Dépasser les frontières du connu

17 juillet 2008

Le sol martien ressemblerait au sol terrestre, selon les scientifiques

Résultats de la première analyse de chimie « humide » effectuée sur une autre planète

 
Le pôle nord de Mars
Mosaïque des tempêtes de poussière au pôle nord martien. (NASA/JPL/Systèmes scientifiques de l'espace Malin)

Washington - Le sol qui se trouve immédiatement sous la surface d'un point des plaines arctiques de Mars est semblable à celui de vallées sèches de l'Antarctique et d'autres lieux terrestres, ont dit les scientifiques dans la description des résultats de la première analyse de chimie « humide » effectuée sur une autre planète.

Le microscope analyseur d'électrochimie et de conductivité (MECA) de la sonde Phoenix de la NASA a effectué l'analyse le 25 juin, révélant que le sol des environs immédiats de la sonde spatiale est alcalin et non pas acide.

« Ce qu'il y a d'étonnant en ce qui concerne Mars, c'est que ce n'est pas un monde étranger », a déclaré au cours d'une séance d'information le 26 juin le chercheur Sam Kounaves de l'université Tufts, chargé de la direction des expériences de chimie humide (c'est-à-dire par dissolution d'échantillons dans l'eau) menées par la sonde. « Il ressemble à la Terre par beaucoup de côtés. La chimie et la minéralogie sont les mêmes sur Mars et sur la Terre. »

Le sol martien, a-t-il ajouté, est sans doute le type de sol que vous avez dans votre jardin : alcalin. Vous pourriez peut-être y faire pousser facilement des asperges, mais pas des fraises. ».

Les expériences de chimie humide de Phoenix prévues pour les deux premiers jours sont à 80 % achevée. Le vaisseau spatial possède trois autres modules de chimie humide qui serviront plus tard dans la mission.

Les possibilités de vie sur Mars

L'analyse d'environ un centimètre cube de sol pour y trouver des éléments inorganiques a également révélé la présence de toute une gamme de composants salins, notamment du magnésium, du potassium et du chlore.

« Essentiellement, nous avons trouvé ce qui paraît être les nutriments nécessaires pour entretenir la vie », dont des microbes, a dit M. Kounaves, « que ce soit dans le passé, le présent ou l'avenir ».

La sonde Phoenix a posé ses trois pieds sur le sol de la planète rouge, après un périple de 679 millions de kilomètres, dans une région dénommée Vastitas Borealis à 68 degrés de latitude nord et 234 degrés de longitude est le 25 mai et elle envoie depuis des données sur le sol et l'atmosphère de Mars. Phoenix est arrivée à peu près au tiers de sa mission prévue de 90 jours. (Voir « Un atterrissage parfait sur Mars marque le début d'une nouvelle expédition ».)

À la tête de la mission Phoenix figurent Peter Smith, principal chercheur à l'université de l'Arizona à Tucson, le Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la NASA en Californie et Lockheed Martin, partenaire de développement à Denver (Colorado).

Diverses entités internationales apportent des contributions au projet, notamment l'Agence spatiale canadienne, l'université de Neuchâtel en Suisse, les universités de Copenhague et d'Aarhus au Danemark, l'Institut Max Planck en Allemagne et l'Institut météorologique finnois.

Un peu de boue

Des traces d'eau à Mars
Des traces de vapeur dans l'atmosphère du nord de Mars. (NASA/JPL/Systèmes scientifiques de l'espace Malin)

Effectuer des analyses chimiques en envoyant des signaux à des millions de kilomètres de distance à un robot « est extraordinairement difficile et nous avons travaillé au développement de ces activités pendant une dizaine d'années », a dit le chercheur principal du Jet Propulsion Laboratory de la NASA Michael Hecht, chargé du MECA.

Les premières étapes de l'analyse consistent pour le robot à prendre un bloc de glace terrestre, congelé sur Terre, à le faire fondre, à verser l'eau dans un récipient et à y ajouter un liquide dit « solution de calibrage ». Puis le robot y ajoute des échantillons de sol recueillis à la surface de Mars et les mélange pour en faire de la boue pendant que les chercheurs surveillent les capteurs de données.

Les résultats apportés par Phoenix, a dit M. Hecht, ont apporté aux scientifiques le type d'information dont l'on aurait besoin pour construire une serre autonome à distance sur Mars.

« Nous pourrions commencer par dire à un biologiste en quoi le sol martien pourrait entretenir la croissance de plantes, quels sont les nutriments présents dans le sol, ce que sont les paramètres essentiels tels que le pH qui permettraient aux plantes de pousser et quels [nutriments supplémentaires il faudrait] pour qu'une telle serre fonctionne sur Mars. C'est donc un immense pas en avant. »

Le pH, abréviation de potentia hydrogenii signifiant force de l'hydrogène, indique si une substance est acide ou alcaline (basique).

Renifler sur Mars

Un autre instrument d'analyse de Phoenix, l'analyseur de gaz thermal et évolué (TEGA), fait chauffer les échantillons et identifie les vapeurs qui s'en dégagent. Il a fait cuire le premier échantillon de sol à 1.000 degrés Celsius.

Les chercheurs chargés du TEGA analysent les gaz dégagés sur toute une gamme de températures et identifient la composition chimique du sol et de la glace. L'analyse est un processus complexe qui exige plusieurs semaines. (Voir « Deux instruments du Phoenix Lander ont commencé à examiner le sol martien ».)

Leslie Tamppari, responsable scientifique du projet Phoenix du JPL, a établi un relevé de ce que Phoenix avait accompli au cours des 30 premiers jours de sa mission et a élaboré des plans pour l'avenir.

L'imageur de surface stéréo a produit environ 55 % de son panorama en trois couleurs sur 360 degrés du site d'atterrissage de la sonde, dit M. Tamppari. Phoenix a analysé deux échantillons au moyen de son microscope optique et les premiers échantillons dans son instrument TEGA et son laboratoire de chimie humide.

La sonde recueille des informations quotidiennes sur les nuages, la poussière, les vents, les températures et les pressions atmosphériques, et elle a relevé ses premières mesures atmosphériques nocturnes. Les caméras du lander ont confirmé que les blocs de couleur blanche amenés à la surface lors du creusement d'une tranchée étaient de la glace hydrique, étant donné qu'ils se sont évaporés au bout de quelques jours.

Le 8 juillet, pour la première fois, Phoenix a touché le sol martien avec une sonde fourchue et a commencé à examiner au microscope la forme des minuscules particules qu'elle avait touchées.

Le bras robotique a enfoncé les quatre piques de la sonde dans du sol intact pour tester le processus. Les dents de la sonde d'analyse thermique et de conductivité électrique sont d'une longueur de 1,5 cm. L'équipe scientifique fera usage de cet outil pour déterminer la facilité avec laquelle l'électricité passe dans le sol d'une dent de l'outil à l'autre, pour détecter la présence éventuelle de glace ou d'eau dans le sol.

Entre-temps, l'équipe du projet détermine la manière optimale de se servir du TEGA pour recueillir un échantillon de glace martienne. Les chercheurs se servent du bras robotique pour dégager un bloc de substance dure amené à la surface dans une tranchée de faible profondeur, baptisée « Blanche-Neige ».

Dans les jours à venir, ils se serviront d'une râpe motorisée placée sur la face arrière de la pelle pour recueillir des particules de ce matériau dur qui est sans doute, pensent-ils, riche en glace hydrique.

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