03 juin 2009
Des agences publiques américaines et des entreprises privées collaborent dans ce dessein.
Washington - Les habitants de la Terre sont encore loin des voyages interplanétaires couramment évoqués dans les œuvres de science-fiction mais, aux États-Unis, des agences fédérales et des entreprises privées sont en train de préparer les premières étapes essentielles qui permettront de rendre l'espace de plus en plus accessible et abordable à des fins de travail et de loisir.
Aujourd'hui, les spatioports privés du monde entier connaissent une activité croissante. Des véhicules commerciaux de lancement mettent régulièrement en orbite des satellites scientifiques, de communication ou de détection à distance. Et des citoyens peuvent, à titre privé, payer 20 millions de dollars ou plus pour passer dix jours dans la Station spatiale internationale, ou 5.000 dollars pour embarquer sur un Boeing 727 modifié qui, en effectuant des manœuvres paraboliques, leur permet de faire l'expérience de l'apesanteur.
Aux États-Unis, la NASA et l'Administration fédérale de l'aviation (FAA) sont les deux principales agences fédérales impliquées dans le développement d'une industrie du transport spatial.
Au sein de la FAA, le Bureau des transports commerciaux dans l'espace octroie des licences à des organisateurs de lancements et à des spatioports commerciaux, et distribue des ailes d'astronaute.
La NASA est en train de dépenser des milliards de dollars afin d'aider certaines compagnies sélectionnées à construire et exploiter leurs propres vaisseaux de transport de chargements vers la Station spatiale internationale. Or, lorsque, en 2010, la NASA retirera la navette spatiale de la circulation, seules l'Agence spatiale fédérale russe Roscosmos et l'Agence spatiale européenne auront cette capacité.
« La NASA doit investir dans des techniques de pointe », a déclaré Alan Lindenmoyer, directeur du programme Fret et équipages commerciaux au centre spatial Johnson de la NASA à Houston, lors d'un entretien accordé à America.gov. « Nous devons nous consacrer à la tâche difficile d'envoyer de nouveau des hommes dans l'espace et d'explorer la Lune, Mars et au-delà. Lorsque la technologie aura fait ses preuves, nous devrons la placer entre les mains de l'industrie afin qu'elle gère ces systèmes de façon plus efficace. »
Le transport spatial
La NASA est mandatée pour promouvoir les activités commerciales dans l'espace depuis sa création en 1958. En 2005, sous la houlette de l'administrateur de l'époque, M. Michael Griffin, et avec l'approbation de la Maison-Blanche et du Congrès, la NASA a autorisé le décaissement de 500 millions de dollars sur cinq ans (2006-2010) au titre du soutien à l'industrie du transport spatial commercial et de la création d'un marché concurrentiel pour les vols d'approvisionnement de la Station spatiale.
Dans le cadre de son programme Fret et équipages privés, la NASA a créé des partenariats de Services de transports commerciaux orbitaux et mis l'industrie au défi de donner des preuves de sa capacité d'assumer l'une des quatre tâches suivantes : transport de chargement non pressurisé, transport de chargement pressurisé, transport et retour de chargement, et transport d'équipages.
La NASA a reçu 21 propositions et en a choisi deux : l'une de Space Exploration Technologies Corp. (Space X) de Californie (contrat de 278 millions de dollars), l'autre de RocketPlane-Kistler (Oklahoma - contrat de 208 millions de dollars). Il s'agira de mettre au point et de tester des véhicules, des systèmes et des opérations nécessaires à l'entretien d'une installation humaine du type de la Station spatiale. Chaque société était tenue de franchir une série d'étapes tout au long de l'évolution des travaux.
La NASA s'est désengagée de son contrat avec Kistler en octobre 2007, a expliqué M. Lindenmoyer, parce que l'entreprise avait pris du retard. Après un autre appel d'offres qui a débouché sur 13 propositions, la NASA a choisi Orbital Sciences Corporation (Virginie), avec laquelle elle a passé un contrat de 170 millions de dollars.
La société Orbital devrait démontrer sa capacité de transporter des chargements pressurisés lors d'un vol vers la Station spatiale qu'elle effectuera en mars 2011. La société Space X a l'intention d'effectuer trois vols : le premier, prévu avant la fin 2009, concernera sa fusée de lancement Falcon 9 et sa capsule Dragon. La capsule Dragon effectuera plusieurs orbites autour de la Terre, rentrera dans l'atmosphère et amerrira au large des côtes de la Californie méridionale.
Le deuxième vol, prévu en 2010, passera très près de la Station spatiale internationale. Le troisième aura lieu à la fin de la même année, et s'arrimera à la Station spatiale.
En décembre 2008, la NASA a passé des contrats avec Orbital Sciences et Space X pour fournir des services de livraison de chargements à la Station spatiale, commandant huit vols d'une valeur estimée à 1,9 milliard de dollars à Orbital et douze vols d'une valeur de 1,6 milliard de dollars à Space X. Ces contrats, qui ont débuté en janvier et sont en vigueur jusqu'en 2016, prévoient la livraison d'un minimum de 20 tonnes de fret à la Station spatiale.
« Les voyages dans l'espace sont devenus plus faciles, moins chers et plus routiniers », a déclaré M. Lindenmoyer, « et nous avons l'occasion de contribuer à cette évolution ».
La sécurité est prioritaire
La mission du Bureau pour les transports privés dans l'espace (AST) de l'Administration fédérale de l'aviation (FAA) comporte deux éléments : assurer la sécurité du public lors des lancements privés de fusées et de leur rentrée dans l'atmosphère mais aussi encourager, faciliter et promouvoir les transports privés dans l'espace.
La licence de lancement est l'un des outils les plus importants dont dispose la FAA pour s'acquitter de la première tâche, à savoir la sûreté du public, a dit à America.gov l'administrateur adjoint pour les transports privés dans l'espace George Nield. Tout citoyen ou firme des États-Unis doit obtenir une telle licence du bureau pour les transports privés dans l'espace avant de procéder à un lancement de fusée de n'importe quel point du monde.
« Au fil des ans, nous avons octroyé 196 licences et tous les lancements que nous avons autorisés se sont achevés sans faire de victimes, de blessés graves ou de dégâts importants au sein de la population », a précisé M. Nield. « Nous sommes fiers de ce niveau de sécurité et nous espérons qu'il sera maintenu. »
L'AST octroie également les licences nécessaires aux sites de lancement et de rentrée des fusées dits spatioports. On note, parmi ces derniers, le SpaceFlorida à Cap Canaveral, le Spatioport de la région centrale de la côte est des États-Unis sur l'île Wallops, en Virginie, l'Installation de lancement Kodiak, en Alaska, le Port aérien et spatial de Mojave en Californie, le Spatioport d'Oklahoma à Burns Flat, et le tout dernier Spatioport America du Nouveau-Mexique qui a reçu une licence en décembre 2008.
Chaque port spatial est soumis à un examen approfondi à divers niveaux : sa mission et son règlement intérieur sont évalués (par plusieurs entités du gouvernement fédéral), de même que son dispositif de sécurité, son impact écologique, sa situation financière et le chargement des fusées.
« Il y a quelques entités avec lesquelles nous travaillons actuellement pour voir si elles pourraient ouvrir d'autres spatioports », a ajouté M. Nield. « Nous nous attendons à beaucoup d'intérêt et d'activités dans le domaine des spatioports dans les prochaines années. »
À l'étranger, on prévoit aussi de construire des spatioports, comme en Écosse, en Suède, à Singapour et dans les Émirats arabes unis, a indiqué M. Nield, et « ces installations seront destinées surtout à des vols privés suborbitaux (soit à la frontière entre l'atmosphère de la terre et l'espace) comme certaines compagnies telles Virgin Galactic ont proposé d'en offrir au public ».
L'AST a décerné des ailes d'astronautes à Mike Melville et Brian Binnie, qui ont effectué des vols privés dans l'espace à bord de SpaceShipOne, l'avion spatial mis au point par Scaled Composites qui a effectué en 2004 le premier vol habité dans l'espace financé par des fonds privés.
M. Nield a déclaré que l'AST continuera à décerner des ailes aux futurs astronautes commerciaux.