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11 juin 2009

Le coût de la piraterie

Il va jusqu'à inciter des navires à éviter le canal de Suez.

 
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Des pirates somaliens déchargent leurs armes
Des pirates déchargent leurs armes abord d'un navire chinois dans le golfe d'Aden en 2008.

Redlands (Californie) - Selon la plus grande société du monde spécialisée dans le transport maritime par conteneurs, Maerks Line, la piraterie a entraîné une augmentation de ses primes d'assurance et l'a obligée à facturer ses frais supplémentaires à ses clients. Toutefois, pour les expéditeurs comme pour les armateurs, le coût des attaques armées et parfois meurtrières ne se limite pas aux frais d'assurance ; il comprend aussi le temps perdu, les nouvelles dépenses et les perturbations d'ordre économique.

La société Maerks Line, dont le siège est au Danemark, a décidé d'augmenter ses tarifs pour le transport de marchandises à destination et en provenance de ports de l'Afrique de l'Est de 50 à 100 dollars par conteneur. Pour les marchandises à bord de navires qui passent par le golfe d'Aden, les nouveaux frais au titre du risque de guerre seront de 25 dollars pour chaque conteneur de 6 mètres et de 50 dollars par conteneur de 12 mètres. Selon la société, cette augmentation est nécessaire pour couvrir les frais d'assurance supplémentaires dus à l'intensification de la piraterie dans cette partie du monde.

Le nombre croissant de détournements et de tentatives de détournement de navires a suscité une augmentation des primes d'assurance dont il est difficile de calculer l'ampleur réelle. Le Service de recherche du Congrès indique dans une étude récente qu'un groupe d'assureurs de Londres estime que le montant des primes supplémentaires se situe entre 10.000 et 20.000 dollars par trajet dans le golfe d'Aden.

Selon un porte-parole de la société d'assurance Allianz, M. Richard Mason, les effets des attaques sont trop différents pour qu'on puisse donner même une fourchette pour les voyages dans le golfe d'Aden. Certains armateurs craignent que l'augmentation des primes d'assurance se traduise par une hausse des frais pour tous les navires, quelle que soit la voie de navigation qu'ils empruntent, mais jusqu'ici rien de tel n'est arrivé. On n'observe pas de hausse générale des primes, a dit M. Manson, dont la société assure des clients pour qui le degré de risque, la taille des navires, le type de cargaison et l'itinéraire sont tous différents.

À l'heure actuelle, a-t-il indiqué, la tendance la plus discernable est d'assurer le risque de piraterie dans une police d'assurance contre le risque de guerre au lieu de l'inclure dans une police tous risques, qui comprend aussi l'assurance corps de navire.

Comparé au tarif de l'assurance normale contre le risque de guerre, les primes exigées pour la navigation dans le golfe d'Aden sont environ cinq fois plus élevées, a indiqué un haut responsable d'Aon Risk Services (courtier d'assurance), M. Bob DeMotta.

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Des Égyptiennes regardent passer des navires dans le canal de Suez.
Des Égyptiennes observent le passage d'un bateau dans le canal de Suez, où les péages sont en baisse dû à la menace de la piraterie.

Les tarifs représentent un pourcentage de la valeur assurée. Par exemple, un navire assuré pour 50 millions de dollars paye en général une prime annuelle d'assurance contre le risque de guerre d'environ 10.000 dollars. La prime supplémentaire pour l'assurance contre le risque de guerre en cas de navigation dans le golfe d'Aden s'élève à 62.500 dollars par voyage. Toutefois, ces tarifs sont maintenant plus élevés non seulement pour l'assurance contre le risque de guerre, mais aussi pour l'assurance tous risques.

Certaines sociétés d'assurance offrent une police distincte pour l'assurance du risque de détournement ou de rançon (en 2008, les rançons ont représenté quelque 30 millions de dollars), mais la plupart d'entre elles refusent d'en parler. « C'est un sujet très délicat, a dit M. Manson. Des vies sont en jeu. Nous ne ferons rien pour en informer les pirates d'une manière ou d'une autre. »

La piraterie a attiré tout particulièrement l'attention des Américains en avril, lorsque des pirates se sont emparés du Maersk Alabama, porte-conteneurs de la société Maersk Line Ltd (filiale américaine de Maersk Line).

Toutefois, le risque global d'attaque par des pirates, même au large des côtes somaliennes, est relativement faible, selon un porte-parole de la société Maersk Line Ltd, M. Kevin Speers. « Quelque 22.000 à 30.000 navires passent par le golfe d'Aden chaque année. Si l'on tient compte que plusieurs dizaines de navires sont détournés chaque année et qu'une centaine de navires font l'objet de tirs de mitrailleuse, la probabilité qu'un navire soit attaqué n'est que de 0,167 %. Les intempéries représentent un risque plus important, et c'est là la sorte de chose que les sociétés d'assurance considèrent. »

Toutefois, le directeur de la société de transit Orion Marine, M. Peter Schauer, a souligné que la piraterie avait de graves conséquences pour les transporteurs à l'heure actuelle. « Nous figurons parmi les chanceux car jusqu'ici nous n'avons guère été touchés. Ce n'est pas seulement la valeur du navire ou de la cargaison, mais le danger pour le personnel. Tout cela se traduit par une hausse des coûts. Les augmentations des primes d'assurance sont si fortes que certains armateurs envisagent de faire passer leurs navires par le cap de Bonne-Espérance au lieu du canal de Suez. »

Ce changement d'itinéraire a deux grands avantages car il permet d'éviter de payer des primes supplémentaires d'assurance ainsi que le péage du canal de Suez. Ce péage pour les porte-conteneurs qui empruntent le canal est en moyenne de 600.000 dollars. Bien que le trajet soit bien plus long, il peut être intéressant pour les armateurs, vu la baisse des cours des carburants et le fait que des centaines de navires sont inutilisés à travers le monde.

Néanmoins, le changement d'itinéraire des navires et les retards divers, notamment ceux dus à la nécessité d'un convoi militaire, aggravent les perturbations dans la chaîne d'approvisionnement et ont des conséquences pour les industriels. Le porte-parole de l'Association ougandaise d'industriels, M. Robert Mawanda, a déclaré que ces retards pouvaient entraîner la fermeture temporaire d'usines si des pièces ou des matières premières n'arrivaient pas à temps. En outre, si les armateurs évitent certains ports (Mogadiscio en Somalie ou Mombassa au Kénya) pour passer au large des bâtiments des pirates, les entreprises risquent d'être obligées d'avoir recours à un moyen de transport encore plus lent et encore plus cher, à savoir les transports terrestres.

Certains industriels ougandais se font livrer par avion certaines pièces essentielles, même si les frais de transport aérien sont dix fois plus élevés, a indiqué M. Mawanda. Du fait du ralentissement de l'activité économique mondiale et de la dépréciation du shilling ougandais, toute perturbation dans la chaîne d'approvisionnement due à la piraterie augmente les coûts de production et crée un problème difficile et complexe pour les industriels. La plupart d'entre eux qui ne se souciaient guère d'assurer leur cargaison auparavant ne peuvent plus se permettre maintenant d'éviter cette dépense.

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