16 juin 2009
L'hôpital George Washington offre des soins à des patients du monde entier via télémédecine.
Washington - Quand le navire Maersk Alabama a été attaqué par des pirates dans les eaux dangereuses au large de la Somalie en avril, les médecins de la salle d'urgence d'un hôpital de Washington ont entamé des préparatifs pour fournir les soins médicaux qui pourraient être nécessaires à son équipage et pour aider à organiser une évacuation médicale une fois que le cargo aurait atteint le port de Mombasa, au Kénya.
Ce conteneur de 17 tonnes est l'un des 220 navires qui comptent sur le programme de télémédecine offert 24 heures sur 24 par le Centre médical de l'université George Washington, pour les aider en cas d'urgence médicale en haute mer.
En l'occurrence, aucun membre de l'équipage du Maersk Alabama n'a été blessé. Escorté d'un bâtiment de guerre de la marine des États-Unis, l'équipage est finalement arrivé sain et sauf au Kénya alors que des membres d'un corps d'élite, les Navy SEALS, réussissaient à libérer le capitaine de l'Alabama, Richard Phillips, en tuant les pirates qui le retenaient sur un canot de sauvetage.
Mais les plans d'urgence que les médecins de Washington avaient mis au point en coordination avec les propriétaires du navire en question sont l'un des services fournis par cet hôpital depuis vingt ans dans le cadre de son programme Maritime Medical Access (Accès médical maritime ou MMA), qui offre des conseils sur les moyens de soigner divers problèmes médicaux allant des kystes aux crises cardiaques. La compagnie Maersk Line Limited, de Norfolk, en Virginie, a une flotte de 31 navires marchands et gère 20 autres pour le Commandement militaire Sealift de la marine militaire. Tous ses équipages des États-Unis sont couverts par le programme Maritime Medical Access.
Le directeur du personnel maritime à Maersk, Dennis Houghton, a dit que sa compagnie avait pu rester en contact avec l'Alabama et « était au courant de l'état de l'équipage tout au long de l'incident. Heureusement, aucun membre de l'équipage n'a dû être évacué pour recevoir des soins médicaux. » Mais les responsables du programme MMA avaient fait le nécessaire pour que deux membres de la profession médicale spécialisée dans le stress posttraumatique puissent accompagner l'équipe du Maersk qui s'était rendue au Kénya pour accueillir l'Alabama, a souligné M. Houghton.
De par le passé, il y a eu des occasions où des médecins de la salle d'urgence de l'hôpital George Washington ont aidé à sauver la vie de marins de la compagnie Maersk. Dans l'un de ces incidents, un marin pensait que son essoufflement et le poids ressenti dans sa poitrine étaient causés par un rhume. Mais les médecins du programme MMA étaient d'un tout autre avis ; ils ont conseillé de le faire débarquer aussitôt que possible et « ont évité au marin en question de subir une crise cardiaque qui risquait d'être fatale ».
La plupart des maladies et des blessures sont moins graves. Mais le docteur Neal Sikka, qui supervise tous les programmes de télémédecine de l'hôpital George Washington en sa qualité de directeur des pratiques innovatrices, a dit que ses collègues n'hésitent jamais à recommander qu'un navire se destine vers le port le plus proche ou à organiser une évacuation médicale par hélicoptère si la vie du patient est en danger.
Le programme MMA fournit aussi des conseils médicaux aux personnes à bord de yachts de luxe et de bateaux de pêche et au personnel de centres de soins où se rendent des citoyens américains dans des endroits reculés tels l'Antarctique, le Groenland et les ports de pêche de l'Alaska. Les navires qui participent au programme Maritime Medical Access battent tous pavillon des États-Unis et ont des équipages américains.
Les navires qui naviguent sur les océans de la planète ont à bord le nécessaire pour « très bien soigner probablement 90 % des problèmes médicaux les plus fréquents », a déclaré Michael Hite, infirmier et directeur à MMA.
Par téléphone, courriel et fax, les médecins de la salle d'urgence peuvent indiquer à l'officier médical à bord d'un navire comment soigner, étape par étape, la plupart des maladies et des blessures, a précisé M. Hite.
« On sait très vite s'il s'agit d'un problème qui met la vie du patient en danger ou si ça peut attendre », a dit le docteur Sikka, l'un des 30 médecins certifiés par le Conseil de l'ordre des médecins qui travaillent dans la salle d'urgence de l'hôpital George Washington. C'est à ce même hôpital que le président américain Ronald Reagan avait été amené après avoir été blessé lors d'une tentative d'assassinat en 1981.
Des médecins disponibles 24 heures sur 24
Les appels à l'aide arrivent dans un centre de communications spécial pour le MMA dans un immeuble médical qui se trouve face à l'hôpital. Des techniciens reçoivent d'habitude de 6 à 10 appels téléphoniques ou courriels par jour. Ils les transfèrent rapidement, à toute heure du jour ou de la nuit, à un médecin de la salle d'urgence.
Ce centre suit le parcours des navires sur une carte Google sur Internet affichée sur deux grands écrans d'ordinateurs, où des icônes en forme d'ancre marquent leur position. Les employés de ce centre savent quels sont les meilleurs établissements médicaux les plus proches des ports les plus reculés.
Les bosses et les ecchymoses sont une question de routine ; mais la possibilité d'effusion de sang aux mains de pirates ne l'est pas. « Mais nous sommes toujours prêts à faire face à tout ce qui peut arriver », a dit le docteur Sikka. « En l'occurrence, nous avions prévenu nos médecins qu'ils pourraient voir... une blessure par balle. »
La possibilité de transmettre des images informatisées sur Internet offre aux médecins un outil supplémentaire pour faire leurs diagnostics. « C'est excellent pour les abcès et les lacérations », a dit M. Hite. « Ils peuvent nous envoyer une photographie, et nous pouvons alors tracer dessus le genre d'incision qu'ils devront faire. Cela donne à l'officier médical une idée beaucoup plus claire de ce qu'il doit faire. »
Les cas d'appendicite sont souvent les problèmes les plus épineux. Ce qui semble être en premier lieu un mal de ventre peut se révéler comme être beaucoup plus grave, a souligné le docteur Sikka. Guider un officier médical, dont la formation est assez limitée, à faire un examen adéquat et décider de ce qu'il faut faire est quelque chose que les médecins des salles d'urgence sont spécialement qualifiés à entreprendre.
Les armateurs, bien sûr, veulent que leurs énormes cargos poursuivent leurs traversées et respectent le calendrier établi. « Bien que nous essayions de garder en tête cet objectif des compagnies de poursuivre leurs opérations, notre but principal est le bien des patients », a dit M. Hite. Quand une vie est en danger, les médecins n'hésitent pas à conseiller au capitaine de diriger son navire vers le port le plus proche. Mais ce que les médecins ne peuvent pas faire, ajoute-il tristement, « c'est de faire avancer le navire plus rapidement ».