12 février 2009
M. Obama lance un appel à l'aide à la reconstruction de cette nation brisée.

Washington - Le monde ne peut pas se permettre d'abandonner le peuple afghan, a déclaré le président Obama, qui réclame un effort international renouvelé pour aider ce peuple à éliminer les nids de terroristes et à reconstruire un pays écrasé par des décennies de conflit.
Lors d'une conférence de presse tenue le 9 février, M. Obama a déclaré : « En ce qui concerne l'Afghanistan, cela va être un grand défi à relever. Pour réussir, nous allons avoir besoin d'une coordination effective de nos actions militaires avec nos démarches diplomatiques, nos programmes de développement et nos alliés. »
Il avait déjà identifié, durant sa campagne électorale, la stabilisation de l'Afghanistan comme une haute priorité de politique étrangère. Lorsqu'il était sénateur, M. Obama s'était rendu sur place et avait constaté les signes d'une insurrection de plus en plus active qui opérait à partir d'une zone sûre le long de la frontière avec le Pakistan. Il avait également observé un commerce florissant de stupéfiants dans les provinces méridionales du pays et la corruption au sein du gouvernement afghan. Ces problèmes risquent de remettre en question les progrès réalisés en Afghanistan depuis qu'une coalition internationale a renversé le régime des talibans en 2001.
Peu après son arrivée au pouvoir, M. Obama a ordonné aux conseillers de la Maison-Blanche, au Pentagone et au général David Petraeus, le principal responsable des opérations militaires dans la région, d'examiner la stratégie des États-Unis en Afghanistan. La Maison-Blanche souhaite que cet examen soit achevé avant avril prochain, lorsque M. Obama se rendra en Europe pour participer au sommet du soixantième anniversaire de l'OTAN parrainé par la France et l'Allemagne, a déclaré le secrétaire de presse de la Maison-Blanche, M. Robert Gibbs, le 10 février.
Les États-Unis rechercheront à la fois des conseils et de l'aide de leurs alliés et partenaires dans la formulation d'une nouvelle stratégie, a déclaré le vice-président Joe Biden lors d'un discours prononcé le 7 février à la Conférence de Munich sur la politique de sécurité.
Peu après son arrivée à la Maison-Blanche, M. Obama a choisi le diplomate chevronné Richard Holbrooke comme envoyé spécial auprès de l'Afghanistan et du Pakistan. Ce dernier a rejoint Joe Biden à la conférence de Munich, puis est parti aux fins de consultations initiales avec des responsables du Pakistan, de l'Afghanistan et de l'Inde.
« Il y a un théâtre de guerre qui chevauche une frontière mal définie », a déclaré M. Holbrooke. « Du côté ouest de cette frontière, les forces de l'OTAN et autres peuvent opérer. Du côté oriental, c'est l'État pakistanais qui est souverain. »
Des responsables pakistanais ont proposé leur participation à l'examen stratégique, a précisé M. Holbrooke, une proposition bienvenue qui révèle la nécessité d'associer tous les voisins de l'Afghanistan à cette discussion et d'aider le nouveau gouvernement civil d'Islamabad à faire face aux pressions économiques qu'il subit et aux défis que représentent les extrémistes sur le plan de la sécurité.
Par ailleurs, l'Afghanistan a été la priorité de l'ordre du jour des premiers entretiens officiels que la secrétaire d'État Hillary Clinton a eus avec le ministre britannique des affaires étrangères David Miliband et avec son homologue allemand Frank-Walter Steinmeir le 4 février, avec le ministre français des affaires étrangères Bernard Kouchner le 5 février et avec le ministre tchèque des affaires étrangères Karel Schwarzenberg le 10 février. C'est actuellement la République tchèque qui occupe la présidence tournante de l'Union européenne.
D'autres nominations importantes reflètent la résolution de M. Obama de coopérer avec les alliés pour tracer une nouvelle voie en Afghanistan. Son conseiller pour la sécurité nationale, le général retraité de la marine James Jones, a été le principal responsable militaire des États-Unis à l'OTAN de 2003 à 2006. Il a supervisé le transfert des responsabilités de sécurité de la coalition dirigée par les États-Unis à la Force internationale d'assistance à la sécurité, forte de 40.000 hommes venus de 41 pays.
« Ce sera un effort commun avec nos alliés », a déclaré le général Jones lors d'un discours prononcé le 8 février à la conférence de Munich. « L'Afghanistan n'est pas seulement un problème américain ; c'est un problème international. »
Le général Petraeus, qui a également participé à cette conférence, est quant à lui d'avis qu'il n'existe pas de solution purement militaire à la situation en Afghanistan. Toutefois, un renforcement temporaire des forces sera essentiel pour stopper l'actuelle descente vers l'instabilité.
Le général Petraeus a exhorté les pays qui hésitent à engager de nouvelles troupes à s'inspirer de la promesse qu'a faite l'Allemagne, durant la conférence de Munich, de déployer des équipes supplémentaires de formation de l'armée et de la police en Afghanistan - un élément clé de la consolidation des futurs progrès en matière de sécurité. Une formation civile est également nécessaire pour aider les Afghans à améliorer leurs administrations.
« Nos forces et celles de nos partenaires afghans doivent par-dessus tout s'attacher à servir la population et à assurer sa sécurité », a dit le général Petraeus. « Avec nos partenaires afghans, nous devons œuvrer à garantir la sécurité de la population, à la traiter avec respect, à obtenir son appui, et à faciliter la fourniture de services essentiels. »
D'après le département d'État, les efforts de la communauté internationale ont déjà été payants. À ce jour, l'aide internationale a permis de dispenser des soins médicaux essentiels à plus de 85 % des citoyens afghans, alors qu'ils n'étaient que 9 % à en bénéficier en 2003. Plus de 13.000 kilomètres de routes ont été construits ou réparés, ouvrant de nouvelles voies au commerce et multipliant les possibilités de développement. Plus de 5,7 millions d'enfants afghans, dont plus de deux millions de filles, qui ne pouvaient pas obtenir d'éducation durant le régime des talibans, sont aujourd'hui inscrits à l'école.
Ces évolutions sont certes positives, mais elles ne sont que les premiers pas sur ce que M. Holbrooke appelle le long chemin du redressement de l'Afghanistan - un chemin qui semble plus long aujourd'hui qu'en 2001.
« Il n'y a pas de formule magique applicable à l'Afghanistan. Ce qu'il faut, à mon avis, ce sont de nouvelles idées, une meilleure coordination au sein de notre gouvernement et avec nos alliés et autres pays concernés, et le temps de faire ce qu'il faut », a dit M. Holbrooke.