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26 août 2009

Edward Kennedy est mort à l'âge de soixante-dix-sept ans

Le décès du sénateur démocrate du Massachusetts

 
M. Edward Kennedy
M. Edward Moore Kennedy, sénateur démocrate du Massachussetts depuis 1962.

Washington - Edward Kennedy, le sénateur éminent connu sous le nom du « lion du Sénat », s'est éteint le 25 août au Massachusetts, à l'âge de soixante-dix-sept ans, des suites d'un cancer au cerveau découvert il y a un an.

« Un chapitre important de notre histoire s'est clos. Notre pays a perdu un grand leader qui a relevé le flambeau de ses frères tombés, pour devenir le plus grand sénateur américain de notre temps », a déclaré le président Obama dans un communiqué que la Maison-Blanche a diffusé le 26 août.

Bien qu'il n'ait jamais été élu à la présidence, Edward Kennedy a eu une influence profonde sur la politique américaine, tant intérieure qu'étrangère, et il est considéré comme l'un des parlementaires les plus efficaces des trente à quarante dernières années. Il a notamment contribué à l'adoption de grandes lois, telles que la loi de 1964 sur les droits civiques et la loi de 1990 sur les handicapés.

Le soutien qu'il a apporté à M. Barack Obama au début de 2008 est considéré par maintes personnes comme un élément essentiel de l'obtention par ce dernier de l'investiture du parti démocrate comme candidat à la présidence. Dans le discours véhément qu'il a prononcé à l'occasion de la Convention nationale du parti démocrate à Denver, Edward Kennedy avait incité ses concitoyens à appuyer M. Obama.

« Pour moi, avait-il dit, c'est une période d'espoir - un nouvel espoir de justice et de prospérité équitable pour la majorité et pas seulement pour une petite minorité. Une nouvelle vague de changement déferle autour de nous, et si nous mettons notre boussole dans la bonne direction, nous atteindrons notre destination. Ce ne sera pas seulement une victoire pour notre parti, mais un renouveau pour notre pays. »

Le cadet des nombreux enfants d'une des familles politiques les plus puissantes du pays, Edward Kennedy a grandi dans l'idée de servir son pays. La mort de ses trois frères, l'aîné tué pendant la Seconde Guerre mondiale et les deux autres assassinés dans l'exercice de leurs fonctions politiques, n'a fait que renforcer cette idée.

Il a été élu pour la première fois en 1962 pour achever le mandat au Sénat de son frère John F. Kennedy, qui avait été élu président en 1960. Âgé seulement de trente ans quand il est devenu sénateur, il a été réélu à huit reprises et était, au moment de sa mort, le second sénateur à avoir occupé ses fonctions aussi longtemps.

Tout au long de sa vie politique, il s'est battu en faveur de l'assurance maladie, de l'enseignement, des droits civiques, de la réforme de la législation relative à l'immigration et de la protection des ressources naturelles. Il a rédigé plus de 2.500 textes de loi, dont plusieurs centaines ont été promulguées.

MM. Mikhail Gorbachev  et Edward Kennedy le 26 mars 1990 au Kremlin.
Le président soviétique Mikhail Gorbachev s'entretient avec le sénateur Kennedy le 26 mars 1990 au Kremlin à Moscou.

Il est resté actif jusqu'à ses derniers jours, incitant ses collègues au Congrès à réformer l'assurance maladie et invitant le corps législatif du Massachusetts à modifier une loi de cet État afin que son siège au Sénat ne reste pas vacant pendant de nombreux mois s'il venait à mourir.

« Nous avons perdu Ted, mais l'œuvre de sa vie influencera notre pays pendant des années. Son héritage vivra dans le cœur de millions d'Américains qui sont plus libres, en meilleure santé et plus prospères grâce à ses efforts », a déclaré la secrétaire d'État, Mme Hillary Clinton, dans un communiqué diffusé le 26 août.

Sa contribution à la politique étrangère des États-Unis

S'il a consacré beaucoup de temps et d'énergie à l'adoption de réformes de politique intérieure, Edward Kennedy a été un grand champion de la cause des droits de l'homme, de la justice sociale et de la démocratie dans le monde entier pendant près de cinquante ans et a beaucoup contribué à l'élaboration de la politique étrangère des États-Unis.

À partir de 1970, il a prêté sa voix puissante à la cause des droits civiques en Irlande du Nord et collaboré avec des responsables du Royaume-Uni et de l'Irlande en vue de l'instauration d'une paix durable. En 1998, il s'est entretenu avec des responsables des deux camps en Irlande du Nord participant aux négociations de paix sous la direction du sénateur américain George Mitchell. Ces négociations ont abouti aux accords dits du Vendredi saint qui ont posé les fondements du partage du pouvoir politique.

Edward Kennedy a aussi joué un rôle actif dans les relations entre les États-Unis et l'Union soviétique et s'est fait le champion de la liberté d'émigrer. Durant ses nombreuses visites en Russie dans les années 1970 et 1980, il a réussi à faire en sorte que de nombreux dissidents et artistes, dont le célèbre violoncelliste Mstislav Rostropovitch, obtiennent un visa de sortie et que 26 refuzniks, dont Anatoly Charansky qui était incarcéré depuis 1977 pour son militantisme en faveur du judaïsme, soient libérés en 1986.

Dans les années 1980, il s'est employé à encourager l'abolition de l'apartheid en Afrique du Sud, en ayant des entretiens avec l'évêque Desmond Tutu, avec Winnie Mandela (qui était alors l'épouse de Nelson Mandela) et avec le gouvernement sud-africain. Sa proposition de loi qui prévoyait d'appliquer des sanctions à l'Afrique du Sud a incité le président Ronald Reagan à imposer à ce pays des sanctions par décret. Néanmoins, Edward Kennedy a continué d'exercer des pressions politiques et de sensibiliser l'opinion publique à la situation très difficile des Sud-Africains à l'aide d'une multitude de propositions de loi et de débats jusqu'à l'abolition de l'apartheid.

En Amérique latine, il a été un grand champion de la cause de la démocratisation et des droits de l'homme à partir du début des années 1970, lorsqu'il s'est opposé aux juntes militaires du Chili et de l'Argentine. En réaction à la décision du président Richard Nixon d'isoler le président Salvador Allende qui venait d'être élu démocratiquement en 1970, il a préconisé d'accepter son élection bien qu'il soit un socialiste de tendance marxiste. Après que l'armée chilienne eut renversé le président Allende, il s'est fait le champion de la population chilienne et a cherché à faire dépendre l'aide des États-Unis du rétablissement de la démocratie et de la protection des droits de l'homme dans ce pays. Après l'élection de Patricio Aylwin à la présidence du Chili en 1990, il a soumis une proposition de loi visant à apporter une aide de 50 millions de dollars au Chili. Il a aussi préconisé de rétablir les avantages en matière de commerce et d'investissement et de fournir au Chili une assistance technique pour l'aider à s'attaquer à ses problèmes dans le domaine de l'environnement.

Son rôle en politique étrangère s'est poursuivi tout au long de l'exercice de ses fonctions de sénateur. En 2007, il a organisé au Sénat la première audition consacrée aux réfugiés irakiens et pris la tête d'efforts visant à s'attaquer à ce qu'il a qualifié de grave crise humanitaire. Il a parrainé une proposition de loi prévoyant d'accroître le nombre de visas spéciaux à accorder à des traducteurs et à des interprètes irakiens et afghans désireux d'immigrer aux États-Unis, ainsi que d'augmenter l'aide destinée à réinstaller des réfugiés irakiens.

« Le sénateur Kennedy était une personnalité qui a suscité l'admiration, le respect et un profond attachement non seulement aux États-Unis mais aussi dans le reste du monde. C'était un véritable homme d'État qui était foncièrement attaché aux valeurs que sont l'équité, la justice et l'égalité des chances », a déclaré l'ancien premier ministre britannique Tony Blair, le 26 août.

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