21 décembre 2006

L'évolution de la philanthropie aux États-Unis

Le rôle croissant des « philanthropes-entrepreneurs »

 

Washington - Du fait de l'évolution de la philanthropie, un plus grand nombre de particuliers et d'entreprises des États-Unis peuvent désormais donner de l'argent pour le compte de personnes démunies de par le monde et avoir leur mot à dire sur la façon dont cet argent est utilisé.

Et c'est une bonne chose, estime M. Alan Abramson, spécialiste des associations sans but lucratif de l'Institut Aspen à Washington, car les dons des Américains ont atteint 260 milliards de dollars en 2005 et que beaucoup d'entre eux qui ne sont pas très riches donnent des petites sommes d'argent, à l'aide de l'Internet, pour appuyer les causes qui sont leur chères.

« Les Américains avaient jusqu'ici l'habitude de faire un chèque à l'ordre d'une organisation ou d'une fondation sans trop se préoccuper de son utilisation, mais de nos jours, lorsqu'ils remplissent un chèque ou qu'ils font un don à l'aide de l'Internet, ils s'intéressent de plus près aux activités des organismes sans but lucratif », a expliqué M. Abramson à l'occasion de l'interview qu'il a accordée à l'USINFO.

Cet intérêt se traduit parfois par la fourniture de conseils ou de compétences à des organismes sans but lucratif ou bien par la participation au conseil d'administration de tels organismes. Cette philanthropie « participative », a-t-il dit, s'inspire du modèle des investisseurs en capital risque, qui jouent un rôle actif lorsqu'ils investissent dans une entreprise.

La philanthropie « participative »

C'est Andrews Carnegie qui en a eu l'idée le premier en 1911, lorsqu'il a créé sa fondation. Il voulait en effet avoir une influence durable grâce à ses dons. Si ce genre de philanthropie est souvent associée à de riches donateurs qui font des dons importants, les gens moins riches veulent eux aussi s'intéresser de près aux œuvres qu'ils aident.

« Le réflexe fondamental de l'homme, outre donner de l'argent à quelqu'un qui en a besoin, c'est de vouloir changer le monde », a indiqué Mme Sara Engelhardt, présidente du Fondation Center de New York, dont la création remonte à plus de cinquante ans.

La philanthropie « participative », a-t-elle expliqué, permet à des particuliers et à des groupes de particuliers d'encourager des changements sociaux.

Les entreprises reconnaissent aussi la valeur de ce genre de philanthropie. Certaines d'entre elles augmentent le pourcentage des fonds qu'elles donnent en fonction des dons versés par leurs salariés et d'autres continuent à verser un salaire à leurs salariés qui prennent des congés pour participer à des actions humanitaires. Selon la Fondation Giving USA, les dons des entreprises ont atteint le chiffre record de 14 milliards de dollars en 2005.

La philanthropie dite à but lucratif

Les Américains sont véritablement reconnaissants : le sort les a gâtés, et ils veulent en faire profiter autrui. Les dons des particuliers sont de loin la première source de dons charitables aux États-Unis et ont représenté 77 % de tous les dons en 2005. Il n'en demeure pas moins que pour certains chefs d'entreprise américains qui ont bien réussi, la philanthropie signifie aussi faire un bon investissement financier.

Ces hommes et femmes d'affaires ont adopté un modèle de philanthropie dit à but lucratif dont l'objectif est double : maximiser tant le rendement financier que le rendement social des dons.

Ils ne cherchent pas à obtenir un crédit d'impôt ou à réduire leurs impôts, a expliqué M. Abramson. Il s'agit pour eux de prendre des risques dans des domaines auxquels les banques ne s'intéressent pas en général.

La plupart de ces « philanthropes-entrepreneurs » accordent des prêts d'un très faible montant dans des régions pauvres et rurales des quatre coins du monde. L'idée novatrice de faire des petits prêts assortis d'un faible taux d'intérêt sans garantie en contrepartie et de l'appliquer en créant la banque Grameen, qui a accordé de tels prêts à 7 millions d'habitants du Bangladesh, a valu à l'économiste Muhammad Yunus d'être le lauréat du prix Nobel de la paix en 2006.

Selon le professeur Mark Rosenman, de l'Union Institute and University de Cincinnati (Ohio), ces « philanthropes-entrepreneurs » considèrent ce double objectif important car ils font des investissements qui profitent à des personnes démunies habitant des endroits délaissés.

Par exemple, le fondateur et président directeur général du site d'enchères eBay sur l'Internet, M. Pierre Omidyar, consacre beaucoup de capitaux à l'octroi de petits prêts dans le monde entier par l'intermédiaire de son groupe d'investissement Omidyar Network. Pour leur part, les dirigeants du moteur de recherche Google ont établi un partenariat avec le fonds d'investissement Acumen, dont le portefeuille comprend des projets à but lucratif dans les domaines de l'irrigation, de la santé et des prêts hypothécaires à faible taux d'intérêt en Inde, au Kenya et au Pakistan.

La commercialisation de la philanthropie attire non seulement les dollars des philanthropes, mais aussi les dollars des investisseurs car les projets font des bénéfices. Les nouveaux « philanthropes-entrepreneurs » américains s'inspirent du modèle qu'ils utilisent dans leurs entreprises en suivant de près leurs investissements.

Lorsqu'ils font des prêts, les investisseurs collaborent avec la population en organisant des séances d'information, en offrant une formation et en favorisant les réunions des créateurs d'entreprises locales.

Les petits prêts ont eu jusqu'ici des effets particulièrement bénéfiques sur la situation économique des femmes aux quatre coins du monde. Selon des spécialistes, un grand nombre de ces prêts sont accordés aux femmes car elles réussissent souvent dans les affaires et que des familles et des collectivités en constatent les heureux effets au niveau des écoles, des dispensaires et des lieux de travail.

Pour plus de amples renseignements, veuillez consulter la revue électronique intitulée « La philanthropie aux États-Unis » à l'adresse suivante :
http://usinfo.state.gov/journals/itsv/0506/ijsf/ijsf0506.htm

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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