03 juin 2005

Des jeunes Américains d'origine arabe relatent leur jeunesse aux États-Unis

L'assemblée annuelle du Comité américano-arabe de lutte contre la discrimination

 

Washington - Plusieurs jeunes Américains d'origine arabe ont fait part de ce qu'ils ont connu alors qu'ils grandissaient dans des États du centre des États-Unis, à l'occasion de l'assemblée annuelle du Comité américano-arabe de lutte contre la discrimination qui a eu lieu du 27 au 29 mai.

Noor Najeeb, qui a passé sa jeunesse au Wisconsin, a raconté sa vie de lycéenne après les attentats du 11 septembre 2001. Elle a déclaré que les mots « arabe » et « musulman » avaient alors pris un sens péjoratif et qu'il était maintenant important de faire tout son possible afin d'informer les jeunes et de faire disparaître les stéréotypes.

Noor a indiqué qu'elle avait organisé un dialogue entre jeunes de diverses religions au Wisconsin, ainsi que des séances de jeux de rôles dans son école où des élèves jouaient le rôle d'un Américain ou d'une Américaine d'origine arabe dans diverses situations. Par ailleurs, elle a critiqué certaines des dispositions de la loi PATRIOT, qui a été promulguée après les attentats du 11 septembre 2001. L'association de défense des libertés publiques « American Civil Liberties Union » lui a décerné cette année un prix en reconnaissance de ses nombreuses activités. « Tous les groupes minoritaires aux États-Unis ont fait l'objet de discrimination », a-t-elle dit tout en se déclarant convaincue que le fait de jouer un rôle actif dans la société contribuerait à garantir la justice sociale.

Née à Cleveland (Ohio), Rebecca Abou-Chedid a des parents d'origine libanaise. Elle a raconté que, lors de la célébration annuelle de la grande fête américaine du Jour d'action de grâce en novembre, sa famille servait du hummos, du taboulé et du pain arabe en plus de la dinde et de la purée traditionnelles.

Elle estime qu'elle a eu la chance de ne pas se heurter à une discrimination quelconque pendant sa jeunesse à Cleveland. C'est à l'université de Cornell, dans l'État de New York, qu'elle a connu pour la première fois une forme de discrimination d'ordre ethnique. Elle a raconté son premier jour à la cafeteria de l'université où les étudiants s'étaient mis à des tables différentes en fonction de la couleur de leur peau ou de leur origine ethnique. Lorsqu'elle s'est assise à une table avec une amie latino-américaine, un des étudiants assis à cette table a alors demandé à son amie pourquoi elle avait invité une blanche à s'asseoir avec eux. Ce n'est que lorsque son amie a dit qu'elle était d'origine arabe que tous les étudiants assis à cette table l'ont acceptée parce qu'ils ne la considéraient plus comme blanche. C'est aussi à ce moment-là qu'elle est « devenue arabe », a-t-elle dit.

À Cleveland, où elle allait passer ses vacances, tout allait bien, mais après les attentats du 11 septembre 2001, elle est devenue « l'arabe que tout le monde connaissait » et « l'ambassadrice du monde arabe ».

Rebecca a encouragé tous les Américains d'origine arabe à jouer un rôle dans la vie publique et à entretenir des rapports avec divers membres de la société. Il importe qu'ils dialoguent avec leurs concitoyens et qu'ils les informent, a-t-elle déclaré.

Après avoir fini ses études universitaires, elle est venue à Washington pour travailler à l'Institut arabo-américain en qualité d'analyste des relations avec les pouvoirs publics.

Étudiant à l'université de Virginie, Tarek Ismail est né à Toledo (Ohio) où il a passé sa jeunesse. Il a raconté que ses professeurs avaient souvent des difficultés à prononcer son nom et que ses camarades de classe criaient son nom avant qu'un professeur lisant la liste des élèves ne le prononce de travers. Selon lui, son nom est « un don » parce que la plupart des gens lui demandent d'où il est et qu'il peut ainsi servir d'ambassadeur de son héritage culturel. « J'ai un nom étrange et des grands-parents étranges, je suis arabe et je suis américain », a-t-il dit en ajoutant qu'il pensait pouvoir être un bon représentant de ces deux mondes.

Quant à Robert Ina, Américain d'origine libanaise de l'Ohio, il a une famille élargie qui lui rappelle la famille américaine d'origine grecque dépeinte dans le film « Mon mariage grec » (« My Big Fat Greek Wedding »), qui a eu beaucoup de succès en 2002. Il a fait ses études secondaires dans une école catholique et obtenu son diplôme universitaire il y a peu de temps. La plupart des habitants de sa ville natale, Lyndhurst, sont d'origine italienne, et on le prenait souvent pour un Italien, malgré l'emblème du cèdre qu'il portait au cou. Comme de nombreux Américains d'origine arabe, a-t-il dit, ses connaissances de la langue arabe sont très limitées.

Robert s'est intéressé à la politique très tôt et il a brigué un siège de conseiller municipal dès l'âge de vingt ans. Le jour de l'élection, le 2 novembre 2004, il faisait un temps magnifique, mais il ne se sentait pas bien et avait mal à la gorge, a-t-il dit. Néanmoins, il était optimiste au sujet de son élection, et ce n'est que par 40 voix que le candidat sortant l'a battu.

Deux ans auparavant, après les attentats du 11 septembre, il s'était heurté à un ensemble de difficultés tout à fait différentes. Sa famille qui possède plusieurs cafés et stations d'essence reçut alors des menaces d'attentats à la bombe parce qu'elle était arabe. Toutefois, ses amis qui n'étaient pas arabes venaient souvent à sa rescousse sans même qu'il le leur demande. « Il nous faut, a-t-il dit, informer le grand public sur ce que nous sommes et sur ce que nous représentons sans avoir peur. Les gens ont besoin de savoir que 99,99 % des Arabes n'ont rien à voir avec le terrorisme. Nos familles ne nous ont jamais appris à commettre des actes de violence. »

En conclusion, Robert a cité le grand poète américain d'origine libanaise Kahlil Gibran en disant : « Hier n'est que la mémoire d'aujourd'hui, et demain le rêve d'aujourd'hui. »

Plusieurs autres participants ont fait remarquer que les immigrés de divers groupes ethniques avaient dû passer par une période difficile d'assimilation avant d'être totalement acceptés par le reste de la population américaine. Néanmoins, tous les participants ont souligné la nécessité de s'attaquer aux stéréotypes et aux préjugés relatifs aux Arabes aux États-Unis. Les Américains d'origine arabe semblent jouer indirectement le rôle d'ambassadeurs auprès de leurs concitoyens qui sont désireux de s'informer davantage sur le monde arabe. Selon l'Institut arabo-américain, leur nombre est estimé actuellement à 3,5 millions.

Ce débat sur la vie de jeunes Américains d'origine arabe est l'un des hauts points chaque année de l'assemblée annuelle du Comité américano-arabe de lutte contre la discrimination. Quelque 2.000 participants sont venus cette année à Washington pour célébrer le vingt-cinquième anniversaire de cette association, qui est la plus importante des associations arabo-américaines des États-Unis et qui a pour vocation de défendre les droits des personnes de descendance arabe et de promouvoir leur riche patrimoine culturel.

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

Créer un signet avec :    Qu'est-ce que c'est ?