14 décembre 2006
Les journalistes qui travaillent sur Internet sont notamment victimes de cette tendance.
Washington - Pour la seconde année consécutive, le nombre de journalistes emprisonnés dans le monde a augmenté. Un tiers des journalistes victimes de cette tendance ont joué un rôle dans la dissémination d'informations sur Internet.
Telles sont les conclusions de l'enquête annuelle réalisée par le Comité de protection des journalistes (CPJ), dont le siège est à New York. Il a notamment constaté qu'au 1er décembre, 134 journalistes croupissaient en prison, soit 9 de plus qu'en 2005. En tout, quelque 49 journalistes écrivant sur Internet ont été emprisonnés en 2006, le chiffre le plus élevé jamais enregistré par le CPJ.
Dans un communiqué diffusé le 7 décembre, le CPJ affirme que la Chine, Cuba, l'Érythrée et l'Éthiopie arrivent en tête de liste des 24 pays qui emprisonnent des journalistes.
Des allégations de subversion, de révélation de secrets d'État et d'action contre les intérêts du pays sont les motifs les plus souvent invoqués pour emprisonner des journalistes, affirme le CPJ, précisant que 84 journalistes se trouvent actuellement en prison pour ces raisons, principalement en Chine, à Cuba et en Éthiopie.
Le CPJ a également constaté une augmentation du nombre de journalistes jetés en prison sans raison et sans procès. Quelque 20 prisonniers n'ont même pas pu bénéficier de ne serait-ce que l'ombre d'une procédure judiciaire. Selon le CPJ, l'Érythrée maintient les journalistes au secret et ne transmet aucune information sur leur condition.
La Chine, pour la huitième année consécutive, détient le triste record du plus grand nombre de journalistes emprisonnés, à savoir 31. Dix-neuf d'entre eux travaillaient sur Internet.
Cuba arrive en deuxième position sur la liste, avec 24 journalistes, écrivains et rédacteurs derrière les barreaux, arrêtés, pour la plupart, lors de la répression massive de mars 2003 contre les dissidents et la presse indépendante. Presque tous les prisonniers avaient publié des nouvelles et des commentaires à l'étranger par le biais de sites Web. Ces journalistes ont utilisé des lignes téléphoniques et des télécopieurs, et non des ordinateurs, pour transmettre leurs articles. Une fois publiés, ils ont été lus dans le monde entier sauf à Cuba, où le gouvernement limite strictement l'accès à Internet.
Un autre groupe de défense des journalistes, Reporters sans frontières, dont le siège est à Paris, a placé la Chine et Cuba en tête d'une liste de 15 pays qui sont les « ennemis » d'Internet.
Concernant Cuba, le Bureau des affaires cubaines du département d'État a affirmé dans un communiqué du 27 novembre que Reporters sans frontières avait qualifié Cuba de « pire pays pour les journalistes », et que plus de 330 objecteurs de conscience continuaient de moisir dans les geôles cubaines.
Les États-Unis comptent parmi les principaux pays qui s'opposent aux gouvernements qui cherchent à museler la dissidence sur Internet. Un groupe de travail sur la liberté d'expression sur Internet dans le monde, récemment créé par le département d'État, est en train d'examiner les aspects de politique étrangère de la liberté sur Internet.
Le directeur général du CPJ, M. Joël Simon, a dit qu'à Cuba et en Chine, les journalistes étaient souvent jetés en prison après des procès sommaires et « détenus dans des conditions misérables, loin de leur famille. La cruauté et l'injustice de l'emprisonnement sont encore renforcées lorsqu'il y a une totale absence de procédure légale et que les journalistes sombrent dans l'oubli. En Érythrée, qui est le pire contrevenant à cet égard, les autorités peuvent agir en toute impunité, et on ne sait même pas si certains journalistes emprisonnés sont toujours en vie. »
L'Éthiopie a emprisonné 18 journalistes, dont la plupart sont accusés de trahison après avoir été arrêtés en novembre 2005 lors de rafles organisées contre les dissidents. Le CPJ n'a trouvé aucune preuve permettant d'étayer les accusations de trahison.
Concernant le nombre élevé de journalistes emprisonnés ayant travaillé sur Internet, M. Simon a déclaré que l'on avait atteint un moment crucial de la lutte pour la liberté de la presse, parce que les « États autoritaires ont fait de l'Internet un front majeur de leurs efforts d'endiguement de l'information. La Chine nie l'idée selon laquelle il est impossible de contrôler ou de censurer l'Internet, et si elle réussit, cela aura de graves conséquences pour la liberté de la presse dans le monde entier. »
Le CPJ précise que cette enquête n'est qu'un « instantané » des journalistes incarcérés au 1er novembre et qu'elle ne tient pas compte des nombreux journalistes emprisonnés et libérés tout au long de l'année 2006.
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)