27 octobre 2005

Décès de Rosa Parks, figure emblématique du mouvement des droits civils

Elle était âgée de 92 ans.

 

Washington - Le premier décembre 1955, Rosa Parks, une couturière afro-américaine, refusa de céder sa place à un Blanc dans un bus de Montgomery, dans l'Alabama. Elle fut conséquemment arrêtée et dut payer une amende.

Comme l'a dit le président Bush, ce « geste de défi était un acte de courage personnel qui a ému des millions de gens » et un exemple qui a contribué à déclencher le « mouvement de lutte pour les droits civils et a transformé l'Amérique pour le mieux ». En 1995, le président Bill Clinton avait déclaré en remettant à Rosa Parks la Médaille présidentielle de la liberté qu'elle avait « déclenché le mouvement social le plus significatif de l'histoire de l'Amérique ».

La « mère du mouvement des droits civils », comme on l'appelait, est décédée le 24 octobre chez elle, à Detroit, de causes naturelles. Elle avait 92 ans.

Née Rosa Louise McCauley le 4 février 1913, à Tuskegee (Alabama), Mlle McCauley dut quitter le lycée afin de s'occuper de sa grand-mère malade. En 1932, elle épousa Raymond Parks, coiffeur de son état, qui l'encouragea à obtenir son diplôme de fin d'études secondaires, ce qu'elle fit en 1934, et à devenir membre d'une section locale de l'Association pour le progrès des gens de couleur (« National Association for the Advancement of Colored People », NAACP).

Durant l'été 1955, elle participa à une conférence sur l'égalité entre les races à la Highlander Folk School, un établissement fondé à Monteagle (Tennessee) afin de former des syndicalistes. Cette école s'est par la suite étendue à la formation de défenseurs de la déségrégation et compta parmi ses « élèves » le pasteur Martin Luther King.

En décembre 1955, Rosa Parks a 42 ans lorsqu'elle s'assoit dans l'une des rangées du milieu d'un bus de l'avenue de Cleveland, à Montgomery. Les quatre premières rangées de sièges sont à l'époque réservées aux Blancs, les Noirs étant relégués à l'arrière et autorisés au milieu seulement si aucun passager blanc ne souhaite s'y asseoir.

Ce jour-là, Rosa Parks refuse de céder son siège. Dans un documentaire télédiffusé en 1987, elle évoqua cet échange de propos avec le chauffeur du bus : « Lorsqu'il a vu que j'étais toujours assise, il m'a demandé si j'allais me lever. J'ai répondu « non ». Alors il a dit que si je ne me levais pas, il allait appeler la police et me faire arrêter. Je lui ai répondu de ne pas se gêner. »

Mme Parks sera jetée en prison et devra payer une amende de 14 dollars.

À partir du 5 décembre, des Afro-Américains dirigés par Martin Luther King, le nouveau pasteur de l'église baptiste de l'avenue Dexter, commencent à boycotter le réseau de bus de la ville de Montgomery. Dans une action qui est souvent considérée comme le début du mouvement de lutte pour les droits civils, les citoyens noirs adoptent le covoiturage, n'empruntent que des taxis appartenant à des Noirs, ou se contentent de se rendre à pied au travail, à l'école ou au marché.

Malgré plusieurs épisodes d'opposition violente, notamment l'arrestation de Martin Luther King et un attentat à la bombe perpétré contre sa maison et celle de certains autres chefs de file afro-américains, le boycottage se poursuit jusqu'en décembre 1956. Il ne s'achèvera que lorsque la Cour suprême, dans une affaire défendue par les avocats de la NAACP dont faisait partie Thurgood Marshall, futur juge à cette même cour, confirmera une décision rendue par une cour inférieure déclarant inconstitutionnelle la ségrégation dans les bus de Montgomery.

Le « New York Times » écrira à l'époque que cette décision « était la pierre tombale posée sur la fosse de l'affaire Plessy contre Fergusson » (un arrêt de 1896 qui maintenait la doctrine de la ségrégation).

Après le boycott, la famille de Rosa Parks s'installe à Détroit, où Rosa continue à travailler comme couturière jusqu'en 1965, année où elle accepte un poste d'assistante au bureau de Détroit du député John Conyers.

En 1987, elle aide à fonder le Rosa and Raymond Parks Institute for Self-Improvement, pour les jeunes.

Outre la Médaille d'honneur présidentielle, Mme Parks a reçu, en 1999, la Médaille d'honneur du Congrès. Lors de la cérémonie de remise de cette médaille, le sénateur John Breaux, de la Louisiane, déclara : « Il y a peu d'exemples de gens qui placent le courage et le sacrifice avant leurs intérêts et leurs gains personnels. Nous pouvons tous considérer Rosa Parks comme quelqu'un qui possède ces vertus. »

En 2000, la bibliothèque et musée Rosa Parks a ouvert ses portes au carrefour de la rue où Rosa Parks avait pris le bus le 1er décembre 1955.

À la nouvelle de sa mort, le député Charles Rangel (New York), a déclaré : « Je crois sincèrement qu'il y a un peu de Rosa Parks dans tous les Américains qui ont le courage de dire « ça suffit » et de défendre ce en quoi ils croient. Elle a fait une chose somme toute banale, mais c'était quelque chose de très courageux pour une humble personne comme elle. »

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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