a décidé que non) et si une école publique avait le droit d'interdire uniquement à des groupes estudiantins à thème religieux de se réunir sur le terrain de l'école, tout en autorisant d'autres sortes de groupes à se réunir (la Cour a décidé que non).

Les litiges relatifs au « libre exercice » d'une religion se rapportent le plus souvent à un comportement qui enfreint une loi mais que requiert tel ou tel culte religieux. C'est ainsi que la Cour suprême a autorisé des mennonites amish, agissant selon leurs convictions religieuses, à retirer leurs enfants de l'école dès l'âge de 14 ans, bien qu'une loi de l'État exige que tout enfant soit scolarisé jusqu'à l'âge de 16 ans. En revanche, la Cour suprême a maintenu des lois qui criminalisent la consommation de certaines drogues même dans les cas où certaines religions prévoient leur usage. Le haut tribunal doit généralement peser « l'intérêt » de l'État à exiger ou à interdire tel ou tel comportement contre la « gêne » qu'imposerait une telle restriction sur la pratique d'une religion.

Les États-Unis, terre de diversité religieuse

Les traditions américaines de liberté individuelle et de tolérance ont permis à une variété remarquable de pratiques et de convictions religieuses de s'épanouir. Si environ quatre Américains sur cinq se disent chrétiens, cette majorité se subdivise en un grand nombre de dénominations - catholiques, baptistes, luthériens, méthodistes - qui elles-mêmes peuvent se diviser en groupes subsidiaires, alors même que certains mouvements, tels le fondamentalisme et l'évangélisme, transcendent ces distinctions. D'autres religions, notamment le judaïsme, l'islam, l'hindouisme et le bouddhisme, se portent fort bien aux États-Unis. Enfin, environ 8 % des Américains se disent sans religion, laïcs ou athées.

Dans ce climat de liberté religieuse, il n'est pas surprenant que nombre de cultes aient pris naissance aux États-Unis. Lors de la guerre d'Indépendance, les anglicans américains ont rompu avec l'Église d'Angleterre pour fonder l'Église épiscopale des États-Unis. Le mormonisme, l'Église adventiste du septième jour et l'Église du Christ, scientiste sont des dénominations issues au XIXe siècle du christianisme.

La Nation de l'islam, une confession musulmane afro-américaine, remonte aux années 1930. Le judaïsme tant conservateur (Masorti) que réformiste s'est développé aux États-Unis à partir de racines européennes, tandis que le judaïsme reconstructionniste est purement américain.

Les relations entre les principales religions et entre leurs différentes dénominations sont souvent coopératives et étroites. C'est ainsi que, le jour de Noël 2005, des centaines de volontaires juifs, musulmans, hindous et autres ont remplacé des chrétiens à leur lieu de travail dans des hôpitaux de Washington afin de leur permettre de passer leur fête en famille.

Une semaine plus tard, à Kansas City (Missouri), un centre bouddhiste a organisé une cérémonie œcuménique où figuraient des chants et des prières tibétains, une méditation soufie et un appel musulman à la prière. Le principal prédicateur était un pasteur protestant, et deux religieuses catholiques ont reçu le prix Bodhisattva qui rend hommage aux âmes éclairées qui travaillent au service de leur prochain.

Dans le New Jersey septentrional, des jeunes filles musulmanes et juives se réunissent pour exécuter des projets caritatifs et notamment pour assister le personnel d'un centre pour sans-abri. « Je me suis fait de nouvelles amies », a déclaré une participante âgée de 14 ans. « J'ai pu travailler avec d'autres personnes et faire quelque chose de bien pour la société. »

En janvier, l'État de New York et la ville de Washington ont signalé une forte augmentation des dons de viande destinée à la distribution dans les cantines populaires et attribué cette générosité à la pratique musulmane d'aide aux moins fortunés durant l'Aïd el-Kebir. Quelques semaines auparavant, la communauté sikhe de la ville de New York avait organisé une fête œcuménique le Jour d'action de grâce (« Thanksgiving »). Les convives n'avaient pas eu un long chemin à parcourir : le centre sikh de Flushing, à New York, est situé en face d'une synagogue et à une courte distance à pied d'une église protestante chinoise. Des représentants des communautés hindoue, musulmane et bouddhiste locales ont également pris part à cette fête.

Certaines congrégations américaines ont même décidé de partager ou de construire ensemble leur lieu de culte. À Ann Arbor (Michigan), l'édifice du centre-ville baptisé « Genèse » abrite à la fois le temple juif de Beth Emeth et l'Église épiscopale de Sainte Claire d'Assise. À Bethesda (Maryland), l'Église presbytérienne de Bradley Hills et la Congrégation juive de Bethesda ont conclu un arrangement similaire.

Dans un pays où le droit de pratiquer la religion de son choix est à l'honneur, les différences entre les dénominations sont largement dépassées par leurs valeurs communes. Aux États-Unis, le 16 janvier, la Journée de la liberté religieuse célèbre les valeurs que partagent les Américains de toute confession et les distinctions qui font la richesse de leur patrimoine religieux.

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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