Sports | La quête de l'excellence

10 juin 2008

La foule nous a soulevés

Bart Conner se souvient de la joie ressentie « du simple fait de sa présence ».

 
Bart Conner s'entraînant en 1980
Bart Conner s'entraînant sur les barres parallèles, épreuve qui lui a valu une médaille d'or en 1984. (© Focus on Sport/Getty Images)

Les Jeux vus de l'intérieur

Bart Conner

Le gymnaste Bart Conner s'est qualifié pour l'équipe olympique des États-Unis en 1976, 1980 et 1984. Il a remporté deux médailles d'or en 1984 : une médaille individuelle pour les barres parallèles et une médaille pour une compétition d'équipe complète.

Quand j'avais environ neuf ou dix ans, je pouvais faire un appui renversé vertical pendant cinq minutes et je pouvais rebondir contre le mur d'un coup de pied pour finir en appui renversé. Si je voulais me rendre du salon à ma chambre à coucher, mon défi était d'essayer de le faire en marchant sur les mains.

À l'époque nous avions 13 marches en bois qui nous menaient au sous-sol. La plupart des parents auraient dit « mais enfin, tu vas te casser le cou ! » Ma mère n'était pas précisément ravie, mais elle savait que ça me passionnait, alors elle disait : « Prends soin de mettre un tas de matelas et d'oreillers au bas de l'escalier si jamais tu tombes. » C'est ce que nous avons fait et je me suis entraîné à descendre l'escalier sur les mains.

À l'école, nous faisions de la gymnastique pendant l'éducation physique, le prof, un type qui s'appelait Les Lange m'a dit, « tu es vraiment bon. Est-ce que cela t'intéresserait de voir ce qu'est vraiment la gymnastique ? »

Il m'a donc emmené au lycée où ils avaient un assez bon programme. Nous sommes allés dans le gymnase et ça m'a branché tout de suite. Il y avait des anneaux, des barres, des trampolines, des choses à partir desquelles on pouvait se balancer ou sauter. Monsieur Lange m'a hissé aux barres parallèles. Je me suis balancé plusieurs fois et j'ai fait un appui renversé pour la première fois de ma vie sur des barres parallèles. Pour moi c'était beaucoup moins dangereux que de descendre les escaliers sur les mains. Ce fut pour moi le moment décisif où je me suis dit, « je veux devenir gymnaste. »

J'étais petit, j'étais fort. Je pouvais marcher sur les mains. Je pouvais faire des sauts en arrière dans le jardin. Cela m'a donné confiance en moi, parce que je pouvais faire des trucs impressionnants que mes amis ne pouvaient pas faire.

Quand je suis arrivé en quatrième, j'étais champion des Jeux olympiques pour jeunes. J'avais 14 ans.

J'ai eu de nombreuses rencontres internationales. Ma première compétition a été à Montréal en 1976, j'avais 17 ans. Je commençais à bénéficier d'un grand nombre d'avantages amusants de ma participation à la gymnastique.

À l'âge de 18 ans, je me suis qualifié pour l'équipe des Jeux de 1976. Nous avons fini 7e en tant qu'équipe et j'ai terminé en 46e place au classement général individuel. Mais dès 1979, j'étais champion du monde. En 1980, je m'apprêtais à partir pour les Jeux olympiques de Moscou, mais les États-Unis les ont boycottés (pour protester contre l'invasion soviétique de l'Afghanistan).

Mes dernières olympiades ont été celles de Los Angeles en 1984. J'avais 26 ans à l'époque - ce qui est très vieux pour un gymnaste.

Sept mois plus tôt, lors d'une compétition internationale au Japon, je m'étais déchiré le biceps sur les anneaux. Une fois les pieds sur terre, je me suis dit « c'est un moment décisif dans ma carrière. Je risque d'être éliminé des Jeux olympiques. Il se peut que je sois déjà fini. » Je me retrouvais à un âge avancé où une blessure en fin de carrière signifiait souvent « le jeu est terminé. » Pourtant, il m'est venu une drôle de sensation et je me suis dit, « je vais me qualifier pour l'équipe olympique en 1984 et je vais défiler dans le stade. »

Je me suis vu en train d'entrer dans le stade, saluant la foule et je pouvais entendre l'annonceur qui disait, « Mesdames et messieurs, l'équipe masculine des États-Unis. Jamais je ne l'aurais jamais cru il y a sept mois, mais devinez ? Bart Conner fait partie de l'équipe. » Je me suis joué le scénario dans la tête. J'étais là avec une vessie de glace sur le bras en train d'essayer de me rendre à l'aéroport de Tokyo pour me faire opérer aux États-Unis, et j'avais déjà imaginé comment je voulais que la scène se déroule.

Bart Conner à l'école de gymnastique de Norman (Oklahoma)
Bart Conner à l'école de gymnastique dont il est le copropriétaire avec son épouse Nadia Comaneci et Paul Ziert. (© AP Images)

Par conséquent, lorsque j'ai effectivement défilé lors de la cérémonie d'ouverture en 1984, ce fut pour moi très émouvant. Il y avait beaucoup de raisons pour lesquelles je ne devais pas y être, mais j'y étais.

Je me souviens surtout en train d'arriver dans le Colisée de Los Angeles. Il devait y avoir, je ne sais pas, peut-être 80.000 ou 90.000 personnes, comme un océan. Nous sommes entrés et nous avons entendu le hurlement de la foule. Je marchais aux côtés de mon coéquipier, Jim Hartung, qui avait été un de mes rivaux depuis que nous avions 10 ans. J'ai dit à Jim, « tu ne trouves pas que ça serait marrant si on voyait nos parents ? » Et Jim me répond, « Hé, regarde, c'est ta maman. » Il y avait une section réservée aux parents des olympiens américains et Jim avait remarqué un groupe de personnes brandissant des drapeaux américains et il a aperçu ma mère.

Je me souviens d'une sensation de calme lorsque nous avons aperçu nos parents. Après toutes ces années de travail, nous jouissions du simple moment d'être là. Je ne savais pas ce qui allait se passer au cours des quinze prochains jours, mais j'avais réussi. Pouvoir partager ce moment, cet instant même avec ma famille était assez puissant. Ils me saluaient et je les saluais, tout cela avec cette sensation « regardez ce que nous avons fait ensemble. » Ce fut un sentiment de fierté immense.

Nous avons pris part à cette compétition et avons ressenti cet appui incroyable. Ce fut comme si la foule nous soulevait, comme si nous ne pouvions rien faire de mal.

En gymnastique lorsque vous faites une réception parfaite, on dit « tu piles » (Stick) ta réception ou ton atterrissage, et nous voilà en train de piler à droite et à gauche, bien au-delà de ce que nous pensions être capables de faire. J'ai vu une vidéo de cette épreuve l'autre jour. J'ai fait une réception parfaite, sans déséquilibre d'une très haute barre. J'ai levé la tête et la caméra a capté cette expression sur mon visage qui disait, « Wow ! C'est incroyable, vous avez-vu ça ? Je réussis rarement à piler cette épreuve et cette fois je l'ai parfaitement réussie. »

Il se passe énormément de choses aux Jeux qui sont indépendants de votre volonté. Pour avoir suffisamment de chances de gagner quelque chose, il faut que certains facteurs entrent en jeu, mais vous êtes certes avantagés lorsque les Jeux ont lieu chez vous à cause de l'appui de la foule. Nous avons été emportés par cette vague d'enthousiasme et de solidarité émanant de nos compatriotes.


Biographie de Bart Conner

Date de naissance : le 28 mars 1958

Lieu de Naissance : Chicago (Illinois)

Champion olympique américain

·        1976 Montréal

·        1980 Moscou : Le boycottage de Jeux à la suite de l'invasion soviétique de l'Afghanistan empêcha l'équipe de participer.

·        1984 : Médailles d'or en gymnastique d'équipe et barres parallèles.

Il obtient le premier score parfait de 10 dans l'histoire des Jeux d'été.

Il remporte tous les championnats aux épreuves aux niveaux universitaire, local et international.

Admis au International Gymnastics Hall of Fame (Panthéon de la gymnastique) en 1996.

Aujourd'hui : Bart Conner est copropriétaire d'une école de gymnastique à Norman (Oklahoma) avec son épouse la championne olympique roumaine Nadia Comaneci et son ancien entraîneur Paul Ziert. Ce partenariat est aussi propriétaire de plusieurs entreprises ayant trait à la gymnastique, dont International Gymnast magazine et Grips, etc., une boutique qui vend des articles de gymnastique en ligne. Conner et Comaneci seront des annonceurs de télévision aux Jeux olympiques de 2008. Ils ont un fils qui est né en 2006.

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