06 juin 2008
Un programme international a permis le premier atterrissage dans la région polaire de la planète rouge.
Washington - Le 25 mai, la quatrième planète à partir du Soleil a accueilli un nouveau visiteur : Phoenix, le vaisseau spatial à trois pieds de la NASA, a fait sa descente sur les plaines arctiques de Mars, a ouvert les yeux et s'est mis à relayer des images du paysage parsemé de cailloux.
Après un trajet de 679 millions de kilomètres à partir de la Terre, le vaisseau spatial a atterri dans une région qui s'appelle Vastitats Borealis à 68 degrés latitude nord et à 234 degrés latitude est. Quinze minutes plus tard, l'orbiteur Mars Odyssey a relayé un message du Phoenix, faisant savoir aux ingénieurs qu'il avait bien effectué la dernière et difficile étape de la descente.
Le lander a relevé un défi extrêmement difficile. En effet, dans le contexte de l'histoire mondiale de l'exploration spatiale, seulement 5 des 13 tentatives d'atterrissage sur Mars ont été un succès.
Phoenix a percé l'atmosphère martienne à une vitesse de près de 5,8 km par seconde, déclenchant une série d'événements de sept minutes destinés à ralentir la sonde jusqu'à la vitesse de 0,002 km par seconde avant de se poser sur le sol. Durant ce que la NASA a qualifié de « sept minutes de terreur, » un des ingénieurs annonçait chaque événement au fur et à mesure qu'il était relayé par radio.
Avec la réussite de chaque étape cruciale - séparation de l'étage de croisière, l'ouverture du parachute, le largage du bouclier thermique - les membres de l'équipe de mission au centre de contrôle de la Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la NASA, à Lockheed Martin Space Systems au Colorado et à l'université de l'Arizona, ont applaudi. Lorsqu'ils ont appris que Phoenix s'était posé sur le sol sans problème, ce fût le déchaînement, ils se sont mis à hurler de joie, à rire, à s'embrasser et à se donner des accolades.
« Même dans mes rêves cela n'aurait pas pu mieux se dérouler, » à déclaré Barry Goldstein, chef du projet Phoenix du JPL à la NASA, au cours d'une conférence de presse donnée après l'atterrissage.
Du JPL, Michael Griffin, administrateur de la NASA, a qualifié l'atterrissage de « l'une des gloires techniques de l'industrie, » et a ajouté que les experts qui se sont consacrés à cette difficile mission « ont réussi à donner l'impression que ce fut une tâche facile. »
À la tête de la mission Phoenix figurent Peter Smith de l'université de l'Arizona, JPL chargé de la gestion du projet en Californie et Lockheed Martin partenaire de développement à Denver.
Les contributions internationales à la mission sont venues de l'Agence spatiale canadienne, de l'université de Neuchâtel en Suisse, les universités de Copenhague et d'Aarhus au Danemark, de l'Institut Max Planck en Allemagne et de l'Institut météorologique de la Finlande. L'Agence spatiale européenne et le Conseil des centres scientifiques et technologiques du Royaume-Uni ont également participé à l'effort.
Cycle de collecte d'echantillons
La mission prévue sur Mars du vaisseau spatial Phoenix est de 90 jours martiens - un jour s'appelle un « sol »- et dure environ 40 minutes de plus qu'un jour terrestre. Au cours des quelques prochains jours sur la planète rouge, les tâches du Phoenix consisteront à vérifier certains instruments et systèmes et à capter des images supplémentaires du milieu martien.

Après cette première étape, l'équipe du Phoenix aura moins de 90 jours pour mener des recherches sur une série de cycles d'excavation et d'analyse du sol martien. Dans un premier temps Phoenix creusera jusqu'à la couche de glace et analysera le sol qui se trouve à la surface, sur la couche de glace et entre les deux couches. Il récoltera aussi des échantillons qui seront analysés par les instruments à bord du vaisseau spatial.
Un instrument crucial permettra de détecter de l'eau et des composantes à teneur de charbon en faisant chauffer des échantillons du sol dans des minuscules fours et en examinant les vapeurs qui s'échappent. Un autre instrument permettra d'analyser les échantillons du sol en y ajoutant de l'eau et en analysant les éléments de la dissolution.
Les caméras et les microscopes fourniront des données sur toute une échelle de dimensions - allant d'éléments microscopiques à une levée topographique du milieu par une camera montée sur un pylône. Une station météorologique fournira des informations sur les processus atmosphériques d'une région arctique dans laquelle une couche de glace de carbone dioxyde va et vient avec les saisons.
L'eau et la vie
La planète Mars est un vaste désert où l'eau ne se trouve pas sous forme liquide à la surface. Une exception pourrait être certains jaillissements éphémères qui auraient été suggérés pour expliquer des flots plus récents de liquides le long des rigoles martiennes. Or, la surface aride n'est pas toute l'histoire. D'autres missions sur Mars ont découvert que l'eau sous forme liquide a existé à certaines époques dans l'histoire de la planète et qu'il existe encore de grandes quantités de glace d'eaux près de sa surface.
L'eau est l'élément clé qui permet de répondre à quatre des plus importantes questions concernant Mars :
· La planète peut-elle accueillir la vie ?
· Comment doit-on se préparer pour explorer Mars ?
· Que peut Mars apprendre aux scientifiques en matière de changement climatique ?
· Quelles sont les différences du processus géologique entre la Terre et Mars ?
Étant donné que l'eau est essentielle à la vie, qu'elle constitue une ressource potentielle pour les explorateurs humains et qu'elle est un facteur déterminant du climat et de la géologie, la NASA a décidé de se centrer sur l'eau au cours de cette mission d'exploration. Les trois principaux objectifs scientifiques de la mission consistent à étudier l'histoire de l'eau dans tous ses formes, à déterminer si le sol arctique martien pourrait accueillir la vie et à étudier le climat martien d'une optique polaire.
Mais Phoenix va accomplir beaucoup plus que l'exploration de la planète rouge, a déclaré Doug McCuistion, directeur du programme d'exploration au siège de la NASA à Washington. Il va préparer la voie pour la prochaine, le laboratoire scientifique de Mars qui sera lancé en 2009 et qui déploiera un rover à longue distance avec à bord des instruments scientifiques de pointe pour Mars.
« Il n'ira pas au pôle, » a-t-il déclaré, « donc il ne verra vraisemblablement pas de glace mais il va recueillir des échantillons d'un grand nombre d'éléments et nous aidera à comprendre (dans d'autres régions) ce que Phoenix va nous aider à comprendre dans les régions polaires du nord. »