02 février 2005
Ils ne sont pas entièrement d'accord avec les conclusions de la commission d'enquête de l'ONU
Washington - Si le gouvernement des Etats-Unis accueille favorablement les travaux de la commission d'enquête de l'ONU sur le Darfour, il persiste à dire qu'un génocide a lieu au Darfour. C'est ce qu'a affirmé, le 1er février, le porte-parole du département d'Etat, M. Richard Boucher.
Lors de la conférence de presse qu'il donne tous les jours à midi, M. Boucher a souligné : « Nous restons sur les conclusions que nous avons faites (en septembre dernier) selon lesquelles un génocide a lieu au Darfour. Nous pensons en outre que les faits sur le terrain, faits dont la commission fait état dans son rapport, confirment nos dires. Il ne s'est rien passé qui soit susceptible de nous faire changer d'avis. »
Telle a été la réaction de M. Boucher au rapport que la commission internationale d'enquête des Nations unies sur le Darfour a publié le 31 janvier, dans lequel elle conclut que le gouvernement du Soudan n'a pas mené une politique de génocide au Darfour, mais que des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, « qui ne sont pas moins graves et atroces qu'un génocide », y ont été commis.
M. Boucher a ajouté que le gouvernement des Etats-Unis allait continuer de coopérer avec la communauté internationale afin de mettre fin à la violence et aux atrocités au Soudan. « Nous demandons au gouvernement du Soudan de prendre des mesures. Nous demandons également aux rebelles de cesser toute action violente. »
Il a ajouté que les Etats-Unis continuaient de collaborer avec l'Union africaine afin de renforcer son opération de maintien de la paix au Soudan. « Nous continuons en outre de soutenir les efforts déployés, notamment par le Nigeria, en vue d'une solution politique. »
Maintenant que la commission de l'ONU a achevé son rapport, nous devons agir, a affirmé M. Boucher. « Nous croyons que le meilleur moyen de juger ces crimes, ainsi qu'ils sont décrits dans le rapport, est de créer un tribunal de l'ONU et de l'Union africaine à Arusha, en Tanzanie. Ainsi, les pays africains seront partie intégrante du processus, ce qui cadre avec le rôle majeur que joue l'Union africaine au Darfour. »
« Nous savons que la commission recommande le recours à la Cour pénale internationale (CPI). Mais nous pensons qu'il est important que le Conseil de sécurité étudie toutes les possibilités, et nous sommes persuadés qu'un tribunal basé à Arusha serait le meilleur moyen de s'assurer que les coupables paient leurs crimes. »
M. Boucher a ensuite expliqué qu'un tribunal créé en Afrique aurait d'abord l'avantage d'impliquer les Africains et l'Union africaine. De plus, il pourrait bénéficier de l'infrastructure déjà mise en place pour le Tribunal pénal international pour le Rwanda. « Ainsi, le tribunal pour le Soudan pourrait commencer ses travaux rapidement et s'appuyer sur les leçons tirées des procès liés au Rwanda. »
M. Boucher a également souligné que dans son rapport, la commission d'enquête de l'ONU évoquait des crimes qui avaient eu lieu en 2001 et 2002. « Ces crimes précèdent la création de la Cour pénale internationale et (...) conséquemment elle ne serait pas compétente pour les juger. » Par contre, un tribunal établi en Afrique pourrait juger tous les crimes commis au Darfour depuis le début.
Les Etats-Unis, a ajouté M. Boucher, proposent également la création d'une mission de maintien de la paix de l'ONU au Soudan qui serait en mesure de soutenir l'Union africaine et notamment son éventuel déploiement d'effectifs supplémentaires. Les Etats-Unis sont également en train de proposer des moyens d'intensifier la pression sur les parties pour les forcer à respecter leurs engagements en vertu des résolutions pertinentes de l'ONU.
« Nous avons déjà clairement signifié, lors de nos consultations avec d'autres membres du Conseil de sécurité, que nous pensons qu'il est temps de prendre des sanctions, des sanctions ciblées portant par exemple sur le pétrole, et nous allons continuer d'en discuter. »
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)