24 août 2009
Pour les athlètes, le « skate » développe le courage, l'endurance et le goût du travail.
Washington - La planche à roulettes ou skate-board, synonyme de prise de risques et de l'intrépidité des jeunes, semble à priori le chemin le moins indiqué pour passer à l'âge adulte. Mais comme elle encourage l'autodiscipline et la persévérance, la pratique de ce sport, l'un des plus populaires des réserves indiennes des États-Unis, est une expérience qui a transformé la vie de nombreux Amérindiens, comme le dévoile une nouvelle exposition au Musée national des Indiens d'Amérique (NMAI), l'un des musées de l'institut Smithsonian situés au cœur de Washington.
« Ramp It Up : Skateboard Culture in Native America », l'exposition à découvrir jusqu'au 13 septembre 2009, relate le dynamisme et la créativité de la culture du skate-board chez les Amérindiens, tout en retraçant l'évolution de ce sport et les exploits des skateurs. Lors d'une interview récente avec America.gov, Betsy Gordon, organisatrice de l'exposition pour le musée, a expliqué que le skate-board met l'accent sur l'importance « du courage, de la force de caractère et de la résilience », facilitant ainsi la « transmission des valeurs amérindiennes par un support moderne ». Ce sport a également donné naissance à un style de musique, à une infographie, à une culture photographique et filmographique et il génère un sens de l'entrepreneuriat lié au monde du skate-board parmi les jeunes athlètes, à l'intérieur comme à l'extérieur des réserves.
On peut certes associer le skate-board à une culture indigène puisque sa création s'apparente à celle de la planche de surf, inventée par les populations autochtones d'Hawaï. Le surf s'est répandu aux États-Unis à la fin des années 50 et au début des années 60, grâce aux films Gidget (1959) et Endless Summer (1966) ainsi qu'à des groupes comme les Beach Boys (Surfin' Safari, 1962) qui confortèrent son statut de passe-temps préféré des adolescents californiens. Ramp It Up informe les visiteurs que le skate-board moderne doit son existence à des innovateurs qui s'inspirèrent des planches de surf en les miniaturisant et en leur ajoutant des roulettes. L'exposition indique que « l'infiltration du surf dans la culture des adolescents américains a servi de porte d'entrée au skate-board », qui est une activité permettant aux jeunes vivant loin de la mer de se défouler sur une planche étroite de bois ou de fibre de verre, même s'ils habitent à des milliers de kilomètres de la plage.
Betsy Gordon a découvert la place de ce sport dans les tribus amérindiennes en travaillant à un autre projet du NMAI qui l'amena à rencontrer le réalisateur Dustin Craig (de la tribu White Mountain Apache/Navajo). M. Craig, qui réalisa des vidéos de skate de lui-même et de ses amis pendant son adolescence, encouragea Betsy Gordon à explorer sa curiosité sur ce sport et c'est ainsi qu'elle commença à assister à des compétitions de skate-board entre tribus et à rencontrer de jeunes skateurs. Pour Mme Gordon, ces athlètes pratiquent ce sport avec « une passion et un sens de l'éthique incroyables ». « Ils tombent beaucoup, se relèvent et persévèrent », remarqua-t-elle.
Les jeunes se mettent au skate-board car « c'est amusant et difficile. Je ne pense pas que la plupart des skateurs soient conscients des origines de ce sport mais certains athlètes adultes comme M. Craig, qui créa la société 4-Wheel Warpony, sont convaincus des bienfaits de ce sport pour véhiculer les valeurs amérindiennes aux jeunes des tribus. La société de M. Craig parraine une équipe de skateurs, appelée 4-Wheel Warpony, composée de jeunes athlètes qui affirment clairement leur identité en portant la robe traditionnelle des Apaches remontant au XIXe siècle. Comme l'indique l'exposition du NMAI, les skateurs de l'équipe 4-Wheel Warpony « s'envolent dans les airs avec des planches qui affichent fièrement des motifs inspirés de la culture amérindienne. »
Ramp It Up présente également d'autres skateurs devenus chefs d'entreprise et qui partagent la même mission. Todd Harder, originaire de la tribu des Creek, est le fondateur de Native Skates, une société de skate-board dont les planches (la partie principale du skate-board) sont décorées de mots issus des langues amérindiennes. (« Si j'arrive à transmettre un peu de savoir aux jeunes, à leur apprendre deux ou trois mots de leur propre langue, je considère avoir fait mon travail », a affirmé Todd Harder.) Jim Murphy, de la tribu Lenni Lenape, a créé une société appelée Wounded Knee Skateboards. En coopération avec Todd Harder, ils ont fondé Nibwaakaawin (Sagesse), qui est la première association amérindienne consacrée « au développement de la créativité, du courage, d'une identité et d'une fierté culturelles tout en encourageant les activités non violentes et physiquement saines par le biais du skate-board. »
Les visiteurs du NMAI peuvent découvrir des athlètes plus jeunes. Bryant Chapo (Navajo), âgé de 20 ans ou les frères Lerma (Augustin et Armando, âgés respectivement de 10 et 7 ans) qui appartiennent aux Agua Caliente (Indiens Cahuilla) comptent parmi les meilleurs athlètes dans leur catégorie. Bryant Chapo, skateur semi-professionnel, est parrainé par sept groupes et il participe à des compétitions au niveau national ainsi qu'à des épreuves organisées par les Amérindiens. Augustin Lerma, qui ambitionne de participer aux X-Games, est scolarisé à l'école Kids That Rip Skateboard à Mesa, dans l'Arizona, « la seule école aux États-Unis qui enseigne les matières traditionnelles et dispense une formation sur le skate », précise l'exposition Ramp It Up.
Les filles aussi font du skate-board, explique Mme Gordon, « mais elles sont peu nombreuses. Quand le skate-board est devenu très physique et plus dangereux, les filles sont restées à la traîne. Mais je suis l'évolution de quelques jeunes filles issues de tribus amérindiennes à Albuquerque au Nouveau-Mexique et j'espère les inviter au NMAI. »
Même si la plupart des jeunes Amérindiens ne deviendront jamais professionnels, leur dévouement à la culture du skate-board dans leurs communautés leur a offert l'occasion de découvrir une large gamme d'activités connexes qu'ils pourront transformer en atouts. Pour Betsy Gordon, la planche à roulettes « enseigne des vertus profondément ancrées dans la tradition mais qui sont toujours d'actualité. De surcroît, ce sport sert de porte d'accès aux mondes de l'art, du cinéma et de l'entrepreneuriat qui peuvent faire vivre les jeunes Amérindiens et leurs communautés. » Les tribus soutiennent les ambitions de jeunes skateurs, a ajouté Mme Gordon. « Certaines tribus ont même installé des arènes de skate pour les jeunes. »
L'exposition Ramp It Up, inaugurée le 12 juin, présente 28 objets et 45 images, dont des photographies d'archives rares, des planches réalisées par des sociétés amérindiennes et des artistes contemporains ainsi que des extraits de films sur des skateurs amérindiens en action.