13 février 2009
Le changement climatique, les pénuries alimentaires aggravent les souffrances dans le monde.

Washington - La menace immédiate la plus importante à laquelle sont confrontés les États-Unis est la crise économique internationale qui perdure, a dit le directeur du renseignement Dennis Blair.
« Le temps est probablement notre plus gros ennemi. Plus il faudra de temps pour que le redressement commence, et plus importante sera la probabilité de dommages graves causés aux intérêts stratégiques des États-Unis », a dit M. Blair devant la commission sur les services de renseignement du Sénat, le 12 février.
« Environ un quart des pays du monde ont déjà enregistré une certaine instabilité, par exemple des changements de gouvernement, en raison du ralentissement économique actuel. »
Les services de renseignement des États-Unis soumettent au Congrès, chaque année, un rapport sur les menaces les plus importantes auxquelles le pays est confronté. M. Blair, qui a été nommé et confirmé à son poste en janvier par le Sénat, a présenté son analyse de la situation à la commission sénatoriale sur le renseignement, identifiant les différents domaines de risques, d'inquiétudes et de possibilités qui pourraient avoir un impact sur la vie des Américains. C'est la première fois qu'un directeur du renseignement, en l'occurrence M. Blair, témoigne seul devant cette commission, sans les responsables des divers autres services du renseignement.
M. Blair a indiqué que la plupart des manifestations antigouvernementales qui ont eu lieu se produites en Europe et dans les pays de l'ancienne Union soviétique. Alors qu'environ les deux tiers des pays du monde ont assez de fonds et d'autres ressources pour limiter l'impact de la récession à court terme, la plupart des autres, en Amérique latine et Afrique subsaharienne de même que les anciens États soviétiques, n'ont ni des réserves monétaires suffisantes ni un accès adéquat au marché international du crédit ou d'autres moyens pour faire face à la crise croissante, a dit M. Blair.
Une analyse approfondie montre que le risque d'une instabilité assez grave pour constituer une menace contre les régimes en place augmente de manière très importante au cours des crises économiques qui durent d'un an à deux, a précisé M. Blair.
« Outre un nationalisme économique accru, les conséquences politiques les plus probables sur les intérêts américains seront le fait que les alliés et amis des États-Unis ne seront plus en mesure de remplir entièrement leurs obligations militaires et humanitaires », a dit M. Blair. Et les migrations éventuelles de réfugiés de la Caraïbe vers les États-Unis pourraient avoir une incidence sur la sécurité du territoire américain, a-t-il ajouté.
Les pays industriels sont déjà dans une récession. La croissance des économies de pays émergents sur lesquels, croyait-on jadis, les crises financières des nations industrialisées n'avaient pas d'impact, est aujourd'hui chancelante et beaucoup d'entre elles sont en récession, a dit M. Blair.
La Chine et l'Inde ont déjà enregistré un ralentissement économique, alors qu'elles tentent de faire face à la chute de la demande pour leurs exportations - locomotive d'une croissance jusque-là dynamique, a-t-il noté. D'autres pays essaient de mettre en vigueur diverses mesures financières soit pour relancer leur économie, soit pour alléger les conséquences de la récession.
« Les récessions sont un phénomène relativement nouveau, et l'histoire nous apprend que les États-Unis ont souvent été plus adroits que d'autres à y faire face. La tradition d'ouverture des États-Unis, les talents avancés et la mobilité les mettent probablement dans une meilleure position quand il s'agit de se réinventer », a dit M. Blair.
Un tournant décisif contre le terrorisme
En 2008, les groupes de terroristes étrangers n'ont pas été en mesure de perpétrer de nouvelles attaques majeures sur le territoire des États-Unis, a dit M. Blair. Il a ajouté que c'est dans le domaine de l'opinion publique que l'on a enregistré des progrès importants dans la lutte contre le terrorisme international, le public tendant de plus en plus à rejeter les groupes terroristes tel Al-Qaïda.
« Au cours des 18 derniers mois, Al-Qaïda a été sérieusement critiqué par des personnalités religieuses éminentes et aussi par des extrémistes, eu égard, notamment, à leurs tactiques brutales et indiscriminées… qui ont entraîné la mort de civils musulmans », a dit M. Blair.
Les compétences et l'efficacité d'Al-Qaïda sont aujourd'hui moins importantes qu'elles ne l'étaient il y a un an, a affirmé M. Blair.
La sécurité environnementale
Bien que le changement climatique, l'énergie, la santé dans le monde et la sécurité environnementale soient souvent liés mais non pas considérés d'habitude comme des menaces, ils auront néanmoins un impact sur les États-Unis à différents niveaux, a dit M. Blair.
« L'accès à des sources relativement sûres et propres d'énergie et les pénuries chroniques de vivres et d'eau deviendront des sujets de plus en plus importants dans un nombre croissant de pays, a-t-il expliqué. L'ajout de bien plus d'un milliard de personnes à la population mondiale, d'ici 2025, sera, en soi, une pression (supplémentaire) au niveau de ces ressources vitales. »
Et un pourcentage important de la population du monde migrera des régions rurales vers les centres urbains à la recherche d'une plus grande sécurité personnelle et de possibilités économiques, a dit M. Blair. Ces actions imposeront une pression accrue sur des ressources déjà limitées.
M. Blair a dit que le secteur des ressources, qui fait déjà l'objet de tensions, sera encore plus compliqué et exacerbé par le changement climatique, « dont les conséquences matérielles s'aggraveront au cours de toute cette période. »