28 mars 2008
L'élargissement de l'OTAN renforce la sécurité, la stabilité et la prospérité en Europe, estiment des spécialistes et des personnalités politiques.
Washington - L'élargissement de l'OTAN a réussi non seulement à renforcer l'alliance militaire transatlantique, mais aussi à encourager la mise en place d'institutions démocratiques et à lutter contre la corruption qui entrave le développement économique. L'adhésion de l'Albanie, de la Croatie et de la Macédoine si elle a lieu lors de la prochaine réunion au sommet de l'OTAN à Bucarest (Roumanie) ne devrait pas manquer d'accroître ces bons résultats, a déclaré récemment devant une commission parlementaire le secrétaire d'État adjoint des États-Unis chargé des affaires européennes, M. Daniel Fried.
Ces trois pays, a-t-il dit, fournissent des forces armées qui participent à des opérations de maintien de la paix en Afghanistan, au Kosovo et dans d'autres pays, aux côtés d'autres unités sous la direction de l'OTAN. « En bref, ils ont montré clairement qu'ils avaient la volonté de s'acquitter des obligations découlant de l'adhésion à l'OTAN. »
Toutefois, l'adhésion à l'OTAN n'est pas simplement un moyen d'élargir l'alliance et de partager des responsabilités militaires. L'élargissement de cette organisation lui permettra d'assumer de nouvelles responsabilités, a-t-il fait remarquer.
L'élargissement de l'OTAN favorise la sécurité et la prospérité
Selon un spécialiste de l'Institut Brookings de Washington, M. Philip Gordon, l'élargissement qui a commencé au début des années 1990 a contribué à accroître considérablement la sécurité et la prospérité en Europe. « La nécessité de remplir certaines conditions pour pouvoir adhérer à l'OTAN a poussé les pays intéressés à réformer leur régime politique, à libéraliser leur économie, à lutter contre la corruption, à régler leurs différends d'ordre territorial avec d'autres pays, à rationaliser leur armée et à améliorer les droits des minorités », a-t-il déclaré aux membres de la commission sénatoriale des affaires étrangères le 11 mars.
Les nouveaux États membres ont fourni un soutien et des soldats aux missions de sécurité et de maintien de la paix dans les Balkans et en Afghanistan et ils ont aussi envoyé des soldats en Irak. En outre, « leur adhésion à l'OTAN a rassuré leur population sur la solidarité politique et militaire avec les États-Unis et les États membres de l'Union européenne, ce qui leur a permis de concentrer leur attention sur le bien-être de la population au lieu de s'inquiéter des menaces militaires qu'ils ont connues pendant des siècles ».
Il s'ensuit, a-t-il dit, que « je suis en faveur de l'adhésion à l'OTAN des candidats actuels, à savoir l'Albanie, la Croatie et la République de Macédoine ». Chacun de ces pays suit depuis six ans ou plus les dispositions du plan d'action pour l'adhésion et a fait des progrès importants en ce qui concerne la mise en œuvre de réformes politiques et économiques et de la réforme de son armée. Ils ont en outre renforcé le contrôle des autorités civiles sur l'armée et le respect des droits des minorités.
« Aucun d'eux, a-t-il fait remarquer, n'est cependant un modèle de démocratie, mais tous s'orientent dans la bonne direction et ont fait au moins autant de progrès que leurs prédécesseurs. Leur adhésion après des années de préparation montrera aussi la sincérité de l'engagement de l'OTAN à accepter tous les États démocratiques européens qui remplissent ses conditions strictes. »
L'Albanie a fait des progrès constants en matière de lutte contre la corruption ; elle a notamment arrêté de hauts responsables, commencé de réformer son appareil judiciaire et d'adopter des lois visant à garantir la transparence et l'efficacité des tribunaux, a indiqué M. Fried. Outre le rôle important qu'elle joue en ce qui concerne le Kosovo, elle est le pays qui contribue le plus par habitant aux opérations de l'OTAN en Afghanistan et aux opérations de la Coalition en Irak.
Pour sa part, la Croatie progresse bien vers la maturité dans les domaines politique et économique et est aussi un grand partenaire dans le domaine militaire.
La Macédoine quant à elle a fait de grands progrès depuis 2001 en mettant sur pied une démocratie pluriethnique.
La Géorgie et l'Ukraine
Selon M. Gordon, l'adhésion de la Géorgie et de l'Ukraine est plus sujette à controverse à cause de la vive opposition de la Russie. En outre, ces deux pays ont connu ces dernières années une certaine instabilité politique qui laisse penser qu'il leur faut faire davantage de progrès avant de pouvoir soumettre leur candidature.
« L'élargissement de l'OTAN, a-t-il dit, ne constitue pas une menace, et ne l'a jamais été, pour la Russie qui doit comprendre que la démocratie, la stabilité et la prospérité en Europe orientale et dans le Caucase peuvent être avantageuses pour elle. »
Bien que les États-Unis aient toujours été en faveur des aspirations de la Géorgie et de l'Ukraine, ces pays ne sont pas prêts à adhérer à l'OTAN et ils le reconnaissent bien, a fait remarquer M. Fried. « Nous pouvons les aider comme nous l'avons fait pour d'autres pays dans le cadre du plan d'action pour l'adhésion. C'est là la prochaine étape pour eux, et le bon moment pour le faire sera une des grandes questions de la réunion au sommet de Bucarest. »
Les pressions extérieures ou les mesures d'intimidation, quelle que soit leur ampleur, ne devraient pas, selon M. Fried, empêcher les États membres de l'OTAN de faire ce qui est dans l'intérêt de cette organisation.
Pour leur part, le Monténégro et la Bosnie-Herzégovine ont adhéré en novembre 2006 aux partenariats pour la paix de l'OTAN et ont exprimé leur désir d'entamer des négociations au sujet de leur adhésion à cette organisation, a-t-il dit en se déclarant d'avis que celle-ci devrait leur faire des offres à Bucarest. M. Gordon a cependant fait remarquer que l'offre de participer à un plan d'action pour l'adhésion ne garantissait pas une adhésion immédiate ou même future. En effet, l'OTAN prend ses décisions relatives aux adhésions par consensus et en fonction de la situation de chaque pays.
Le président de la commission sénatoriale des affaires étrangères, M. Joseph Biden, a déclaré que la perspective de devenir membre de l'OTAN encourageait les États qui avaient accédé récemment à l'indépendance à régler leurs conflits de longue date, à consolider la démocratie et les droits de l'homme et à se doter d'une armée compétente.
« Pendant les années 1990, l'OTAN est devenue une force en faveur de la promotion d'une Europe unie et libre d'une manière dont ses créateurs ne l'avaient jamais imaginée, me semble-t-il. Je suis convaincue que nous devrions permettre à tout pays qui en fait la demande et qui remplit les conditions nécessaires de devenir membre de l'OTAN. »
Quant à M. Richard Lugar, membre républicain éminent de cette commission, il a déclaré que l'élargissement de l'OTAN était essentiel pour assurer la sécurité à l'avenir. L'Albanie, la Croatie et la Macédoine, a-t-il dit, « ont une situation géostratégique extrêmement importante et sont très bien placées pour dissuader les tentatives d'une partie quelconque de déstabiliser les Balkans par la violence. Ces trois pays candidats ont aussi montré leur engagement en apportant une contribution importante à la Force internationale d'assistance à la sécurité en Afghanistan. »