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03 novembre 2008

La piraterie au large de la Corne de l'Afrique entrave l'aide et le commerce

Les États-Unis, l'Union européenne et leurs partenaires intensifient leur lutte.

 
Le navire ukrainien <i>Faina</i>
Des pirates occupent toujours le navire commercial ukrainien Faina au large de la côte somalienne.

Washington - La navigation au large des côtes somaliennes devient de plus en plus dangereuse car des pirates s'attaquent à des navires transportant des vivres, des armes et des munitions. En 2008, ils se sont attaqués à une soixantaine de navires, et le montant d'argent qu'ils ont obtenu en rançon depuis le début de leurs activités se chiffre à plus de 100 millions de dollars.

Selon un nouveau rapport sur la piraterie en Somalie (Piracy in Somalia : Threatening Global Trade, Feeding Local Wars) publié par l'organisme britannique Chatham House, la piraterie qui sévit en Somalie depuis une dizaine d'années s'est récemment aggravée.

« Dotée d'institutions politiques défaillantes, de vastes plages sablonneuses isolées et d'une population qui est aussi bien désespérée qu'habituée à la guerre, la Somalie est un endroit idéal pour l'essor de la piraterie », écrit l'auteur de ce rapport, M. Roger Middleton.

En outre, ce pays ne dispose pas d'une force navale pour faire face à ce problème. Le premier ministre éthiopien, M. Mélès Zenawi, a abordé ce sujet avec la secrétaire d'État des États-Unis, Mme Condoleezza Rice, lors de leur entretien qui a eu lieu dans le cadre de l'Assemblée générale de l'ONU en septembre. Si on ne fait rien pour y mettre fin, a-t-il dit, la piraterie risque de déstabiliser toute la région. « Nous espérons beaucoup que la communauté internationale interviendra », a-t-il ajouté.

Ce problème a attiré l'attention de la marine militaire des États-Unis, de l'Union européenne et de l'OTAN. Le chef de l'état-major interarmées des États-Unis, l'amiral Michael Mullen, a souligné qu'il s'agissait d'un « problème mondial à cause de ses liens de plus en plus étroits avec les réseaux internationaux de la criminalité organisée et en raison de la perturbation des échanges commerciaux dont l'importance est vitale ».

L'OTAN a rapidement formé un groupe naval chargé de faire face à ce que son secrétaire général, M. Jaap de Hoop Scheffer, a qualifié du non-respect du droit en haute mer. Trois navires de guerre de l'OTAN, auxquelles vont s'ajouter plusieurs autres sous peu, patrouillent au large des côtes de la Somalie, à la suite de l'appel lancé par le Programme alimentaire mondial des Nations unies en vue de la protection des navires transportant une aide à destination de la Somalie.

La première escorte d'un navire assurée par l'OTAN a eu lieu à la fin d'octobre et a permis de livrer du matériel aux soldats de l'Union africaine chargés de maintenir la paix en Somalie. Des navires de guerre envoyés par l'Allemagne, les États-Unis, le Royaume-Unis, la Grèce, l'Italie et la Turquie sont autorisés à avoir recours à la force pour veiller à ce que l'aide humanitaire arrive à bon port. Selon le commandant des forces américaines et européennes, le général John Craddock, l'action de l'OTAN montre sa volonté de prendre de nouvelles mesures pour faire face à la piraterie.

L'Union européenne devrait prendre la relève lorsqu'une demi-douzaine de navires arriveront dans la région en décembre. Neuf pays européens se sont engagés à apporter le soutien de leur marine militaire, et la Russie a offert une de ses frégates pour des patrouilles.

Par ailleurs, une autre force internationale composée de navires venus d'Allemagne, des États-Unis, du Royaume-Uni, du Canada, de la France et du Pakistan patrouille le golfe d'Aden depuis le mois de mai et aurait empêché une dizaine d'attaques de pirates. Les Français ont récemment capturé 9 pirates.

D'ici à la fin de 2008, plus d'une vingtaine de navires de guerre de la communauté internationale effectueront des missions destinées à prévenir la piraterie. La Ligue arabe envisage également de former une force chargée de lutter contre les pirates, en la dotant de missiles tirés à l'épaule et de grenades propulsées par fusée.

Des pirates au large de la Somalie
Les pirates qui occupent Faina se servent de petits bateaux pour se ravitailler depuis la côte somalienne.

La poursuite en justice des pirates

L'Organisation maritime internationale réclame depuis cet été une plus grande intervention de la part de la communauté internationale.

Le Centre de commandement central des États-Unis a délimité en août une zone dans le golfe d'Aden dans laquelle un ensemble de navires de guerre et d'avions militaires patrouillent à la recherche de pirates et de terroristes.

Adoptée en octobre, la résolution 1838 du Conseil de sécurité de l'ONU invite tous les pays intéressés à faire usage de tous leurs moyens pour lutter contre la piraterie le long de la côte somalienne.

Selon des statistiques de l'OTAN, 10 navires de transport et plusieurs centaines de membres d'équipage sont actuellement détenus par des pirates. Certains de ces derniers ont déclaré à l'Agence Associated Press que rien ne les empêcherait de voler les marchandises à bord des quelque 20.000 navires qui passaient par le golfe d'Aden chaque année.

La marine des États-Unis a adopté une nouvelle stratégie de coopération qui prévoit des mesures contre les dangers en mer, dont la piraterie. Elle a joint ses forces à celles d'autres pays pour entraver l'action des pirates et pour donner le temps au secteur des transports maritimes de prendre lui-même des mesures de protection et à la communauté internationale d'établir une cadre juridique permettant de poursuivre en justice les pirates, a indiqué le vice-amiral William Gortney.

Toutefois, ce dernier a dit l'agence de presse Reuters que les forces maritimes de la coalition ne disposaient pas de moyens suffisants pour offrir une protection complète contre les pirates. Il a invité les navires de transport à faire des manœuvres d'évasion et à embaucher des équipes d'agents de sécurité en vue de réduire leurs primes d'assurance.

De telles équipes auraient peut-être permis à l'équipage du navire ukrainien Faina qui a été pris d'assaut le 25 septembre par 60 pirates, dont d'anciens pêcheurs, des miliciens et des techniciens capables de faire fonctionner des téléphones satellites et d'avoir recours au système mondial de localisation. La 5e Flotte des États-Unis suit de près la situation à l'aide de navires qui peuvent voir le navire détourné. Ce navire a à son bord des chars et d'autres types de matériel militaire.

L'entreprise privée de sécurité Blackwater Worldwide a affrété un navire à bord duquel elle a mis des hélicoptères et du personnel armé chargés de lutter contre les pirates.

Le directeur de la société Hollowpoint Protective Services, M. John Harris, a déclaré à l'agence Associated Press que sa firme était disposée à entrer en négociation avec les pirates pour obtenir la libération des navires et des otages ou pour procéder à une intervention armée en cas d'échec des négociations.

L'entreprise britannique Eos préfère des moyens moins dangereux comme des appareils à laser et à micro-ondes et des dispositifs acoustiques. Certains navires ont réussi à empêcher des pirates de les aborder en les arrosant à la lance alors qu'ils grimpaient sur des échelles peu solides ou qu'ils lançaient leurs crochets. Par ailleurs, les coups de semonce lancés par le navire John Lenthall de la marine militaire des États-Unis ont été suffisants pour faire fuir deux petits bateaux de pirates.

Les responsables de l'Organisation maritime internationale sont en faveur d'une action préventive. Les autorités somaliennes ont donné carte blanche aux forces navales internationales, mais le droit international rend difficile d'établir la culpabilité des pirates s'ils ne sont pas capturés lors d'un raid.

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