19 octobre 2009

Déclarations de Mmes Clinton et Rice et de l'envoyé spécial Scott Gration sur le Soudan

Les États-Unis souhaitent contribuer à la pleine application de l'Accord de paix global et au règlement de la crise au Darfour.

 

(Début de la transcription)

Hillary Clinton
La secrétaire d'État, Mme Hillary Clinton

Département d'État
Bureau du porte-parole
Le 19 octobre 2009

Déclarations de la secrétaire d'État Hillary Clinton,
de la représentante permanente des États-Unis à l'ONU Susan Rice
et de l'envoyé spécial pour le Soudan Scott Gration
au sujet de la stratégie des États-Unis relative au Soudan

La secrétaire d'État Hillary Clinton : Bonjour. Je suis heureuse d'être accompagnée de notre représentante permanente à l'ONU, Mme Susan Rice, et de l'envoyé spécial du président pour le Soudan, le général Scott Gration.

Je voudrais dire, tout d'abord, que la politique au Soudan que nous dévoilons aujourd'hui est le fruit d'un examen intensif au sein de l'ensemble du gouvernement, auquel nous avons participé tous les trois ainsi que de nombreux autres responsables. Cette politique reflète le sérieux et le sentiment d'urgence du gouvernement, ainsi que notre accord collectif sur la meilleure façon de relever les défis complexes qui ont empêché le règlement de la crise au Darfour et la mise en œuvre complète de l'Accord de paix global. Cela fait plusieurs mois que je discute de la situation avec le président Obama, et nous en avons encore parlé ce week-end. Le sort du peuple soudanais revêt à ses yeux une grande importance, et c'est un sentiment que nous partageons tous.

Le Soudan est le plus vaste pays d'Afrique, mais, depuis qu'il a acquis son indépendance, il y a un demi-siècle, il est déchiré par une myriade de divisions religieuses, tribales, ethniques, raciales et politiques. Au cours de la dernière décennie, le génocide au Darfour, ainsi que la violence prolongée et le conflit entre le nord et le sud du pays, ont fait plus de deux millions de victimes, soumis les civils à des atrocités indescriptibles et engendré une souffrance humaine massive.

Si, en 2005, la signature de l'Accord de paix global entre le Nord et le Sud a été un pas historique en avant, le Soudan se trouve aujourd'hui à une croisée des chemins - une voie mène à une amélioration régulière des conditions de vie des Soudanais, l'autre aboutit à une plongée plus profonde dans la spirale du conflit et de la violence.

Or un Soudan instable ne remet pas seulement en question l'avenir des 40 millions de personnes qui l'habitent. Le pays peut aussi devenir un incubateur de violence et d'instabilité dans une région déjà explosive, fournir un asile aux terroristes internationaux, et causer une autre catastrophe humanitaire que ni l'Afrique, ni le monde, ne peuvent se permettre.

Trop souvent, les efforts d'instauration de la paix et de la stabilité au Soudan ont été sapés par les luttes entre factions, les accords de paix et de cessez-le-feu non respectés et l'ingérence d'États de la région touchés par la crise.

Pour ces raisons et d'autres, nous sommes réalistes au sujet des obstacles au progrès. Nous ne nous faisons aucune illusion sur la difficulté de la tâche. Mais nous ne nous leurrons pas non plus sur la nature des problèmes du Soudan : ils ne disparaîtront pas par magie. Rester les bras croisés n'est pas une option. C'est à nous, et à nos partenaires de la communauté internationale, de déployer des efforts concertés et durables pour aider à instaurer une paix et une stabilité durables au Soudan et éviter un prolongement du conflit qui a créé une marée de désespoir humain et gâché le potentiel et la sécurité d'une région vitale du monde.

Mes vues sur le génocide au Darfour sont bien connues. Cela fait plusieurs années que je m'exprime sur ce dossier et que j'agis. Le président a également évoqué le génocide qui se déroule au Darfour. Mais au point où nous en sommes, il vaudrait mieux se concentrer sur la façon de progresser et sur la recherche de solutions. Même si la violence a baissé d'intensité depuis 2005, les habitants du Darfour continuent de vivre dans des conditions inadmissibles et inacceptables.

Notre action doit donc viser à inverser les conséquences désastreuses du génocide en remédiant à la souffrance quotidienne des réfugiés dans les camps, en protégeant les civils de la violence continue, en aidant les personnes déplacées à rentrer chez elles, en s'assurant du désarmement des milices et en améliorant les conditions sur le terrain de façon que le peuple du Darfour puisse enfin vivre dans la paix et la sécurité.

Notre stratégie vise à atteindre trois objectifs principaux :

• la fin du conflit, des graves violations des droits de l'homme, des crimes de guerre et du génocide au Darfour ;
• l'application de l'Accord de paix global qui aboutira soit à l'avènement d'un Soudan uni et pacifique après 2011, soit à la création, dans le calme, de deux États séparés et viables coexistant pacifiquement ;
• un Soudan qui ne devienne pas un refuge pour les terroristes.

Auparavant, les États-Unis ont trop souvent limité leur attention aux diverses crises qui émergeaient. Ce n'est plus le cas. Nos démarches constituent une politique globale des États-Unis à l'égard du Soudan.

Susan Rice
L'ambassadrice des États-Unis auprès des Nations unies, Mme Susan Rice.

Premièrement, nous considérons que la crise au Soudan a deux volets : la situation au Darfour est dans l'impasse depuis six ans. D'autre part, l'Accord de paix global entre le Nord et le Sud alimentera la reprise du conflit s'il n'est pas mis en œuvre complètement par le truchement d'élections nationales viables, d'un referendum sur l'autodétermination dans le sud, d'un règlement des disputes frontalières et de la volonté des parties concernées de tenir leurs engagements. Nous avons donc affaire simultanément à deux grands dossiers : le Darfour et l'Accord de paix global.

Deuxièmement, nous cherchons à obtenir des résultats par un vaste engagement et des discussions franches. Mais les mots ne suffisent pas. L'évaluation des progrès et les décisions relatives à des incitations et à des mesures de dissuasion seront fondées sur les changements vérifiables des conditions sur le terrain. Toute récidive de la part de l'une quelconque des parties déclenchera des pressions crédibles sous forme de mesures dissuasives appliquées par notre gouvernement et ceux de nos partenaires internationaux.

Troisièmement, nous userons de notre influence dans le monde pour reconstituer, élargir et renforcer la coalition multilatérale qui a aidé à négocier l'Accord de paix global, et nous allons déployer des efforts similaires pour traduire l'inquiétude internationale au sujet du Darfour en réels engagements internationaux.

Permettez-moi de le dire clairement : le temps des palabres est révolu, tout comme celui des vaines promesses, des atermoiements, des préjugés et des malentendus.

Cette crise représente à la fois un devoir et une chance pour les Soudanais et leurs dirigeants de démontrer qu'ils sont résolus à prendre des mesures concrètes en faveur d'une paix durable, faute de quoi le Soudan est voué à l'échec.

Comme je l'ai dit plus tôt, cet examen a impliqué des discussions entre de nombreux responsables du gouvernement, des parlementaires et des experts indépendants. Maintenant, je désire donner la parole à la représentante Rice et au général Gration, qui ont travaillé avec acharnement sur ce dossier. Mme Rice, vous avez la parole.

Mme Susan Rice : Merci, Madame la Secrétaire d'État. C'est un honneur pour moi de participer avec vous et avec le général Gration à cette annonce importante. Je voudrais tout d'abord exprimer notre appréciation pour l'effort et l'énergie exceptionnels que le général Gration a déployés en sa qualité d'envoyé spécial. (...)

Le président Obama n'a cessé de souligner que la protection des civils et l'instauration d'une paix durable au Soudan revêtaient une priorité du plus haut niveau pour son gouvernement. Le président, comme la secrétaire d'État, poursuit depuis de longues années l'objectif consistant à faire cesser les souffrances et le génocide au Soudan. Il est également manifeste que la détermination du président d'améliorer les conditions de vie des populations soudanaises doit s'appuyer sur une stratégie réfléchie et axée sur les résultats.

Je suis personnellement fière de la stratégie qui ressort aujourd'hui. Elle est le résultat de délibérations exhaustives, d'une mûre considération de défis très complexes et de beaucoup de travail acharné de la part de tous ceux sur cette estrade et de nombreuses autres personnes encore.

Je voudrais souligner deux objectifs centraux de la politique des États-Unis : primo, mettre fin au génocide qui se produit au Darfour et faire profiter tous les Darfourois d'une paix permanente ; secundo, promouvoir l'application complète et effective de l'Accord de paix global entre le Nord et le Sud. À cette double fin, les États-Unis sont prêts à collaborer avec toutes les parties. Nous userons au besoin d'incitations calibrées et exercerons s'il le faut une vraie pression sur toute partie qui négligera d'agir en vue d'améliorer les conditions de vie des populations du Soudan. Le statu quo ne sera pas récompensé et l'absence de progrès concrets et tangibles n'entraînera aucune mesure d'incitation. Les parties qui reculent ou qui n'avancent pas en subiront des conséquences significatives. Toutes les parties devront répondre de leurs actes.

La stratégie du président Obama est à la fois judicieuse, résolue et équilibrée. Elle tient compte en toute lucidité de l'histoire, qui nous rappelle que pendant des années les voies de la paix ont été semées de promesses brisées et d'engagements non tenus de la part des autorités soudanaises. Forts des leçons du passé et des possibilités pour l'avenir, nous sommes conscients aussi de la difficulté que présente le chemin à parcourir. Mettre fin au génocide, apporter une paix durable et améliorer la vie de millions d'êtres humains sont des tâches redoutables. Nous comprenons l'importance d'une exécution efficace et fidèle de notre stratégie et emploierons toute l'influence dont disposent les États-Unis à faire de nos objectifs des réalités.

Permettez-moi, pour conclure, de souligner une vérité persistante : trop de vies ont déjà été perdues, trop d'innocents ont subi des souffrances immesurables, trop de dignité humaine a été outragée, trop de haine a été semée. Cette douloureuse réalité est la force motrice de la détermination du président et des efforts que nous consentons ensemble en vue d'apporter au peuple soudanais la paix, la sécurité et la liberté qu'il mérite tant.

L'envoyé spécial des États-Unis pour le Soudan, le général Scott Gration : Je vous remercie. Madame la secrétaire d'État, Madame l'ambassadrice Rice, c'est avec honneur ce matin que je partage ce podium avec vous. Les paroles de la secrétaire d'État, Mme Clinton, reflètent une vérité profonde. Les défis au Soudan sont complexes et graves. La réussite exigera une approche unifiée, un sens nouveau de cette situation urgente. La stratégie du président Obama fournit cette approche, cette position résolue qui est nécessaire.

La nouvelle stratégie est exhaustive et intégrée. Elle cible l'application complète de l'Accord de paix global comme moyen de parvenir à une paix générale et durable au Darfour. Notre stratégie mettra à profit tous les éléments d'influence que possède notre pays - la diplomatie, la défense, le développement - pour réaliser l'avènement de la stabilité, de la sécurité, du respect des droits de l'homme et des possibilités économiques dans le but d'un avenir meilleur au Soudan. Elle visera à donner au peuple soudanais un pays qui soit gouverné de manière responsable, équitable et démocratique, un pays qui vive en paix à l'intérieur de ses frontières et avec ses voisins. Le gouvernement des États-Unis s'est engagé à créer le climat dans lequel les Soudanais eux-mêmes pourront accomplir les changements positifs qui seront favorables à leur avenir.

Nous sommes intensément conscients du fait que notre tâche est urgente et que le temps presse. Nous n'avons que six mois jusqu'à la tenue d'élections nationales au Soudan. Le référendum sur l'autodétermination est prévu dans 15 mois. La réussite requiert un dialogue franc entre toutes les parties prenantes au Soudan, avec les autres États de la région et avec la communauté internationale. Nous devons œuvrer de concert pour parvenir à des résultats tangibles sur le terrain, réaliser une paix durable et une vie meilleure pour les générations futures au Soudan. Et nous ne devons pas avoir de cesse que notre tâche ne soit accomplie. Les tragédies au Darfour, de par le passé et de nos jours, le danger de nouvelles violences dans le Sud et dans le Nord requièrent qu'on agisse immédiatement.

Le peuple soudanais a énormément souffert des douleurs et des pertes qu'infligent les conflits, et des millions continuent d'en souffrir aujourd'hui. C'est pour le bien de ces populations que nous œuvrons en vue de parvenir à des progrès vérifiables sur le terrain. C'est en leur nom que nous cherchons à créer les changements positifs qu'ils seront en mesure de vivre. Nous n'avons d'autre option que de réussir. Par une action concertée, je crois que nous serons en mesure d'y arriver. Je vous remercie.

(Fin de la transcription)

(Diffusé par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://www.america.gov/fr/)

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