Sports | La quête de l'excellence

10 juin 2008

Le sommet absolu

Un coureur d'origine kényane devrait porter les couleurs américaines en 2008.

 
Bernard Lagat en 2007
Bernard Lagat, suite à sa victoire de la course de 5.000 mètres à Osaka (Japon) en 2007. (© AFP/Getty Images)

Bernard Lagat

Le coureur kényan Bernard Lagat est prêt à participer à des Jeux olympiques pour la troisième fois mais, cette fois, à Pékin, il fera partie de l'équipe américaine. Pour Lagat, détenteur actuel du record américain du 1.500 m, la route a été longue pour arriver à ce point dans sa vie et dans sa carrière d'athlète.

La grande idée des Jeux olympiques, et ce qui leur donne tout leur sens, est de rencontrer des athlètes de tous les pays et de célébrer l'humanité par le sport. Mais cette année, je vais aussi essayer de gagner une médaille d'or. C'est mon but maintenant. J'ai gagné la médaille de bronze en 2000 à Sydney comme membre de l'équipe olympique kényane et, à Athènes en 2004, j'ai gagné l'argent contre le grand Hicham El Guerrouj, le Marocain. Alors je pense que c'est à mon tour de faire de mon mieux pour gagner l'or dans le 1.500 mètres.

Ce serait fantastique d'avoir toute la collection des médailles olympiques : bronze, argent et or.

Je suis vraiment heureux de courir pour les États-Unis parce que j'ai réalisé beaucoup de rêves que je croyais impossibles. Je suis fier de faire partie de la révolution en cours en Amérique où l'athlétisme est de plus en plus reconnu et où les athlètes deviennent toujours meilleurs.

Pour moi, participer encore une fois aux Jeux olympiques avec le maillot américain serait le sommet absolu. Représenter les États-Unis et gagner l'or seraient le couronnement.

C'est ce genre de possibilité qui a joué un grand rôle dans ma décision de devenir un citoyen américain, de vouloir m'installer aux États-Unis, chercher à vivre comme n'importe quel autre citoyen et mieux assurer l'avenir de ma famille.

Je suis venu aux États-Unis en 1996 pour étudier à la Washington State University. J'ai obtenu mon diplôme en science décisionnelle et systèmes d'informatique de gestion en 2001.

J'étais content d'étudier en Amérique avec mon visa d'étudiant ; j'étais venu pour étudier et après, j'allais rentrer dans mon pays. Mais mes camarades de chambre m'ont parlé du programme du Diversity Visa, qui permet aux résidents de certains pays de demander une carte de résident permanent, la « carte verte ». Quelque 50.000 demandeurs sont sélectionnés chaque année. Mes camarades de chambre ont dit : « Faisons tous une demande ». Alors, j'ai fait une demande et j'ai eu de la chance car j'ai reçu un papier disant : « Félicitations, vous avez gagné la loterie du DV ».

Maintenant, je fais venir ma famille en Amérique. Il m'a certes été difficile de renoncer à ma citoyenneté kényane mais je pense avoir pris la meilleure décision possible pour moi.

La possibilité de travailler et de gagner de l'argent aux États-Unis me permet d'aider mes concitoyens au Kénya. J'ai lancé ma fondation en 2003 pour aider les élèves de familles pauvres qui étaient dans les cinq premiers de leur classe : ma fondation vise en effet les résultats scolaires. Au Kénya, il y a des enfants intelligents qui risquent d'être renvoyés chez eux parce qu'ils ne peuvent pas payer les frais de scolarité. Alors ma fondation les aide à payer la scolarité pendant toute une année. Si je peux aider une famille, si je peux aider à éduquer un enfant, cela fait une grande différence.

La violence qui a éclaté au Kénya après les élections de décembre (2007) m'a vivement inquiété. Les enfants étaient censés reprendre l'école en janvier mais les troubles ont retardé la reprise des classes, un mois a été perdu et cela a retardé les études des enfants. Maintenant ils doivent « bûcher » pour boucler les programmes à la fin du trimestre. C'est très perturbateur.

Bernard Lagat en 2007
Bernard Lagat, suite à sa victoire de la course de 5.000 mètres à Osaka (Japon) en 2007. (© AFP/Getty Images)

Et puis, il y a la violence. Le Kénya est un pays paisible. Il était un modèle de paix en Afrique, l'économie était bonne. Et d'un seul coup, cette violence électorale a tout mis sens dessus-dessous. Je suis inquiet pour la sécurité de mes amis, de mes concitoyens, de mes parents là-bas. J'ai encore de la famille au Kénya et c'est quelque chose qui m'inquiète.

Mais quand on regarde les choses du bon côté, je suis persuadé que nous arriverons à une solution, et je suis certain que le Kénya va retrouver la paix.

Bio-express de Bernard Lagat

Date de naissance :       12 décembre 1974

Lieu de naissance :        Kapsabet (Kénya)

Athlète olympique kényan :

2000, Sydney :   médaille de bronze, 1.500 m

2004, Athènes :   médaille d'argent, 1.500 m

Six fois gagnant du Wannamaker Mile aux Jeux de Millrose de New York, la plus ancienne compétition d'athlétisme en salle des États-Unis

2006 : champion américain du 1.500 m et du 5.000 m

2007 : champion américain du 5.000 m

Championnats du monde d'Osaka 2007 : médaille d'or du 1.500 m et du 5.000m

National Collegiate Athletic Association (NCAA) : Athlète masculin de l'année pour les sports en salle, 1999

Aujourd'hui : Bernard Lagat devrait représenter les États-Unis aux Jeux olympiques de Pékin. Il est devenu citoyen américain en 2004 et père en 2006, lorsque sa femme a donné naissance à leur fils Miika Kimutai Lagat ; ils sont domiciliés à Tucson (Arizona).

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