03 février 2006
La finale du championnat de football américain est l'occasion de toutes sortes de réjouissances.
Washington - Chaque année, fin janvier ou début février, des dizaines de millions d'Américains consacrent un dimanche à une véritable fête nationale non officielle. Réunie en groupes petits et grands, plus de la moitié de la population adulte assiste à une manifestation télévisée dont l'importance dépasse de beaucoup le simple enjeu sportif.
Il s'agit du « Super Bowl », ostensiblement la finale du championnat de football américain, mais en fait bien plus que cela : c'est une expérience partagée. Dans un pays où les occasions de mobiliser l'attention de la nation sont rares, les Américains sont très nombreux à passer la journée du « Super Bowl » en compagnie d'amis. Pour beaucoup d'entre eux, certes, le match prime ; d'autres s'intéressent aux spectacles et aux cérémonies qui l'entourent ; d'autres encore sont impatients de voir les nouveaux messages publicitaires qu'on diffuse pour la première fois à cette occasion.
Ni la phase finale du championnat de ligue majeure de base-ball, les « World Series », extrêmement suivie, ni celle de l'Assocation nationale de basket-ball n'exerce une telle fascination sur la nation américaine. C'est peut-être dû au fait qu'il s'agit d'un match unique, alors que dans les deux autres disciplines il s'agit de remporter quatre matchs sur sept. Ce facteur ainsi que les festivités toujours plus nombreuses qui entourent le match font du dimanche du « Super Bowl » l'un des grands événements de l'année, même pour ceux que le football n'intéresse guère.
Les origines du « Super Bowl »
Le football américain, où, sur un terrain de 100 yards (91,4 mètres), deux équipes de 11 joueurs s'affrontent autour d'un ballon ovale qu'il s'agit de faire parvenir dans la zone de but adverse soit en courant, le ballon à la main, sans se faire plaquer, soit en le lançant en avant vers un coéquipier, n'a rien à voir avec le football connu dans le reste du monde et que les Américains appellent « soccer ».
Jadis, il n'existait qu'une ligue professionnelle de football américain, la « National Football League » (NFL). Lorsque la popularité grandissante de ce sport et les revenus croissants des droits de diffusion à la télévision ont permis de former de nouvelles équipes, une deuxième ligue est apparue en 1960, l'« American Football League » (AFL). Par la suite, on a envisagé de fusionner les deux ligues, qui dès 1966 ont décidé de tenir un match entre les deux équipes championnes respectives. Comme beaucoup de finales de niveau universitaire étaient connues sous le nom de « bowl », ou bol en raison de la forme ovale des stades qui les hébergeaient, on a fini par baptiser « Super Bowl » la finale des deux ligues professionnelles.
Le champion de la vieille NFL, les « Packers » de Green Bay (Wisconsin), ont dominé les deux premières finales, en janvier 1967 et 1968. Mais le talent s'égalisait peu à peu entre les deux ligues, si bien que le champion de la nouvelle AFL l'a emporté dans les matchs de 1969 et 1970. Dès lors, à talents égaux, les deux ligues rivales pouvaient fusionner, ce qui s'est fait après le « Super Bowl » de 1971. Désormais, il n'y a plus eu qu'une seule ligue, la « National Football League », divisée en deux « conférences », la « National Football Conference » (NFC) et l'« American Football Conference » (AFL).
La fête débute tôt
Si la plupart des finales de championnat de sports américains se disputent dans les villes qui hébergent les équipes en lice, le « Super Bowl », à l'image des jeux Olympiques et de la Coupe du monde de football, a lieu dans une ville qu'on choisit de trois à cinq ans à l'avance, de façon à lui donner tous les atouts possibles en matière de commerce et de promotion. Du fait que le match a toujours lieu en plein hiver, les grandes villes situées dans un climat à l'hiver doux, telles La Nouvelle-Orléans (l'hôte de neuf finales), Miami (huit finales) et Los Angeles (sept finales) jouissent d'un avantage comparatif. Mais il arrive qu'une ville du Nord soit choisie : tel est le cas du « Super Bowl » 2006, qui se tiendra à Détroit (Michigan) le 5 février, dans l'énorme stade couvert de Ford Field.
Une finale de la NFL occasionne pour la ville qui l'organise une activité économique considérable. Beaucoup de détenteurs de tickets, de représentants des médias et d'autres personnes intéressées arrivent une bonne semaine avant le match pour explorer la région et y dépenser beaucoup d'argent. On estime que les entreprises locales de Détroit vont voir leur chiffre d'affaires global augmenter d'au moins 300 millions de dollars. Les hôtels et les restaurants seront sans doute les principaux bénéficiaires de cette soudaine affluence ; cependant, on peut s'attendre à ce que même les musées de la région en profitent.
Un spectacle télévisé, un événement social
Le « Super Bowl » s'impose comme l'un des grands événements annuels de la télévision américaine : on estime à 130, voire 140 millions de personnes - soit la moitié de la population des États-Unis - le chiffre d'audience de cette rencontre sportive. Quatre des dix émissions ayant reçu la cote d'audience la plus élevée de l'histoire de la télévision américaine étaient des « Super Bowls ».
Il est pratiquement de tradition, aujourd'hui, qu'à l'occasion de ce match, on se réunisse entre amis pour manger, boire et suivre le match en direct. Mais le succès de ce dernier n'est pas dû seulement à l'affrontement entre deux équipes de très haut niveau : il y a aussi toute une série de manifestations soigneusement organisées autour de l'événement principal. C'est ainsi qu'un spectacle de musique et de danse est donné à la mi-temps par de grandes vedettes au beau milieu du terrain de jeu. En 2006 les Rolling Stones sont à l'affiche ; l'année précédente c'était Paul McCartney.
Lors de la finale, les yeux de l'Amérique sont rivés sur le petit écran, mais pas nécessairement pour suivre le match. L'objet d'une telle attention est souvent... la publicité ! Vu l'énormité de l'audience et le prix élevé des spots publicitaires (une réclame de 30 secondes coûte environ 2,4 millions de dollars), les annonceurs rivalisent d'inventivité et d'audace pour monter les « pubs » les plus drôles, les plus extraordinaires, et pour présenter leurs tout derniers produits. On attend pour 2006 le premier spot publicitaire bilingue (en anglais et en espagnol). Depuis quelques années, on consacre beaucoup de temps d'antenne, dans les jours qui suivent le match, à faire l'analyse comparative des annonces publicitaires du « Super Bowl », sur un ton souvent léger et bon enfant.
Ainsi, n'en déplaise aux vrais fans du football américain, pour des millions de téléspectateurs, il s'agit moins de suivre passionnément l'évolution du match que de prendre du bon temps en bonne compagnie. Les équipes en lice, cette année, sont les « Steelers » de Pittsburg contre les « Seahawks » de Seattle. Mais qu'ils soient au stade ou devant leur poste de télévision, la plupart des Américains trouveront, le 5 février, matière à divertissement en cette fête quasi nationale.
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)