19 mars 2009
Le dirigeant soudanais devra répondre des décès causés par l'expulsion des groupes caritatifs.
Washington - Mettre fin aux souffrances et à la crise humanitaire dans la région soudanaise du Darfour est un objectif important de la politique étrangère des États-Unis, a affirmé le président Obama au moment de nommer, le 18 mars, un nouvel envoyé spécial pour le Soudan.
Le président a choisi le général Scott Gration, retraité de l'armée de l'air. Conseiller présidentiel en matière de politique extérieure, le général Gration possède une excellente connaissance de la région ; il parle swahili et a grandi en Afrique où ses parents étaient missionnaires.
En 2006, le général Gration avait accompagné M. Obama, sénateur à l'époque, pendant son voyage en Afrique qui avait compris une escale dans un camp de réfugiés du Darfour situé au Tchad voisin.
« Les expériences personnelles et professionnelles du général Gration, et les services qu'il a rendus à son pays à la fois en sa qualité d'officier militaire et d'humanitaire, lui donnent les connaissances profondes et le savoir-faire nécessaires à cette mission », a déclaré M. Obama en annonçant cette nomination à la Maison-Blanche.
« Le Soudan est une priorité de mon gouvernement, en particulier au moment où ce pays implore la paix et la justice. L'aggravation de la crise humanitaire rend notre tâche encore plus urgente », a affirmé le président. La nomination du général Gration a été annoncée alors que le gouvernement Obama élabore une nouvelle stratégie pour le Soudan et la crise au Darfour.
Le sénateur démocrate Russ Feingold du Wisconsin et son collègue républicain Johnny Isakson de Géorgie, tous deux membres de la sous-commission sénatoriale des affaires africaines, se sont félicités de la désignation du général Gration.
« Sa connaissance de l'Afrique et son expérience du continent, alliées à sa carrière militaire distinguée, lui donnent les outils nécessaires pour contribuer à l'élaboration d'une politique ferme et revigorée à l'égard du Soudan », ont indiqué les sénateurs Feingold et Isakson dans un communiqué conjoint.
Ils ont ajouté que cette nomination survenait à un moment crucial où la crise au Darfour empirait.
La Cour pénale internationale inculpe le président soudanais
Le 4 mars, la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye, aux Pays-Bas, a inculpé le président soudanais Omar el-Béchir de deux chefs de crimes de guerre et de cinq chefs de crimes contre l'humanité en relation avec les actions présumées de son gouvernement contre la population civile lors de sa campagne de 2003 à 2008 contre les groupes rebelles dans l'ouest du Darfour, au Soudan.
L'inculpation de la CPI met en cause « la responsabilité pénale individuelle de M. el-Béchir pour avoir délibérément dirigé des attaques contre une importante partie de la population civile du Darfour, au Soudan, tuant, violant, torturant et déplaçant par force un grand nombre de civils et pillant leurs biens ».
Au moins 300.000 personnes ont été tuées dans ce conflit et 2,7 millions d'autres ont été contraintes de quitter leur foyer, selon les Nations unies.
Suite à son inculpation, M. el-Béchir a ordonné l'expulsion de 13 organisations non gouvernementales d'assistance humanitaire, dont Médecins sans frontières, CARE, Oxfam Grande-Bretagne et Save the Children, disant qu'elles avaient espionné contre lui et son régime pour la Cour pénale internationale. Ces groupes caritatifs fournissaient à environ 4,7 millions de Soudanais une aide en matière d'alimentation, d'hébergement et de protection contre les rebelles et les forces appuyées par le gouvernement.
La secrétaire d'État Hillary Clinton a déclaré, le 17 mars, que M. el-Béchir devrait rendre compte de tout décès qu'aurait entraîné sa décision d'expulser les organisations non gouvernementales du Soudan.
« C'est une horrible situation qui va causer des misères et des souffrances incommensurables à la population du Darfour, en particulier à ceux qui se trouvent dans des camps de réfugiés », a dit Mme Clinton. « La question réelle est de savoir quelles sortes de pressions peuvent être faites sur le président el-Béchir et le gouvernement de Khartoum pour qu'ils comprennent qu'ils seront tenus responsables de chaque mort qui a lieu dans ces camps. »
L'assistance humanitaire fournie par les États-Unis pour le Darfour et l'est du Tchad, depuis octobre 2007, soit le début de l'année fiscale 2008, s'élève à 936,43 millions de dollars, a indiqué le département d'État le 18 mars.
« Nous prenons cette situation très au sérieux, a affirmé Mme Clinton. Nous voulons trouver les moyens les plus efficaces de convaincre le gouvernement du Soudan et lui faire comprendre qu'il a maintenant assumé un nouveau niveau de responsabilité et d'infamie aux yeux du monde en abandonnant à leur sort ces réfugiés qu'il avait créés lui-même en premier lieu. »
La force internationale de maintien de la paix
M. Obama a dit que les États-Unis appuyaient le déploiement au complet et sans entrave de la force hybride Union africaine-Nations unies de maintien de la paix ainsi que la tenue de négociations pour parvenir à une solution politique qui mettrait fin au conflit.
« La décision catastrophique du gouvernement soudanais d'expulser les organisations d'aide humanitaire crée un vide qui sera comblé par les pénuries et le désespoir et il devra rendre compte des vies perdues », a affirmé M. Obama.