10 juin 2008
Un journaliste brésilien se souvient du rythme effréné des Jeux de 2004 à Athènes.

Claudio Nogueira
Claudio Nogueira a assuré la couverture des Jeux olympiques de 2004 à Athènes pour le journal de Rio de Janeiro, O Globo. Il se souvient de cette mission comme d'un test d'endurance peu différent de celui auquel sont soumis les athlètes.
Nogueira est journaliste d'O Globo depuis 1987. Il assurera la couverture des Jeux olympiques de Pékin en 2008.
Quand je suis arrivé à Athènes pour rendre compte des Jeux de 2004, j'ai eu l'impression de rencontrer le monde entier dans une seule ville. Les journalistes sont pareils aux athlètes en ce qu'ils rêvent des Jeux et travaillent avec ardeur pour y participer. Écrire des articles sur cet événement est l'une des missions les plus importantes que puisse décrocher un journaliste mais aussi l'une des plus éprouvantes.
Travailler comme journaliste aux Jeux olympiques est difficile. À peine le petit-déjeuner avalé, je me précipitais pour prendre la navette réservée aux médias et me rendre sur les lieux des épreuves ou des entraînements prévus ce jour-là. J'assistais généralement à un événement le matin, à un deuxième après le déjeuner et éventuellement à un troisième le soir. Dans le temps qui séparait les interviews ou les épreuves, j'essayais de rédiger avec autant de rapidité, de talent et de créativité que possible.
Être journaliste aux Jeux olympiques fait aussi de vous un sportif, en quelque sorte. Vous commencez tôt le matin et devez vous dépêcher à tout moment de la journée. Vous coordonnez le travail de reportage des divers événements avec vos collègues, vous courez après les navettes qui relient les différents sites de compétition et vous portez votre ordinateur portable et le reste de votre matériel qui semblent s'alourdir à mesure que la journée s'avance. Je devais aussi trouver le temps d'enregistrer un bulletin quotidien audio pour le site Internet d'O Globo [www.oglobo.com.br] sur un sujet que j'avais déjà couvert pendant la journée. À un moment ou à un autre, j'essayais aussi de trouver le temps d'appeler Vania, ma femme, à la maison.
La journée se terminait par un dîner entre collègues puis j'allais me coucher pour être prêt à affronter une nouvelle journée marathon.
Quand je suis arrivé à Athènes, j'avais déjà une liste d'épreuves à mon calendrier, choisies en fonction de mon expérience journalistique et des sports dans lesquels les Brésiliens étaient censés s'illustrer.
Ma priorité était tout d'abord les exercices au sol de l'épreuve de gymnastique. Le Brésil espérait que Daiane dos Santos, qui avait été championne du monde en 2003, obtiendrait la médaille d'or. Malheureusement, Daiane s'est blessée à la jambe et est arrivée 5e en finale, et la médaille d'or si convoitée lui a échappé. Ce fut la plus grande déception des Jeux d'Athènes pour les Brésiliens.
Après la frustration ressentie la première semaine lors des épreuves de gymnastique, la deuxième semaine, je devais faire un reportage sur l'équipe brésilienne masculine de volley. Le Brésil était alors arrivé jusqu'en finale et jouait contre l'Italie. Pour l'équipe, les enjeux étaient serrés. Le Brésil avait remporté la médaille d'or du volley masculin à Barcelone en 1992 et tout le monde espérait qu'il recommencerait cet exploit. De fait, le match était tendu mais le Brésil a gagné la finale (3 à 1) et remporté la médaille d'or.
J'avais assuré la couverture des Jeux panaméricains de 1999 et de 2003 et j'avais vu les concurrents de mes compatriotes remporter de nombreuses médailles d'or. Mais à Athènes, c'était la première fois que je faisais un reportage sur un Brésilien médaillé d'or. Je dois avouer qu'une médaille d'or, c'est une expérience très différente. C'est le summum, ce qu'il y a de mieux.
Cette histoire est révélatrice du problème auquel sont confrontés tous les journalistes dans les compétitions internationales, à savoir trouver un équilibre entre nos responsabilités professionnelles et nos émotions personnelles. Je suis journaliste mais je suis aussi brésilien. Donc, quand je fais un reportage sur un événement, j'espère bien entendu que les sportifs brésiliens vont gagner. D'un autre côté, je ne suis pas là pour les encourager. Au cours de ma carrière, j'ai appris à modérer mon enthousiasme et à suivre une compétition dans le rôle de l'observateur accrédité par un journal pour écrire ce qu'il voit. Écrire, c'est mon devoir. Lorsque j'écris pour un journal, je m'inscris en quelque sorte dans l'histoire et dans celle de mon pays, dans le contexte de l'événement mondial que sont les épreuves olympiques.