27 juin 2008
Article du nouveau sous-secrétaire d'État à la diplomatie publique, M. James Glassman
On trouvera ci-après l'article du sous-secrétaire d'État à la diplomatie publique et aux affaires publiques, M. James Glassman, qui a paru le 24 juin dans le quotidien The Wall Street Journal et qui fait partie du domaine public. Il peut être reproduit librement.
(Début de l'article)
Comment gagner la guerre des idées
The Wall Street Journal
James Glassman
L'action militaire contre les insurgés, les terroristes et ceux qui leur donnent asile est essentielle. Elle produit actuellement des résultats en Irak et elle a permis d'assurer la sécurité des Américains depuis les attentats du 11 septembre 2001. Toutefois, comme le président Bush l'a indiqué dans sa Stratégie nationale de lutte contre le terrorisme il y a deux ans, « gagner la guerre contre le terrorisme signifie à long terme gagner la bataille des idées ».
On ne trouvera de plus fervents partisans d'un engagement idéologique qu'au ministère de la défense, à commencer par le ministre lui-même, M. Robert Gates, qui a rappelé aux sénateurs il y a quelques mois que la guerre froide avait été « tout autant une guerre des idées qu'une affaire de puissance militaire ». Malheureusement, depuis l'apparition du terrorisme islamique, nous n'avons pas agi suffisamment dans ce domaine.
C'est en train de changer. Dans toute l'administration publique et dans tout le secteur privé, la guerre des idées connaît un début de renaissance. L'enthousiasme est bipartite, et nous avons l'occasion de laisser un solide bilan au prochain gouvernement.
Toutefois, quelle sorte de guerre des idées sera-t-elle adaptée à la menace terroriste actuelle ? Tout d'abord, il nous faut fixer clairement notre objectif.
Si les échanges éducatifs et d'autres programmes de ce genre visent à encourager les étrangers à adopter des points de vue plus favorables aux États-Unis, la guerre des idées devrait de nos jours avoir un objectif différent et bien précis. Il doit s'agir de veiller à ce que les sentiments négatifs et les griefs quotidiens à l'égard des États-Unis et de leurs alliés ne se transforment pas en violence. Nous voulons créer un environnement hostile à l'extrémisme violent, en particulier en coupant les liens entre Al-Qaïda et autres groupes de même tendance et le public qu'ils recherchent.
Pour commencer, nous devrions affronter directement l'idéologie de l'extrémisme violent. Les voix les plus crédibles à cet égard sont celles des musulmans eux-mêmes, en particulier des islamistes qui ont désavoué les méthodes d'Al-Qaïda et sa théologie. Parmi des apostats récents figurent Sayyid Iman al-Sharif, connu aussi sous le nom de Dr Fadl, qui avait posé les fondements de l'idéologie sanguinaire de ce mouvement et qui les a maintenant répudiés, et Noman Benotman, un Libyen proche d'Ossama Ben Laden, qui a carrément réprimandé Al-Qaïda l'an dernier.
Notre diplomatie publique devrait encourager les musulmans, qu'il s'agisse de particuliers ou de groupes, à faire connaître partout les dénonciations de la violence par ces hommes et par d'autres personnes. Cependant, les Américains non musulmans eux-mêmes ne doivent pas non plus craindre de s'opposer avec assurance à des idées pernicieuses.
Une seconde méthode de mener la guerre des idées peut être encore plus efficace sur une longue période. On peut l'appeler « détournement ».
L'idéologie qui motive Al-Qaïda et des groupes semblables se fonde sur la notion selon laquelle les croyants ont l'obligation de pratiquer l'excommunication (et l'exécution) de non-croyants, voire de tous ceux qui collaborent avec les non-croyants ou qui refusent de leur résister. Cette idéologie pose comme postulat un monde manichéen, divisé en deux camps : l'un qui pratique la version de l'islam des terroristes et l'autre qui ne le fait pas.
C'est là une fantaisie, mais qui est malheureusement très forte. Notre conception est celle d'un monde pluraliste où chacun a un grand choix de manières pacifiques et productives d'organiser sa vie. Notre tâche ne consiste pas à persuader d'éventuelles recrues à devenir comme les Américains ou les Européens, mais à les dissuader de devenir des terroristes.
Nous faisons cela en les aidant à établir des réseaux (virtuels et physiques) et des « contre-mouvements », non seulement politiques mais culturels, sociaux, sportifs et autres : mères contre la violence, joueurs de vidéos, fanas du football, jeunes créateurs d'entreprise, démocrates musulmans. Par exemple, un réseau mondial des familles de victimes musulmanes d'attentats terroristes a vu le jour. Si gagner les cœurs et les esprits constituerait une réalisation admirable, la guerre des idées doit adopter l'objectif plus immédiat et plus réaliste d'empêcher des catégories impressionnables de la population d'être recrutées par les tenants de l'extrémisme violent.
Contrairement à la politique d'endiguement de la guerre froide, la politique de détournement peut ne pas être principalement la responsabilité des pouvoirs publics. Ma propre tâche en qualité de responsable interministériel de la guerre des idées est de mobiliser à cet effet tous les moyens possibles des États-Unis, qu'ils soient publics, privés, humains et techniques.
Où figure l'Iran dans tout cela ? Le groupe des futurs kamikazes et insurgés reçoit le soutien de dirigeants comme ceux de l'Iran. Les deux méthodes dont j'ai donné un aperçu, à savoir l'affrontement idéologique et le détournement, devraient plaire à la population iranienne fière et avertie qui est ouverte aux idées pluralistes.
Ce que nous cherchons, c'est un monde où le recours à la violence pour atteindre des objectifs politiques, religieux ou sociaux n'est plus considéré comme acceptable, où les efforts visant à recruter des membres et à les endoctriner ne sont plus couronnés de succès et où les auteurs d'attentats sont condamnés et isolés.
La réussite dans le domaine militaire est nécessaire, mais insuffisante pour la bonne raison que nous nous heurtons à un ennemi qui n'est pas un pays unique ni même une coalition, mais un mouvement mondial sans attache à un État donné. Si nous ne menons pas avec vigueur une guerre des idées, d'autres adversaires prendront la place de ceux que nous tuons.
(M. Glassman est devenu, le 10 juin, sous-secrétaire d'État à la diplomatie publique et aux affaires publiques.)
(Fin de l'article)