12 mars 2009
L'avenir des relations américano-cubaines y sera également abordé.

Washington - La principale préoccupation des 34 pays qui participeront au Cinquième Sommet des Amériques en avril prochain sera la crise économique mondiale. Il s'agira également de savoir si les États-Unis vont tenir compte des besoins de l'Amérique latine, ont affirmé des spécialistes américains de la politique relative à cette région.
« Il ne s'agit pas seulement de savoir si le redressement de l'économie des États-Unis va modérer ou réduire les difficultés de l'Amérique latine. Washington peut aussi aider en résistant à l'attrait de mesures protectionnistes qui limiteraient les importations et les investissements à l'étranger », a déclaré Peter Hakim, président du Dialogue interaméricain, un centre de réflexion, le 11 mars, lors d'une déposition devant la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants.
Les États-Unis peuvent également se servir de leur influence pour encourager l'augmentation des ressources et la souplesse d'institutions multilatérales telles que la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et la Banque interaméricaine de développement, a affirmé M. Hakim. « Les États-Unis devraient en outre coordonner leur politique économique avec celle des divers gouvernements de la région », a-t-il ajouté.
Le président Obama « devrait aussi encourager les gouvernements de la région à résister à la tentation protectionniste et à gérer leur économie de façon rationnelle ».
Le Cinquième Sommet des Amériques se tiendra à Port d'Espagne, la capitale de la Trinité-et-Tobago, du 17 au 19 avril. Ce sera pour M. Obama la première occasion de rencontrer des dirigeants d'Amérique latine et des Caraïbes. Ces sommets ont lieu de façon irrégulière depuis 1994.
Le dirigeant cubain, Raul Castro, n'a pas été invité.
Le président de la commission des affaires étrangères de la Chambre, le représentant Howard Berman, a déclaré que le président Obama chercherait durant le sommet à modifier la dynamique régionale. « Nous avons une position unique dans la région, et nous devons rétablir notre influence au niveau des principes positifs auxquels nous sommes attachés. Mais les jours où notre influence et notre autorité nous permettaient d'élever la voix pour obtenir ce que nous voulions sont révolus. »
M. Hakim a déclaré que si les dirigeants de la région s'inquiétaient de la crise économique et financière, ils attendaient également avec impatience d'entendre le point de vue de M. Obama sur Cuba, le crime organisé, le trafic des stupéfiants, l'immigration et le commerce international.
Thomas McLarty, président du cabinet McLarty Associates et ancien secrétaire général de la Maison-Blanche durant le gouvernement Clinton, est également venu faire une déposition devant la commission. Il a déclaré que ce sommet offrait au gouvernement Obama une occasion de donner « un nouveau départ à une région dotée d'une importance et d'un potentiel énormes ».
« Les pays d'Amérique latine et des Caraïbes achètent un cinquième de toutes les exportations des États-Unis et leur fournissent un cinquième de leurs importations », a-t-il rappelé. Nous vendons chaque année quatre fois plus à l'Amérique latine qu'à la Chine. »
M. McLarty a ajouté que les États-Unis importaient désormais plus de 50 % de leur énergie du continent américain, dont plus de la moitié d'Amérique latine et des Caraïbes.
Ces facteurs font de l'économie américaine et de la crise actuelle le sujet prioritaire du sommet, a-t-il affirmé. « Nos partenaires du sommet voudront savoir comment nous avons l'intention de restaurer la stabilité et la croissance, parce que les décisions économiques et financières que nous prenons à Washington affecteront leurs citoyens. Ils veulent et méritent des consultations régulières. »
L'immigration est un dossier contentieux, tant sur le plan intérieur qu'international, et doit être abordé dans le contexte d'une réforme globale de l'immigration, a-t-il ajouté. Pour ce faire, les États-Unis vont devoir coopérer étroitement avec leurs voisins, et tout particulièrement avec le Mexique.
« Une politique efficace d'immigration doit commencer par la protection de nos frontières, mais elle doit également refléter nos besoins en matière de main-d'œuvre et soutenir le développement économique des pays d'où viennent les immigrants. »
Il a ensuite déclaré que Cuba devrait faire partie de l'ordre du jour du sommet. Le sénateur Richard Lugar, le républicain le plus influent au sein de la commission sénatoriale des relations étrangères, a récemment réclamé une révision du strict embargo commercial imposé par les États-Unis contre Cuba.
« Nous devons reconnaître l'inéfficacité de notre politique actuelle et traiter avec le gouvernement cubain de façon à promouvoir nos intérêts », a déclaré M. Lugar en février dernier, à l'occasion de la publication d'un rapport spécial rédigé par le personnel de la commission sénatoriale des relations étrangères au sujet de la politique des États-Unis à l'égard de Cuba.
M. McLarty a déclaré qu'il était temps de réviser cette politique et de lever notamment les mesures qui restreignent les voyages, les communications et les transferts de fonds vers ce pays. « Je sais que ce dossier a une dimension émotionnelle, mais je crois que la plupart des Américains appellent de leurs vœux la liberté et la démocratie pour Cuba. Seulement, ils ne sont pas tous d'accord sur la façon d'y parvenir. »