06 décembre 2006
Les recommandations de ce groupe sur les mesures à prendre en Irak
On trouvera ci-après le sommaire du rapport que le Groupe d'étude sur l'Irak, coprésidé par l'ancien secrétaire d'État James Baker et l'ancien député à la Chambre des représentants Lee Hamilton, ont remis, le 6 décembre 2006, au président Bush avant de le rendre public le même jour.
(Début du texte)
(Rapport du Groupe d'étude sur l'Irak)
Le 6 décembre 2006
Sommaire
La situation en Irak est grave et ne cesse de se détériorer. Il n'y a aucune voie qui puisse garantir le succès, mais il est possible d'en améliorer les perspectives.
Dans le présent rapport, nous faisons un certain nombre de recommandations quant aux mesures à prendre en Irak, aux États-Unis et dans la région. Nos recommandations les plus importantes portent sur des efforts diplomatiques et politiques nouveaux et renforcés en Irak et dans la région ainsi que sur un changement à apporter à la principale mission des forces des États-Unis en Irak qui permettra aux États-Unis de commencer à retirer leurs forces combattantes de l'Irak d'une façon responsable. Nous sommes convaincus que ces deux recommandations sont aussi importantes l'une que l'autre et qu'elles se renforcent mutuellement. Si on les applique bien et si le gouvernement irakien progresse vers une réconciliation nationale, les Irakiens auront la possibilité de connaître un avenir meilleur, on portera un coup au terrorisme, on renforcera la stabilité dans une partie importante du monde, et la crédibilité, les intérêts et les valeurs des États-Unis seront protégés.
Les problèmes en Irak sont complexes. La violence prend de l'ampleur et est de plus en plus meurtrière. Elle est alimentée par une insurrection sunnite, par des milices et des escadrons de la mort chiites, par le réseau Al-Qaïda et par une criminalité de grande envergure. Le conflit d'ordre confessionnel est le principal obstacle à la stabilité.
Le peuple irakien a élu démocratiquement un gouvernement. Malgré cela, celui-ci n'agit pas suffisamment afin de faire progresser une réconciliation nationale, de fournir une sécurité de base et d'offrir les services essentiels. Le pessimisme est général.
Si la situation continue de se détériorer, les conséquences pourraient en être graves. Un glissement vers le chaos pourrait déclencher l'effondrement du gouvernement irakien et une catastrophe humanitaire. Les pays limitrophes pourraient intervenir. Les affrontements entre les sunnites et les chiites pourraient s'étendre. Al-Qaïda pourrait remporter la victoire sur le plan de la propagande et élargir sa base d'opération. La réputation des États-Unis à travers le monde pourrait être affaiblie. Les Américains pourraient devenir plus divisés.
Au cours des neuf derniers mois, nous avons examiné toute une gamme de moyens de faire des progrès. Tous ont des défauts. La voie que nous recommandons a aussi des inconvénients, mais nous sommes fermement convaincus qu'elle comprend les meilleures stratégies et les meilleures tactiques pour influencer d'une façon positive l'issue en Irak et dans la région.
L'approche externe
La politique et l'action des pays limitrophes de l'Irak ont une grande incidence sur sa stabilité et sur sa prospérité. Aucun pays de cette partie du monde ne profitera durablement d'un Irak en proie au chaos. Et pourtant les voisins de l'Irak n'agissent pas suffisamment pour l'aider à parvenir à la stabilité. Certains portent atteinte à sa stabilité.
Les États-Unis devraient immédiatement lancer une nouvelle offensive diplomatique en vue de la formation d'un consensus international au sujet de la stabilité en Irak et dans la région. Cet effort diplomatique devrait porter sur tous les pays qui ont tout intérêt à éviter le chaos en Irak, notamment tous les États limitrophes. Les voisins de l'Irak et des États importants tant dans la région qu'en dehors devraient former un groupe de soutien pour renforcer la sécurité et la réconciliation nationale en Irak, car ce pays ne pourra pas y parvenir de lui-même autant pour l'une que l'autre.
Vu la capacité de l'Iran et de la Syrie d'influencer les événements en Irak et leur intérêt à éviter le chaos en Irak, les États-Unis devraient tenter d'entrer en relation avec eux d'une manière constructive. Ils disposent de moyens de dissuasion et de moyens d'incitation pour influencer le comportement de ces deux pays. L'Iran devrait réduire les quantités d'armes et l'entraînement destinés à l'Irak, respecter la souveraineté et l'intégrité territoriale de ce pays et user de son influence sur les groupes chiites irakiens pour encourager une réconciliation nationale. Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU ainsi que l'Allemagne devraient continuer de se pencher sur la question des programmes nucléaires de l'Iran. La Syrie devrait exercer un contrôle sur sa frontière avec l'Irak afin d'endiguer les mouvements de fonds, d'insurgés et de terroristes qui entrent en Irak et qui en sortent.
Les États-Unis ne peuvent pas réaliser leurs objectifs au Moyen-Orient s'ils ne s'attaquent pas directement au conflit arabo-israélien et à l'instabilité régionale. Ils doivent s'engager de nouveau et de façon durable à faciliter une paix arabo-israélienne générale sur tous les fronts : le Liban, la Syrie et l'engagement que le président Bush a pris en juin 2002 en ce qui concerne la solution de deux États pour Israël et la Palestine. Cet engagement doit comprendre des pourparlers directs avec, par et entre Israël, le Liban, les Palestiniens (ceux qui acceptent le droit d'Israël à exister) et la Syrie.
Alors que les États-Unis élaborent leur ligne de conduite envers l'Irak et le Moyen-Orient, ils devraient fournir à l'Afghanistan un soutien supplémentaire dans les domaines politique, économique et militaire, notamment les ressources qui pourraient devenir disponibles lorsque les forces combattantes quitteront l'Irak.
L'approche interne
En ce qui concerne l'avenir de l'Irak, la responsabilité des questions les plus importantes appartient désormais aux Irakiens. Les États-Unis doivent adapter leur rôle en conséquence pour encourager le peuple irakien à assumer la maîtrise de son destin.
Le gouvernement irakien doit assumer plus rapidement la responsabilité de la sécurité en Irak en renforçant le nombre et la qualité des brigades de l'armée irakienne. Entre-temps, et pour faciliter le processus, il faudrait que les États-Unis augmentent de façon significative le nombre de leurs militaires, y compris de combat, incorporés aux unités de l'armée irakienne et à qui ils apportent leur appui. À mesure que ces mesures progresseraient, les forces de combat américaines pourraient commencer à se retirer d'Irak.
La principale mission des forces américaines en Irak devrait se transformer en une mission d'appui à l'armée irakienne, qui deviendrait le principal responsable des opérations de combats. D'ici au premier trimestre 2008, à moins d'une évolution inattendue de la situation sur le terrain au plan de la sécurité, toutes les brigades de combat qui ne seraient pas nécessaires à la protection des forces pourraient avoir quitté l'Irak. À partir de là, les forces américaines de combat en Irak pourraient n'être déployées qu'en unités incorporées aux forces irakiennes, à des équipes de réaction rapide et à des opérations spéciales, ou à des unités chargées de la formation, de l'équipement, d'apport de conseils, de la protection des forces, ou de l'organisation de missions de sauvetage. La collecte d'informations relevant des services du renseignement et la fourniture d'un soutien se poursuivraient. L'une des missions essentielles des forces de réaction rapide et des forces responsables des opérations spéciales serait de s'attaquer à Al-Qaïda en Irak.
Il ne fait aucun doute que le gouvernement irakien aura besoin de l'aide des États-Unis pendant quelque temps encore, en particulier pour assumer ses responsabilités dans le domaine de la sécurité. Néanmoins, les États-Unis doivent dire clairement au gouvernement irakien que les États-Unis pourraient mettre leurs plans à exécution, notamment les retraits de forces prévus, même si le gouvernement irakien n'a pas exécuté les changements prévus. Les États-Unis ne doivent pas prendre d'engagement à durée indéfinie prévoyant le maintien d'un grand nombre de soldats déployés en Irak.
Alors que le redéploiement avancera, les responsables militaires devront mettre l'accent sur la formation et l'éducation des forces qui sont rentrées aux États-Unis afin de rétablir pleinement leurs capacités de combat. Une fois le matériel revenu aux États-Unis, il faudra que le Congrès alloue, au cours des cinq prochaines années, suffisamment de fonds pour le remettre en état.
Les États-Unis doivent travailler en étroite collaboration avec les dirigeants irakiens pour appuyer la réalisation d'objectifs spécifiques - des jalons - en matière de réconciliation nationale, de sécurité et de gouvernance. On ne peut s'attendre à des miracles, mais le peuple irakien a le droit de s'attendre à l'action et au progrès. Le gouvernement irakien doit montrer à ses concitoyens, aux citoyens des États-Unis et à ceux des autres pays qu'il mérite qu'on continuer à l'appuyer.
En consultation avec les États-Unis, le premier ministre Nouri al-Maliki a établi un ensemble de jalons critiques pour l'Irak. Sa liste est un bon début, mais elle doit être élargie pour comprendre des jalons qui peuvent renforcer le gouvernement et bénéficier au peuple irakien. Il faudrait que le président Bush et les membres de son équipe chargée de la sécurité nationale maintiennent des contacts rapprochés et fréquents avec les dirigeants irakiens pour transmettre un message sans ambiguïté : le gouvernement irakien doit agir rapidement pour faire des progrès importants en vue d'atteindre ces jalons.
Si le gouvernement irakien fait preuve de volonté politique et fait des progrès tangibles en vue d'atteindre les jalons fixés en matière de réconciliation nationale, de sécurité et de gouvernance, les États-Unis devront indiquer clairement leur volonté de continuer à former, assister et appuyer les forces de sécurité irakiennes et de poursuivre leur soutien politique, militaire et économique. Si le gouvernement irakien ne faisait pas de progrès tangibles en vue d'atteindre les jalons fixés en ce qui concerne la réconciliation nationale, la sécurité et la gouvernance, les États-Unis devraient réduire leur appui au gouvernement irakien, aux plans politique, militaire ou économique.
Notre rapport fait des recommandations dans plusieurs autres domaines, notamment les améliorations à apporter à la justice pénale irakienne, le secteur pétrolier irakien, les efforts de reconstruction américains en Irak, les procédures d'élaboration du budget des États-Unis, la formation du personnel attaché au gouvernement américain et les capacités des États-Unis en matière de recueil d'informations.
Conclusion
Les membres du Groupe d'étude sur l'Irak sont unanimes à penser que ces recommandations ouvrent une nouvelle voie pour les États-Unis en Irak et dans la région. Elles sont d'une vaste portée et doivent être appliquées de façon coordonnée. On ne peut les dissocier ou les appliquer isolément. La dynamique de la région est tout aussi importante pour l'Irak que les événements qui se produisent à l'intérieur de ce pays.
Les défis sont énormes. Des jours difficiles nous attendent. Mais en suivant cette nouvelle voie, l'Irak, la région et les États-Unis d'Amérique pourront en ressortir plus forts.
(Fin du texte)
(Diffusé par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)