23 octobre 2008
Les États-Unis cherchent à lutter simultanément contre la criminalité transnationale et le terrorisme.

Washington - La communauté internationale doit concevoir une stratégie englobant de multiples capacités pour contrer plus efficacement les menaces que représente la convergence des réseaux criminels transnationaux et des nébuleuses terroristes.
Les États-Unis mettront l'accent sur ce thème - et sur les questions qui en découlent du point de vue de leur sécurité nationale - lors de la Conférence internationale contre la corruption qui se tiendra à Athènes (Grèce) du 30 octobre au 2 novembre. M. David Luna, directeur des programmes de lutte contre la criminalité au sein du Bureau du département d'État responsable des affaires internationales relatives au respect de l'ordre public, dirigera la délégation des États-Unis à cette réunion organisée par des organisations non gouvernementales.
Jusqu'à présent, a expliqué M. Luna, on a eu tendance à considérer la criminalité transnationale, notamment le trafic de stupéfiants et d'armements, et le terrorisme international comme deux problèmes distincts.
Mais les preuves de convergence de ces deux phénomènes s'accumulent : les organisations terroristes deviennent des entreprises criminelles, et les réseaux criminels ont recours à des tactiques terroristes. C'est particulièrement vrai dans les pays où la corruption règne et où les institutions publiques sont faibles, a-t-il dit à America.gov.
Selon l'Agence fédérale de lutte contre les stupéfiants, 19 des 44 groupes que le gouvernement des États-Unis considère comme des organisations terroristes participent au trafic de la drogue et autres activités criminelles. L'implication des talibans dans le trafic de l'héroïne et de l'opium en Afghanistan, et celle des FARC dans le trafic de la cocaïne en Colombie, est bien connue. En octobre, des enquêteurs américains et colombiens ont démantelé un réseau international de trafic de cocaïne et de blanchiment d'argent qui utilisait une partie des bénéfices pour financer le Hezbollah au Liban.
« Le lien entre le terrorisme et la criminalité empêche les gouvernements de progresser dans la lutte contre le terrorisme et sape les institutions publiques et les efforts déployés pour faire respecter la loi », a dit M. Luna.

Ces dernières années, le Mexique a été terrorisé par de puissants cartels de la drogue, et plusieurs républiques d'Amérique centrale ont du faire face à la menace croissante de la violence des bandits et à une intensification de la radicalisation.
Les énormes revenus tirés du trafic des stupéfiants permettent aux barons de la drogue de corrompre des policiers, des douaniers et autres fonctionnaires publics, et de créer des réseaux servant à faciliter d'autres activités criminelles ou terroristes, a déclaré Robert Leventhal, directeur des programmes de lutte contre la corruption au sein du même bureau du département d'État.
Cela signifie qu'il faut aborder la relation entre terrorisme et criminalité par des méthodes novatrices combinant lutte contre la corruption, contre le terrorisme et contre la criminalité.
M. Luna a déclaré que les États-Unis coopéraient avec des partenaires afin de renforcer la prise de conscience du danger qui émane de ces activités transnationales illégales. Ils souhaitent également une meilleure coopération internationale s'agissant de s'attaquer directement aux criminels et aux terroristes, notamment en démantelant leurs installations et leurs réseaux. Il a ajouté que la communauté internationale devait être plus « rusée » pour contrer ces menaces transnationales ; il a exhorté les collectivités à améliorer leur collecte de renseignements et de preuves afin de mieux comprendre les liens entre la criminalité organisée, la corruption et le terrorisme.
« Nous ne pouvons pas trouver de solution si nous ne mesurons pas pleinement la dimension du problème. »
Il a ajouté que la communauté internationale ferait peu de progrès tant qu'elle ne démantèlerait pas les structures illicites d'appui qui permettent le financement des activités terroristes et les déplacements à l'étranger des terroristes et des criminels, entre autres. Par exemple, des mesures contre le blanchiment de l'argent peuvent lever le voile sur l'infrastructure des organisations criminelles ou sur des conspirations terroristes ; de saisir de la drogue ou des fonds destinés au financement d'actes terroristes ; ou encore, de créer une dissuasion efficace.
Selon M. Leventhal, tout l'éventail de ces mesures doit être combiné au sein d'une approche intégrée, parce que des mesures telles que le renforcement des institutions et l'intensification des interventions des forces de l'ordre se renforcent mutuellement. Des mesures institutionnelles visant à affermir la légitimité du gouvernement contribuent à la stabilité, ce qui permet d'endiguer le terrorisme, a-t-il affirmé. Les services du renseignement et les forces de l'ordre contribuent non seulement à exposer les activités terroristes ou criminelles, mais aussi à éliminer les fonctionnaires corrompus.
« Il faudra un effort collectif de tous les pays et de tous les secteurs de la société » pour mettre en œuvre cette nouvelle stratégie, a dit M. Leventhal.
Il a ajouté que les États-Unis coopéraient avec de nombreux pays en développement afin de renforcer leurs capacités de lutte contre la corruption, la criminalité et le terrorisme, en vertu, notamment, de la Convention de l'ONU contre la corruption. Cette dernière constitue une feuille de route des réformes à mettre en œuvre dans ce domaine. Les États-Unis ont également insisté sur la participation des organisations non gouvernementales à la lutte contre la corruption. La société civile a les compétences, la volonté et l'énergie requises pour militer en faveur de l'intégrité et de la bonne gouvernance, et pour exiger des comptes des gouvernements, a dit M. Leventhal.