10 juin 2008
Un champion olympique déploie une volonté de fer pour se remettre d'un grave accident.

Rulon Gardner
Le lutteur Rulon Gardner a grandi dans un ranch du Wyoming et gagné sa place dans les annales olympiques aux Jeux de Sydney en 2000. Dans un match qualifié de « miracle sur le tapis » il a gagné contre le Russe Alexandre Kareline, son rival dans la catégorie poids lourds, qui n'avait pas perdu en 13 ans avant sa rencontre avec le fermier américain. Mais la plus grande victoire de Gardner a été, dit-il, celle des Jeux d'Athènes, en 2004, lorsqu'il a gagné la médaille de bronze. Voilà qui paraît pour le moins paradoxal, quand on pense à la médaille d'or qu'il avait gagnée 4 ans auparavant : c'est que Gardner a gagné sa deuxième médaille après un accident qui l'avait laissé les pieds gelés. Les médecins lui avaient dit qu'il risquait de ne plus pouvoir marcher et que sa carrière olympique était sans doute terminée.
C'était le 2 février 2002. Avec deux amis, nous avons décidé d'aller faire de la motoneige. Je voulais m'amuser avec mes amis, me décompresser un peu, alors on est partis. Je me suis égaré dans un endroit où mes amis ne pouvaient pas me rejoindre. La seule manière de me sauver était de suivre la rivière. Alors j'ai suivi la rivière jusqu'à ce que ma motoneige se coince entre deux rochers. J'ai essayé de la dégager mais j'ai glissé et je suis tombé dans l'eau. Je me suis rendu compte que j'étais dans une mauvaise passe. J'étais moins bien préparé que j'aurais dû l'être : manteau, gants, chapeau, allumettes, je n'avais rien de tout cela. J'ai passé toute la nuit dehors et au matin il faisait moins trente. En tout, j'ai passé 18 heures perdu tout seul.
Pour survivre, je savais que je n'avais qu'une solution, me battre et continuer à me battre.
Enfin, on m'a secouru. Pendant ma convalescence, tous les jours je me disais que j'allais reprendre la compétition. Certains me demandaient : « Pourquoi veux tu reprendre ? » Pour moi, ce n'était pas pour les médailles ou quoi que ce soit d'autre. Je devais revenir et faire ce que je désirais faire plus que tout au monde : me remettre à la lutte. Beaucoup doutaient de moi et mes chances de me qualifier pour l'équipe olympique étaient très minces, mais je suis revenu. J'étais déterminé, je savais ce que j'avais à faire et je me moquais de ce que les autres pensaient.
J'étais le cadet de neuf enfants, alors avec huit frères et sœurs, il faut savoir qui on est, ce qu'on veut et ce qu'on veut faire dans la vie. Il faut se rendre spécial et la seule manière, c'est de faire preuve de détermination chaque jour.
Quand j'étais jeune, je n'étais pas vraiment bon à la lutte. J'avais un frère qui était de 16 mois plus vieux et pendant toute ma scolarité, il m'a battu mais j'ai continué à m'entraîner et en dernière année j'ai gagné le championnat de l'État.
Et en 3e ou 4e année d'université, un jour, je me suis dit : « J'ai peut-être une chance d'aller aux Jeux olympiques. » Alors j'y ai pensé et je me suis dit qu'il fallait que je me donne à 100 % tous les jours et que je réalise tout mon potentiel. Je n'allais pas faire les choses à moitié, il fallait que ce soit tout.

Lorsque j'ai commencé à m'entraîner pour les Jeux, le champion américain poids lourds était Matt Ghaffari. Il avait été deuxième aux Jeux de 1996 et deuxième au championnat du monde en 1998. Il était meilleur que moi mais tous les jours, en me levant, je me disais : « Tu ne le battras peut-être pas aujourd'hui ou demain, mais un de ces jours tu le battras. » C'est ce qui me poussait à devenir meilleur.
Maintenant lorsque je m'adresse aux jeunes et que je leur dis qu'ils pourraient aller aux Jeux olympiques, ils me répondent : « C'est cela ! Vous plaisantez n'est-ce pas ? » et je leur raconte comment j'ai fait. C'est une question de comprendre de l'intérieur que l'on peut devenir fort et puissant.
Lorsque je suis allé aux Jeux olympiques, je voulais représenter les États-Unis, je voulais représenter tous les Américains et les rendre fiers. C'est pour cela que les athlètes olympiques participent aux compétitions, pas pour gagner des médailles ou quoi que ce soit, c'est pour représenter leur pays et montrer leur amour de la patrie.
Bio-express de Rulon Gardner
Date de naissance : 16 août 1971
Lieu de naissance : Afton (Wyoming)
Carrière olympique
Sydney, 2000 : médaille d'or de lutte gréco-romaine, catégorie poids lourds
Athènes, 2004 : médaille de bronze de lutte gréco-romaine, catégorie poids lourds
USA Wrestling, 2001 : « Homme de l'année »
Aujourd'hui, Rulon Gardner donne des conférences et a écrit son autobiographie Never stop pushing. Il assurera le reportage radio aux Jeux de Pékin en 2008.