03 août 2009

Washington - Les 93.000 soldats de maintien de la paix des Nations unies déployés de par le monde contribuent à sauver des vies et à rétablir la stabilité dans les zones en proie à des troubles mais, selon la représentante permanente des États-Unis à l'ONU, Susan Rice, ils sont surchargés et requièrent un appui accru de la communauté internationale. En outre, dit-elle, une réforme de la gestion interne de l'ONU serait souhaitable afin de renforcer l'efficacité des opérations de maintien de la paix.
S'adressant aux membres de la Commission des affaires étrangères de la Chambre des Représentants à Washington, le 29 juillet, Mme Rice a souligné que la présence des casques bleus bénéficiait non seulement aux pays où ils étaient déployés mais aussi aux autres États membres de l'ONU qui autrement pourraient se retrouver face aux conséquences de conflits qui se propageraient au-delà des frontières nationales.
« Je pense que l'on peut dire sans se tromper que si les Nations unies n'étaient pas présentes sur le terrain… les conflits continueraient de faire rage, les processus de paix fragiles s'écrouleraient, et des élections ne se seraient pas tenues dans des endroits aussi cruciaux que la République démocratique du Congo, le Libéria ou Haïti », a déclaré Mme Rice.
Les opérations onusiennes de maintien de la paix « sauvent des vies et empêchent que les zones de conflit ne soient exploitées comme elles le sont souvent par des extrémistes et des hors-la-loi. Ces zones deviennent souvent aussi un terrain fertile pour les maladies et pour toutes sortes de menaces à la sécurité transnationale, » a ajouté Mme Rice.
Il est cependant nécessaire d'équilibrer l'offre à la demande, a-t-elle indiqué. Avec toutes les opérations de maintien de la paix en cours, « les casques bleus sont surchargés. Dans le cas de plusieurs opérations autorisées par l'ONU, les effectifs sur le terrain sont inférieurs à ceux requis par le mandat onusien, et il y a là un déficit important au niveau des capacités qu'il faut rectifier. »
L'ambassadrice Rice a dit que le gouvernement Obama fournissait de l'appui aux casques bleus en matière d'entraînement, de recrutement, de matériel et de transport en sus des 2,2 milliards de dollars qui vont pour couvrir les frais des opérations de maintien de la paix.
« Nous assumons un peu plus de 25 % du coût de ces opérations. Nous faisons également des contributions supplémentaires auxquelles nous ne sommes pas contraints pour assurer le transport des casques bleus, pour leur fournir du matériel et de la formation, et pour faciliter leur déploiement dans les opérations de maintien de la paix qui sont les plus compliquées et les plus importantes », a souligné Mme Rice. Les États-Unis ont également entraîné 81.000 soldats de maintien de la paix dans le cadre de l'Initiative américaine pour les opérations de paix dans le monde.
Selon Mme Rice, au fur et à mesure que la nécessité de déployer des casques bleus s'accroît, d'autres pays seront « bien plus disposés à fournir des militaires et des policiers s'ils voient que les membres clés du Conseil de sécurité, dont les États-Unis, non seulement reconnaissent la valeur de leur sacrifice mais respectent aussi leurs préoccupations ».
Le gouvernement Obama est également « prêt à envisager de contribuer directement à ces opérations en envoyant de nouveaux observateurs militaires, des officiers, des policiers et d'autres agents civils », y compris du personnel féminin. « Nous examinerons aussi d'autres moyens possibles de fournir de l'assistance supplémentaire pour renforcer les capacités des missions de maintien de la paix, soit unilatéralement soit en partenariat », a ajouté Mme Rice.
Elle a cependant noté que les missions de maintien de la paix « ne sont pas toujours la bonne réponse » à toutes les situations, et que des forces régionales ou d'autres sortes de déploiement peuvent être plus efficaces. Mme Rice a donné l'exemple de la Somalie où il existe « une tradition d'opposition réellement violente contre les étrangers, quels qu'ils soient », soulignant que la mission de maintien de la paix de l'Union africaine en Somalie (l'AMISOM) apporte son soutien à la population « sans faire l'objet de scepticisme et d'hostilité comme pourrait l'être l'ONU ».
Les États-Unis et les autres membres du Conseil de sécurité doivent s'assurer que les mandats des missions de maintien de la paix soient « bien accordés à la situation, réalisables et raisonnables ». « Et cela n'a pas toujours été le cas », a dit Mme Rice.
Des réformes supplémentaires qui permettraient aux forces de maintien de la paix d'être déployées plus rapidement renforceraient la gestion interne des Nations unies « tout en assurant que ses opérations soient menées de manière plus transparente, efficace et rentable ».
« Il est nécessaire que les missions de maintien de la paix soient bien organisées, déployées rapidement, financées de façon réaliste, sérieusement équipées, dirigées avec compétence et achevées de manière responsable », a précisé Mme Rice.
La prise d'une action possible contre l'Érythrée
Mme Rice a parlé du soutien que fournit l'Érythrée aux extrémistes en Somalie ; elle a dit que les États-Unis avaient pris bonne note des appels, lancés par l'Union africaine et les pays limitrophes de la Somalie, en faveur de l'application des sanctions du Conseil de sécurité de l'ONU contre l'Érythrée.
L'Érythrée « a pris des mesures qui sont déstabilisantes pour la Somalie et pour la région et qui ont des effets directs sur notre sécurité et celle des autres. Cela est inacceptable et nous ne le tolérerons pas. Et les autres membres du Conseil de sécurité ne le toléreront pas non plus », a affirmé Mme Rice.
Outre le soutien de l'Érythrée à des éléments extrémistes en Somalie tels les groupes Al-Chabab et Hizboul-Islam, ses forces ont traversé la frontière avec Djibouti et tué 40 soldats en 2008. « Le Conseil a demandé à l'Érythrée de reconnaître l'existence de ce différend et d'œuvrer pour le régler. Djibouti s'est acquitté de ses obligations mais l'Érythrée ne l'a pas fait. Et Asmara, a dit Mme Rice, a essentiellement ignoré l'ONU et les autres à ce sujet ».
Mme Rice a déclaré que le gouvernement Obama espérait toujours que les relations avec l'Érythrée pourraient s'améliorer et que ce pays « s'écarterait des activités déstabilisantes ». « Si aucun signe dans ce sens ne devient rapidement visible », a-t-elle dit, « les États-Unis prendront les mesures appropriées de concert avec leurs partenaires en Afrique et au Conseil de Sécurité pour prendre acte des agissements de l'Érythrée. »