11 février 2009
Les jeux d'hiver auront lieu cette année à Boise, dans l'Idaho.

Nouakchott (Mauritanie) - Il est difficile d'imaginer comment on peut s'entraîner pour une compétition de raquette de neige à Nouakchott, la capitale mauritanienne située dans une plaine où règne une température estivale. Pourtant, le directeur mauritanien des Jeux olympiques spéciaux, Eyde Ould Sidi Mohamed, est en train de préparer son équipe de raquetteurs pour les Jeux qui auront lieu en février 2009 à Boise, dans l'Idaho.
« Dans les pays qui n'ont pas de neige, les athlètes s'entraînent sur le sable », a déclaré M. Eyde. « Ils se servent de dunes comme de montagnes. »
M. Eyde a récemment participé à une session de formation pour les entraîneurs de raquetteurs qui était organisée à Nouakchott par le Comité moyen-oriental et nord-africain des Jeux olympiques spéciaux, dont le siège est au Caire (Égypte). C'est ce comité qui fournit à l'équipe de M. Eyde les équipements, notamment les raquettes, les bonnets, les gants et les anoraks - articles introuvables dans le désert aride - dont elle a besoin pour l'entraînement et les jeux. Durant cet atelier, des formateurs ont appris aux entraîneurs et aux athlètes comment utiliser ces équipements sur du sable dur, qui a à peu près la même consistance que de la neige compacte. Ils se sont entraînés sur des dunes.
Professeur d'anglais à plein temps, M. Eyde a été recruté par le comité régional des Jeux olympique spéciaux situé à Amman (Jordanie). En 1997, il a accepté la mission de créer l'équipe de raquetteurs et continue d'enseigner l'anglais. La Mauritanie a participé à quatre Jeux olympiques spéciaux avec M. Eyde : aux États-Unis (1999 et 2001), en Irlande (2003) et en Chine (2007). Avant 2003, ces jeux n'avaient lieu qu'aux États-Unis. « Nous aimons la diversité des États-Unis », a déclaré M. Eyde.
Ces jeux sont une source d'émancipation pour les handicapés
Dans un pays qui compte à peine 3 millions d'habitants, dont au moins 1.300 ont des retards de développement reconnus, il existe peu d'information sur les handicaps. La plupart des écoles refusent d'accepter les handicapés mentaux, et les quelques institutions spécialisées qui existent ne sont pas suffisamment équipées. Même dans la capitale, il n'existe pas de soins personnalisés.

Contrairement aux Jeux paralympiques - réservés à ceux qui souffrent de handicaps physiques uniquement - les Jeux olympiques spéciaux visent les personnes atteintes de troubles mentaux et ont lieu tous les deux ans. Ils offrent une chance aux athlètes des diverses équipes de participer à des activités qui contribuent à dissiper les stéréotypes et à établir une communication avec le public.
Selon M. Eyde, ces sessions ont été efficaces. Certains membres de la famille des athlètes handicapés, qui hésitaient à évoquer leur expérience vécue, ont fini par accepter leurs proches et en être fiers.
En 2006, la Mauritanie a organisé sa Première Compétition nationale annuelle des Jeux olympiques spéciaux, qui avait lieu parallèlement aux jeux internationaux. Plus de 150 athlètes y ont pris part et, dès les Jeux de 2008, ils étaient plus de 200. Toutes ces compétitions on pu être organisées grâce à un vaste réseau de bénévoles. M. Eyde s'est d'abord appuyé sur des connaissances - famille et amis - mais le réseau s'est peu à peu étendu.
Comme on lui demandait si les choses avaient changé pour les handicapés mentaux depuis le début de ces jeux, M. Eyde a répondu que cette année était meilleure que 1999, mais qu'il y avait encore beaucoup à faire. Il a ajouté que les nombreux Mauritaniens qui souffraient d'épilepsie manquaient d'argent, et qu'ils étaient donc incapables d'absorber régulièrement les médicaments dont ils avaient besoin. Durant les Jeux olympiques spéciaux, les athlètes bénéficient de tests gratuits de dépistage dans le cadre du programme « Athlètes en bonne santé », mais nombre d'entre eux ont besoin de suivi chez eux.
Une ville de l'Idaho accueille les athlètes mauritaniens
Cette année, les athlètes mauritaniens seront accueillis par la ville de Twin Falls deux jours avant le début des jeux. Hamza Ould Idoumou, un délégué qui ne fait pas partie de l'équipe des athlètes, participera à un Global Youth Activation Summit qui rassemblera 130 jeunes, handicapés ou non, âgés de 12 à 20 ans. Ils participeront à diverses conférences, programmes de formation et activités sportives. Le directeur des Jeux olympiques spéciaux aux États-Unis a téléphoné à M. Hamza pour lui rappeler d'apporter des vêtements chauds du fait des froides températures hivernales qui sont la norme dans l'Idaho.
La plupart des athlètes viennent de villages éloignés s'entraîner à Nouakchott en vue des jeux. Du fait du coût élevé des transports, leurs familles ne peuvent pas se joindre à eux et doivent se contenter de les encourager par téléphone.
L'athlète Silla Boudy a affirmé qu'il s'agissait plutôt de participation que de compétition, mais a tout de même ajouté que durant les jeux de 2007, en Chine, l'équipe mauritanienne de football avait battu celle du Vénézuéla par trois buts à zéro. « Et cette année, nous rentrerons avec une médaille d'or en raquette ! »