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10 juin 2008

La « plus grande course à pied » réduite en poussière

Un scandale de dopage éclate aux Jeux olympiques de 1988 dans la ville d'accueil d'un pays asiatique émergent.

 
Ouverture des Jeux de Séoul en 1988
Traditions et technologie ont permis la création d'un spectacle de 3 heures pour l'ouverture des Jeux de Séoul en 1988. (© AP Images)

James Mossop

James Mossop est journaliste sportif au Telegraph, journal basé à Londres ; il a couvert huit fois les Jeux olympiques et assurera également le reportage des Jeux de Pékin. Après avoir fait le compte-rendu des Jeux de Barcelone en 1992, il a reçu le prix de la presse britannique décerné aux journalistes sportifs.

 

Il se souvient plus particulièrement des Jeux de Séoul de 1988 car ils ont changé la nature des reportages et des compétitions olympiques.

Je me souviens des Jeux d'été de Séoul en 1988 car ils ont été pour moi un moment déterminant sur le plan culturel aussi bien que technologique.

Les Jeux ont commencé par la cérémonie d'ouverture dont la superbe chorégraphie a dépassé celle de toutes les cérémonies précédentes. Le stade principal, à l'architecture exquise, était extrêmement impressionnant, avec son toit circulaire recourbé et ses éclairages et ses panneaux d'affichage d'avant-garde. Dans les installations sportives, toute l'électronique, les chronomètres et les instruments de mesure étaient ultramodernes et témoignaient de la sophistication croissante de la Corée du Sud et du plein essor de son économie de pointe.

Des détails plus banals ont affecté ceux dont le travail était de communiquer aux organes de presse étrangers les événements survenant dans la capitale sud-coréenne. Parmi les représentants des télévisions, des radios et des journaux occidentaux, ceux qui parlaient la langue coréenne étaient rares et précieux.

Nos voyages en taxi ont donc constitué des expériences inédites. Les véhicules étaient petits et les chauffeurs qui portaient tous des gants blancs insistaient pour vous faire des sourires au lieu de garder les yeux sur la route.

Ben Johnson en 1988
Après avoir perdu sa médaille d'or au 100 mètres, le sprinter canadien Ben Johnson est entouré par les journalistes. (© AP Images)

C'était particulièrement énervant parce que les chauffeurs de taxis coréens n'étaient pas toujours très disciplinés et ne restaient pas dans leur file comme c'est l'usage en Grande-Bretagne. Je me préparais constamment à une collision imminente. Les taxis de Séoul (et probablement dans le reste du pays) avaient aussi l'habitude de s'arrêter aux arrêts de bus, offrant de transporter des passagers jusqu'à ma destination finale.

Les difficultés technologiques sont venues des ordinateurs portables car pour beaucoup d'entre nous, relater cet événement à l'aide d'une telle machine était une première. Certains d'entre nous n'avaient reçu qu'une heure et demi de formation sur l'ordinateur de base Tandy, puis ils étaient partis pour les Jeux avec le sentiment que le crayon et le papier n'étaient plus les outils de prédilection de la profession.

En plein milieu de la nuit, dans le village des médias, on pouvait entendre les cris de frustration des journalistes qui tentaient d'envoyer leurs articles à leurs rédacteurs sur un ordinateur qui refusait de coopérer.

Pour finir, de nombreux journalistes britanniques ont remis leur ordinateur portable dans leur valise et, reprenant leurs bonnes vieilles habitudes, ont dicté au téléphone leurs articles à leur bureau. Vu le décalage horaire entre la Corée et la Grande Bretagne, cela s'est invariablement traduit par du travail nocturne.

Avec des épreuves du matin au soir tard, la plupart des représentants des médias s'alimentaient le jour chez le vendeur de nouilles dont le stand se trouvait derrière celui des médias. Certains d'entre nous se souviennent des compétitions de Séoul par leur surnom, les « Jeux des bols de nouilles. »

Malgré les problèmes de nourriture, de langue et les difficultés technologiques, la nouvelle qui a malgré tout fait le plus de bruit dans les chambres et les couloirs du village des médias a été l'affaire de dopage révélée au petit matin par l'Agence France-Presse : un test avait établi que le sprinter canadien Ben Johnson s'était dopé.

Immédiatement, la course à l'information a commencé. Les membres du Comité international olympique ont sauté du lit. Les lignes téléphoniques ont été assaillies et les ordinateurs portables qui auraient pu faciliter la communication sont restés muets.

Deux jours plus tôt, tout le monde avait écrit des pages et des pages sur la plus grande course à pied de tous les temps. Johnson avait été dépeint comme un athlète extrêmement impressionnant qui avait parcouru en 39 enjambées le 100 mètres qui le séparait de la ligne d'arrivée et de la médaille d'or. Tout cela était désormais tombé en poussière.

Le héro d'hier était désormais un tricheur qui clamait son innocence, mais tout le monde savait qu'il était coupable. Bien entendu, des fautes professionnelles avaient déjà souillé les Jeux olympiques dans le passé. En 1976, un joueur d'escrime russe à Montréal avait une épée truquée qui lui avait fait gagner toute une série de points illicites. En jetant un regard en arrière, il est aisé de voir dans l'inconduite de Johnson un nouveau moyen de tricher dans une épreuve sportive et la première d'une série d'histoires de dopage.

Johnson s'est fait prendre parce que les avancées technologiques en matière de tests anti-dopage avaient perfectionné les méthodes de dépistage. Depuis la chute déshonorante de Johnson, l'usage du dopage s'est répandu au même rythme que celui des avancées technologiques en matière de dépistage. La liste de la honte comprend de nombreux sportifs connus, désormais tristement célèbres : Marion Jones (course, États-Unis), Kelli White (sprint, États-Unis) et Dwain Chambers (sprint, Grande-Bretagne). Les sprinters grecs Kostas Kenteris et Katerina Thanou ont aussi couvert leur pays de honte lorsqu'ils ont refusé de se faire dépister en 2004 à Athènes et se sont mystérieusement retirés de la compétition juste avant le début des Jeux.

Vingt-quatre infractions ont été relevées lors des Jeux olympiques d'Athènes de 2004, toutes disciplines confondues, et il est certain qu'à l'avenir, d'autres sportifs essaieront de contourner les règlements. Toutefois, l'équipe de dépistage semble progresser et se rapprocher de son objectif, à savoir éliminer le dopage des Jeux olympiques.

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