23 octobre 2009
Son allocution du 21 octobre à l’Institut de la paix
(Début de la transcription)
DISCOURS DE LA SECRÉTAIRE D’ÉTAT HILLARY CLINTON À L’INSTITUT POUR LA PAIX
« REVIGORER LE RÉGIME DE NON-PROLIFÉRATION : UNE CAMPAGNE DIPLOMATIQUE DES ÉTATS-UNIS »
Mesdames, messieurs. Je vous remercie.
(…)
C’est un honneur pour moi que d’avoir été invitée à prononcer la deuxième conférence annuelle Dean Acheson.
L’Institut compte de nombreux amis au département d’État et nous nous réjouissons à la perspective de ne plus être simplement amis mais voisins. Je suis certaine que votre nouveau siège, de l’autre côté de la rue, nous permettra de travailler en plus étroite coopération à bâtir la paix et mettre fin aux conflits.
Je sais aussi que vous avez célébré lundi votre 25e anniversaire et je vous remercie de votre travail extraordinaire et de l’influence que vous avez exercée au cours de ces 25 années, notamment l’étude que vous avez menée sur notre dispositif nucléaire. L’Institut a aidé à diriger le débat de politique étrangère sur les armes nucléaires, la prévention des conflits et de nombreuses autres questions critiques, et vous continuez à remplir ce rôle essentiel.
Certains d’entre vous se souviennent peut-être de l’allocution prononcée par le ministre de la défense, Robert Gates, l’an dernier, à cette même occasion. Lorsqu’il avait suggéré avec éloquence et, je dois le dire, de manière très convaincante, de fournir des ressources supplémentaires au département d’État, son propos avait fait sensation. Que le ministre de la défense argue avec conviction devant un auditoire aussi éminent que celui-ci en faveur de nos capacités civiles, voilà un événement dont on parle toujours à Washington.
Lorsqu’il a recommandé l’augmentation du budget d’un ministère autre que le sien, M. Gates a déclaré que ce n’était que chose due puisque, lorsqu’il était secrétaire d’État, Dean Acheson avait fait valoir que les États-Unis avaient besoin d’une armée forte alors que les restrictions budgétaires menaçaient de décimer les forces américaines après la Seconde Guerre mondiale.
Acheson a aussi été impliqué dans une autre affaire capitale de politique étrangère où sa prise de position a transcendé son appartenance ministérielle, et ses actions à cette occasion peuvent servir d’arrière-plan historique à mon propos.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, Acheson était sous-secrétaire d’État. Le ministre de la guerre, Henry Stimson, était le premier partisan de la limitation des armes nucléaires mais il avait un adversaire acharné en la personne du secrétaire d’État de l’époque, James Byrnes, qui voulait profiter au maximum de l’avantage des États-Unis en matière de nucléaire.
Acheson a outrepassé les limites de son administration et s’est joint au ministre de la guerre en faveur du contrôle des armes nucléaires. Il avait compris que le monde était à une croisée des chemins et vu qu’il était du devoir et de l’intérêt des États-Unis de collaborer avec les autres pays pour freiner la prolifération des armes les plus dangereuses de l’histoire de la planète.
Eh bien, aujourd’hui, nous nous trouvons à une autre croisée des chemins. Pendant les années de la guerre froide, nous avons craint un conflit nucléaire massif entre les États-Unis et l’Union soviétique. Et en octobre 1962, il a failli éclater, mais le président Kennedy a compris qu’il était absolument impossible de gagner un conflit nucléaire. Au cours des années, son gouvernement et ceux qui l’ont suivi ont pris des dispositions pour réduire ce risque et freiner la prolifération des armes nucléaires.
Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une autre menace, une menace plus nébuleuse mais peut-être plus dangereuse. L’ampleur et l’intensité des défis posés par la prolifération actuelle des armes nucléaires sont alarmantes. La communauté internationale n’a pas réussi à empêcher la Corée du Nord de construire d’armes nucléaires. Nous sommes maintenant engagés dans un processus diplomatique en vue d’inverser ce développement. L’Iran continue à faire fi des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies demandant qu’il suspende ses activités d’enrichissement de l’uranium et remplisse ses obligations internationales.
L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) n’a ni les moyens ni les pouvoirs voulus pour remplir efficacement de sa mission. Nous l’avons vu lorsqu’elle n’a pas été en mesure de détecter l’usine d’enrichissement cachée de l’Irak ou le projet de réacteur nucléaire de la Syrie. Des réseaux illicites d’États et d’acteurs non étatiques sont impliqués dans le commerce des matières nucléaires sensibles et contournent les lois conçues pour nous protéger contre l’exportation et l’importation de matériel nucléaire. Dans le cadre du programme coopératif de réduction des menaces du sénateur Lugar, nous avons désactivé ou détruit des milliers d’armes nucléaires mais il en reste de vastes quantités potentiellement dangereuses et à la merci de vols ou de détournements.
Avec la montée des besoins mondiaux d’énergie et la menace des changements climatiques, la demande d’énergie nucléaire augmente.
Nous devons continuer à faciliter l’utilisation pacifique et légitime de l’énergie nucléaire. Mais son expansion n’a pas été accompagnée de mesures correspondantes susceptibles de réduire les risques de prolifération des armes nucléaires.
Nous savons aussi que si ces tendances ne sont pas inversées et ce rapidement, nous allons nous trouver dans un monde où il y aura de plus en plus d’États possédant l’arme nucléaire et de plus en plus de risques que des terroristes s’en emparent.
Le président Obama reconnaît ce danger. En avril, à Prague, il a indiqué comment les États-Unis envisageaient de faire face à ces défis. Il a mis l’accent sur l’accord fondamental sous-tendant le régime mondial de non-prolifération, a demandé à tous les États d’assumer leurs responsabilités et a manifesté clairement ses intentions en lançant un appel en faveur d’un monde sans armes nucléaires.
Enfin, le mois dernier, lorsqu’il est devenu le premier président américain à présider une séance du Conseil de sécurité des Nations unies, il a obtenu le vote unanime d’une résolution présentant un ordre du jour solide de non-prolifération et de limitation des armements.
Poursuivre ces objectifs n’est pas faire preuve d’un idéalisme béat ou d’allégeance aveugle à un principe. C’est assumer la responsabilité de prévenir l’utilisation des armes les plus dangereuses au monde et en même temps, de responsabiliser les autres. La politique qui va nous permettre d’accomplir cela doit être à la hauteur de l’ambition : pointue, avisée et dans les intérêts fondamentaux des États-Unis.
Comme l’a reconnu le président, il se peut que nous ne puissions pas satisfaire cette ambition durant notre vie, voire celle de nos descendants, mais nous sommes persuadés que la poursuite de cette vision contribuera à renforcer la sécurité nationale et la stabilité internationale.
Nous sommes aussi persuadés que les États-Unis doivent conserver un arsenal nucléaire sûr et efficace pour décourager tout agresseur éventuel et garantir la défense de nos alliés et partenaires pendant que nous poursuivons notre vision.
Il incombe à tous les pays de s’attaquer aux défis que posent les armes atomiques, à commencer par ceux qui en possèdent.
En tant que membres permanents du Conseil de sécurité et seuls pays dotés de l’arme atomique reconnus par le Traité sur la non-prolifération (TNP), nous sommes tenus de mettre fin à l’érosion du régime de non-prolifération et de nous pencher sur la crise actuelle de non-respect du traité où certains pays pensent qu’ils peuvent se soustraire à leurs obligations et défier les résolutions du Conseil de sécurité en toute impunité.
Les États ne possédant pas l’arme nucléaire sont aussi tenus d’œuvrer à prévenir toute prolifération ultérieure. Et cette responsabilité ne prend pas fin avec leur décision de renoncer à leurs ambitions en matière d’armement et d’accepter des clauses de sauvegarde destinées à démontrer leur sincérité ; elle doit se manifester par une participation active et des efforts concertés visant à empêcher de nouveaux pays de franchir le seuil du nucléaire, parce que leur propre sécurité et leur bien-être sont profondément affectés par les résultats de ces efforts. Tous les États possédant des matériaux ou une technologie nucléaires se doivent de les protéger contre le vol ou les transferts illicites.
Si tous les pays s’acquittent de leurs responsabilités comme nous le faisons, nous serons en mesure de revitaliser le régime de non-prolifération pour les années qui viennent. La pierre angulaire de ce régime, le TNP, est toujours valide et n’a pas besoin d’être modifié. Mais, comme nous le faisons depuis 40 ans, nous devons le renforcer, le compléter et le mettre à jour par des mesures conçues pour faire face aux nouveaux défis.
Le plan de lutte de notre gouvernement se fonde sur le travail de la diplomatie active au jour le jour ; nous devons nous opposer aux proliférateurs ; renforcer les capacités de l’AIEA et veiller à ce que tous les pays respectent les droits et les devoirs du régime de non-prolifération ; négocier un nouveau traité avec la Russie pour réduire notre arsenal nucléaire ; faire ratifier le traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE) et négocier rapidement un traité interdisant la production de matières fissiles ; lancer une étude du rôle des armes nucléaires dans la stratégie de défense des États-Unis, et endosser les priorités budgétaires qui garantissent la sécurité et l’efficacité de notre force de dissuasion.
Je suis parfaitement consciente des difficultés qui nous attendent lorsqu’il va s’agir de faire respecter le TNP, de restaurer le consensus international sur la non-prolifération et de revigorer le régime de non-prolifération.
Les progrès ne seront pas rapides ; il nous arrivera de penser que nos accomplissements sont partiels et peu satisfaisants. Mais nous sommes déterminés à aller jusqu’au bout et nous pensons que le monde compte sur notre réussite.
La réalité est que nous ne pouvons pas, à nous seuls, contenir la menace du nucléaire. Qu’il s’agisse de prévenir le commerce en contrebande de matières nucléaires dangereuses, d’établir un nouveau cadre international de coopération en matière d’énergie nucléaire civile, d’accroître le budget de l’AIEA ou de persuader les gouvernements ayant des ambitions nucléaires d’abandonner leurs plans, nous ne pourrons atteindre nos objectifs qu’en coopérant avec les autres.
Or, ces dernières années, la polarisation de la communauté internationale sur les questions de prolifération entre les États dotés du nucléaire et les autres a créé des obstacles à la coopération. Pour les surmonter, nous devons partir de la prémisse que la menace nucléaire vaut pour tous les pays et que prévenir la prolifération des armes nucléaires n’est pas, comme on le dit quelquefois, dans le seul intérêt des États qui en possédent. En fait, les États n’ayant pas l’arme nucléaire ont autant ou plus à perdre si ces armes prolifèrent ou si elles sont jamais utilisées.
Notre lutte contre la menace de terrorisme nucléaire s’inscrit dans la même logique. L’explosion d’une bombe nucléaire terroriste n’importe où sur la planète aurait des répercussions économiques, politiques, écologiques et sociales énormes partout dans le monde.
Il est facile de préconiser une approche unilatérale faisant fi de la coopération nécessaire pour s’attaquer à des défis universels mais nous avons vu les échecs de cette démarche. Il faut, chose plus difficile à faire mais plus productive, nouer le dialogue avec nos alliés et partenaires partout dans le monde dans un esprit de travail diplomatique parce que, comme l’a si bien dit le président Obama, nous devons suivre un cheminement fondé sur les droits et les devoirs de tous les pays.
Nous devons continuer à renforcer chacun des trois piliers interdépendants de la non-prolifération mondiale : prévenir la prolifération des armes atomiques, promouvoir le désarmement et faciliter l’utilisation pacifique de l’énergie atomique.
Nous devrions d’ailleurs ajouter un quatrième pilier aux précédents : prévenir le terrorisme nucléaire.
Empêcher les terroristes de se procurer l’arme suprême n’était pas une préoccupation majeure lorsque le TNP a été négocié. Aujourd’hui, ça l’est. Et cela doit rester au premier rang de nos priorités nationales pour la sécurité. À mesure que nous avançons dans ce domaine, nous pouvons réduire la portée et l’ampleur de la menace de prolifération pour notre pays, nos enfants et les générations futures.
La campagne diplomatique lancée par les États-Unis a commencé par parer aux menaces immédiates de prolifération. Et, avec le temps, nous chercherons à améliorer la vérification, durcir les pénalités, désorganiser les réseaux illicites de prolifération, réduire la menace de terrorisme nucléaire et permettre aux pays de profiter des avantages du nucléaire pacifique, tout en prenant des mesures pour éviter la prolifération.
Contrecarrer les ambitions nucléaires de la Corée du Nord et de l’Iran est un élément critique de nos efforts de consolidation du régime de non-prolifération. Dans le cadre des pourparlers à six, nous sommes prêts à engager des discussions bilatérales avec la Corée du Nord mais le retour de celle-ci à la table des négociations ne sera pas suffisant.
Les sanctions en vigueur aujourd’hui ne seront pas levées tant que Pyongyang n’aura pas pris des mesures vérifiables et irréversibles de dénucléarisation complète. Ses dirigeants ne doivent se faire aucune illusion : jamais les États-Unis n’auront des relations normales et sans sanctions avec une Corée du Nord dotée de l’arme nucléaire.
S’agissant de l’Iran, de concert avec les autres membres permanents du Conseil de sécurité et l’Allemagne, les États-Unis ont adopté une démarche double. Si l’Iran envisage sérieusement de prendre des mesures concrètes pour calmer les graves préoccupations de la communauté internationale concernant son programme nucléaire, nous continuerons les pourparlers - aux plans tant bilatéral que multilatéral - sur toutes les questions qui ont trop longtemps séparé nos deux pays.
La porte est ouverte sur un meilleur avenir pour l’Iran mais le processus de négociation n’est pas sans limite de durée. Nous ne sommes pas prêts à parler pour le simple fait de parler. Comme l’a dit le président Obama après la première réunion à Genève, il semble que nous ayons pris un départ constructif mais maintenant nous devons y donner suite avec des mesures constructives.
Plus précisément, il faut mettre en œuvre dans les meilleurs délais le plan visant à utiliser l’uranium faiblement enrichi de l’Iran pour réapprovisionner le réacteur de recherche de Téhéran qui produit des isotopes médicaux.
Il est indispensable, pour conforter le régime de non-prolifération, de renforcer les capacités de l’AIEA de vérifier si les États se livrent ou non à des activités nucléaires illicites. Le protocole additionnel de l’AIEA, qui permet des inspections plus poussées et avec des préavis moins longs, doit être rendu universel grâce à des efforts concertés visant à convaincre les États s’y opposant de le signer.
Les leçons du programme nucléaire irakien d’avant la guerre du Golfe de 1991 nous ont montré que les pouvoirs et les ressources de l’AIEA devaient être accrus. Le protocole additionnel est le résultat de ces leçons. Ne pas faire de ce protocole une norme mondiale signifierait que le monde n’a pas su tirer les leçons de l’histoire, au péril de tous.
L’AIEA devrait utiliser tous les pouvoirs de vérification dont elle dispose, y compris les inspections spéciales. Mais elle devrait aussi être dotée de nouveaux pouvoirs, notamment celui d’enquêter sur les activités soupçonnées d’être liées à des armes nucléaires, même en l’absence de matière atomique. Si nous voulons que l’AIEA soit un pilier du régime de non-prolifération, nous devons lui donner les moyens nécessaires pour faire son travail.
Il ne suffira pas d’améliorer les capacités de l’AIEA de détecter les violations des mesures de préservation. Les contrevenants potentiels doivent savoir que, s’ils sont pris, la sanction sera lourde. Ce n’est certainement pas le cas aujourd’hui. Malgré les efforts des États-Unis, lorsqu’il s’agit de faire respecter les traités en vigueur, le bilan de la communauté internationale est inacceptable.
Les mécanismes et procédures de vérification de la conformité doivent être améliorés. Nous devrions envisager d’imposer des sanctions automatiques en cas de violation des clauses de conformité - par exemple la suspension de toute coopération internationale en matière nucléaire ou des projets de coopération technique de l’AIEA tant que la violation persiste. Et parce que le rôle du Conseil de sécurité est tellement important dans ce domaine, nous œuvrons à rétablir le consensus entre les cinq membres permanent du Conseil sur la mise en œuvre du TNP.
Mais nous devons aussi utiliser des mesures financières et juridiques pour mieux désorganiser les réseaux illicites derrière la prolifération.
Cela veut dire qu’il nous faut renforcer les contrôles des transbordements, source importante de commerce illicite, ainsi que les restrictions du Groupe des fournisseurs nucléaires sur les transferts de technologie d’enrichissement et de retraitement.
Un régime revitalisé de non-prolifération devrait permettre à tous les pays, et notamment à ceux en développement, de profiter des avantages du nucléaire pacifique et les inciter à ne pas essayer de construire leurs propres usines d’enrichissement ou de retraitement. Ces usines sont en effet tout à fait capables de produire des combustibles pour des réacteurs nucléaires ou les noyaux fissiles des armes nucléaires : il ne faut donc pas permettre leur prolifération. Mais nous devons garantir que ces États ont accès aux combustibles nucléaires, comme le leur garantit le TNP.
La meilleure manière de ce faire est d’élargir le cycle du combustible nucléaire. Des assurances multilatérales d’alimentation de combustible, des banques internationales de combustible et des caveaux d’hivernage des combustibles usés peuvent donner confiance aux pays qui souhaitent lancer ou élargir leurs programmes de production d’énergie nucléaire. Ces initiatives ne peuvent qu’encourager ces pays à poursuivre leurs programmes légitimes de nucléaire civil sans avoir à assumer les risques et les dépenses liées à la construction de leurs propres installations. C’est pourquoi nous soutiendrons la création de banques internationales de combustible et d’arrangements de distribution de combustibles : ce sont des éléments clés de notre politique de non-prolifération.
Mais nous ne pouvons pas non plus séparer les efforts de non-prolifération de ceux visant à réduire l’arsenal nucléaire existant. Ce sont deux éléments constitutifs du TNP. Tous les pays sont exposés au danger des armes nucléaires, mais les États qui en possèdent - et notamment les États-Unis et la Russie - sont tenus de réduire leurs stocks d’armes nucléaires et le gouvernement Obama s’y emploie activement. Nous sommes en train de négocier avec la Russie un accord qui remplacera le traité START qui arrive bientôt à expiration et réduira sensiblement les forces nucléaires des deux côtés. Il préparera également le terrain pour de futures réductions encore plus importantes.
Comprenez-moi bien : les États-Unis sont intéressés par un nouvel accord START parce qu’il renforcera notre sécurité nationale. La Russie et nous disposons de plus d’armes nucléaires que nous n’en avons besoin ou que nous pourrions utiliser sans détruire complètement notre mode de vie.
Nous pouvons réduire notre stock d’armes nucléaires sans risque pour notre patrie, nos troupes en campagne ou nos alliés.
Détenir plus d’armes nucléaires que nous n’en avons besoin pour notre sécurité ne contribue en rien à rendre le pays plus sûr. Et le statu quo nucléaire n’est ni désirable ni soutenable. Il donne aux autres pays l’excuse ou le motif voulu pour poursuivre leurs propres programmes nucléaires.
La bonne manière de réduire notre excédent d’armes nucléaires est de le faire en parallèle avec la Russie. Une réduction mutuelle vérifiable par le truchement d’un nouveau traité START contribuera à créer un climat de confiance et à éviter les surprises. Nous faisons tous nos efforts pour garantir que le nouvel accord permettra les inspections et les autres mécanismes de vérification voulus.
Nous n’avons pas la moindre illusion que le nouvel accord START persuade l’Iran et la Corée du Nord de mettre fin à leurs activités nucléaires illicites mais il montrera que les États-Unis respectent leur obligation, au titre du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, d’œuvrer en vue du désarmement nucléaire. Ce faisant, il contribuera à persuader le reste du monde de renforcer les contrôles de non-prolifération et de “ serrer la vis » aux États qui violent leurs engagements de non-prolifération.
Pour la même raison, les États-Unis souhaitent entamer dès que possible des négociations sur un traité interdisant la production de matières fissiles (TIPMF) assorti de dispositions appropriées de suivi et de vérification. Un TIPMF universel mettrait fin à la production de plutonium et d’uranium hautement enrichi servant à la fabrication d’armes nucléaires, plafonnerait la taille des arsenaux existants et réduirait le risque que des groupes de terroristes ne puissent un jour avoir accès à des stocks de matériel fissile.
Mais nous ne devons pas seulement réduire le nombre de nos armes nucléaires. Nous devons aussi réduire le rôle qu’elles jouent dans notre sécurité. Dans ce domaine, l’examen en cours du dispositif nucléaire sera un jalon clé. Il permettra de mesurer plus exactement le rôle, la taille et la composition de notre stock d’armes nucléaires au regard des menaces internationales actuelles et futures. Et il permettra une réévaluation fondamentale de la doctrine du dispositif nucléaire américain.
Mené en consultation avec nos alliés, il examinera le rôle des armes nucléaires comme élément de dissuasion et nos déclarations quant aux circonstances dans lesquelles les États-Unis envisageraient d’utiliser l’arme nucléaire.
Dans le cadre de l’examen du dispositif nucléaire, nous avons à répondre à des questions clés : quel est le rôle fondamental de l’arsenal nucléaire américain ? notre dispositif de dissuasion contribuera-t-il à encourager les autres pays à réduire leurs arsenaux et à faire avancer notre ordre du jour de non-prolifération ? Comment pouvons-nous rassurer nos alliés tout en renforçant nos objectifs de non-prolifération ?
Nous pensons que le moment est venu de réexaminer le rôle de l’arsenal nucléaire américain. Nous ne pouvons pas nous permettre de continuer à nous fonder sur un recyclage des modes de pensée de la guerre froide. Nous croyons sincèrement en notre quête d’un monde en paix et en sécurité sans armes nucléaires mais tant que nous ne serons pas arrivés au moment où la dernière arme nucléaire aura été détruite, nous nous devons de conforter le consensus national, que nous conserverons l’infrastructure nucléaire nécessaire pour assurer une force de dissuasion efficace sans essais nucléaires.
Donc, outre que nous serons en faveur d’un budget 2011 important pour le complexe nucléaire, nous soutiendrons également la création d’un nouveau programme de gestion des stocks d’armes qui mettra l’accent sur la maintien des capacités. C’est ce dont les militaires responsables de la dissuasion stratégique ont besoin pour défendre notre pays.
Le général Chilton, commandant de l’U.S.STRATCOM, a souvent dit qu’il n’avait pas besoin de nouvelles capacités nucléaires mais qu’il devait avoir confiance en celles dont il disposait. En même temps que nous lui donnons cette confiance grâce au programme de gestion des stocks d’armes, nous œuvrons à obtenir l’approbation du nouveau traité d’interdiction complète des essais nucléaires par le Sénat et à convaincre les autres États de le mettre en application. Sa mise en œuvre renforcera et rénovera le régime mondial de non-prolifération et, ce faisant, améliorera notre propre sécurité.
Depuis près de 40 ans et quatre gouvernements successifs, les États-Unis observent un moratoire sur les essais nucléaires.
Nous respectons donc l’obligation fondamentale du traité.
L’entrée en vigueur d’un traité d’interdiction des essais nucléaires permettrait aux États-Unis et à d’autres pays de mettre en cause ceux qui se livrent à des activités suspectes, notamment en demandant des inspections sur place pour vérifier qu’ils ne se livrent pas à des essais.
La ratification du TICE encouragerait également la communauté internationale à prendre les autres mesures indispensables à la non-prolifération. Et, ne vous y trompez pas : à tort ou à raison, d’autres pays voient dans la ratification du TICE par les États-Unis un signe de notre engagement en faveur de la non-prolifération.
Dans les mois qui viennent, plusieurs événements importants vont accélérer la mise en œuvre de notre ordre du jour en matière de non-prolifération et de limitation des armements. En avril, le président Obama va accueillir un sommet mondial sur la sécurité nucléaire - réunion sans précédent qui aidera à promouvoir une meilleure compréhension de la menace du terrorisme nucléaire et à établir un consensus international sur les moyens efficaces de la contrer.
Le mois suivant, la conférence quinquennale d’examen du TNP tentera d’arriver à un consensus entre les parties sur un programme de renforcement du régime de non-prolifération. Nous espérons que ces réunions constitueront une aire de lancement de nos tentatives de faire face à ce défi.
On ne peut pas exagérer les menaces nucléaires auxquelles la communauté internationale se trouve confrontée aujourd’hui. Elles posent un défi énorme, et comme pour les autres menaces mondiales, dont, entre autres, le réchauffement climatique, nous sommes tous dans le même bateau. Si nous n’agissons pas avec fermeté et maintenant, la situation risque de se dégrader de manière catastrophique et irréversible.
Certains experts, vu les menaces nucléaires et les pressions s’exerçant sur le régime mondial de non-prolifération, en tirent des conclusions pessimistes sur notre avenir nucléaire. Ils parlent de cascades nucléaires et de terroristes mettant les mains sur la bombe. Selon eux, la prolifération future est inévitable et il est futile d’essayer de la stopper.
Mais rien n’est joué en ce qui concerne la poursuite de la prolifération et le terrorisme nucléaire. On peut amoindrir, voire même prévenir ces dangers. Mais pour les contrer, nous devons comprendre qu’il est de l’intérêt de tous les États de revigorer le régime de non-prolifération et qu’il leur incombe à tous de faire avancer ce processus.
Dean Acheson avait reconnu ces vérités à son époque. Elles ne sont pas effacées avec le passage du temps. Les États-Unis feront tout en leur pouvoir pour poursuivre cet effort et garantir sa réussite.
Nous sommes à une nouvelle croisée des chemins mais la route est toute tracée. Elle mène des rues de Prague par les jalons que j’ai évoqués aujourd’hui à un monde, qui finalement, un jour, sera sans armes nucléaires.
Tout comme Acheson l’a fait à son époque, nous devons relever ce défi avec force, sagesse, espoir et de concert avec les autres pays. Et si nous le faisons, une fois encore, l’influence déterminante des États-Unis dans le monde garantira notre sécurité et la paix pour les générations à venir.
Je vous remercie.
(Fin de la transcription)
(Diffusé par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://www.america.gov/fr/)